Esprit d'à-propos
Plus d'un mois sans avoir posté quoi que ce soit sur le blog. Mais je suis toujours là. Et de retour avec cette petite scène (comique ou décidément trop vulgaire pour ces pages, choisissez) suivie en direct pendant la dernière animation organisée à la bib.
Une classe d'une quarantaine d'étudiants, agés de 12 à 14 ans. Je vous passe les détails du contenu, du pourquoi et du comment de l'organisation...pour en arriver au moment où l'animateur aborde la question de la publicité. Prenant exemple sur les images récurrentes rencontrées dans la pub (les îles paradisiaques, les paysages de rêve, les mannequins aux corps 'parfaits', le soleil qui brille toujours...), il montre à quel point ces images peuvent êtres 'biaisées'...
A ce point précis de son 'discours', l'un des jeunes, plus vif que les autres sans doute, ne put contenir sa verve : 'ah ouais, ça c'est sûr, les mannequins, elles sont complètement biaisées'.
Le croirez-vous? Je suis persuadé qu'il n'y a lui-même rien vu d'amusant. D'ailleurs, ni son prof, ni ses petits corelégionnaires n'ont moufté. Sans doute étais-je le seul esprit mal tourné de la bande....
23 avril 2008
17 mars 2008
Force majeure
"On transporta le corps d'Adela à l'école. Sans le vouloir, Ramon se retrouva à la tête du cortège funèbre. La foule ne s'ébranla que lorsqu'il eut fait le premier pas. On étendit la morte sur le sol d'une des deux salles de classe. On la plaça sur une natte pour qu'elle ne se salisse pas et elle resta protégée par la couverture de Pascual. Quelqu'un alluma des cierges aux quatres coins du cadavre. La salle commença à se remplir."
(Extrait de 'Un doux parfum de mort', de Guillermo Arriaga)
Un peu plus d'un an avant que je ne sois engagé ici, un drame épouvantable avait secoué le village. Un homme, profondément dépressif, avait abbattu quatre membres de sa famille, avant de se suicider. Les circonstances me sont peu familières, j'ai seulement retrouvé quelques articles de presse. On m'a rapporté qu'à ce moment-là, la rénovation du bâtiment, devenu aujoud'hui la bibliothèque, se terminait. Vide, il avait donc été réquisitionné pour abriter les cinq cercueils. Cette salle, à partir de laquelle ces quelques mots vous sont envoyés, servit donc quelques temps (un, deux jours?) de morgue. Ou de funérarium, puisque le village n'en comptait pas à l'époque. Aujourd'hui, et bien que le chiffre de la population n'ait pas beaucoup augmenté, les familles endeuillées ont le choix entre deux entreprises spécialisées, toutes deux établies dans la rue principale toute proche.
"On transporta le corps d'Adela à l'école. Sans le vouloir, Ramon se retrouva à la tête du cortège funèbre. La foule ne s'ébranla que lorsqu'il eut fait le premier pas. On étendit la morte sur le sol d'une des deux salles de classe. On la plaça sur une natte pour qu'elle ne se salisse pas et elle resta protégée par la couverture de Pascual. Quelqu'un alluma des cierges aux quatres coins du cadavre. La salle commença à se remplir."
(Extrait de 'Un doux parfum de mort', de Guillermo Arriaga)
Un peu plus d'un an avant que je ne sois engagé ici, un drame épouvantable avait secoué le village. Un homme, profondément dépressif, avait abbattu quatre membres de sa famille, avant de se suicider. Les circonstances me sont peu familières, j'ai seulement retrouvé quelques articles de presse. On m'a rapporté qu'à ce moment-là, la rénovation du bâtiment, devenu aujoud'hui la bibliothèque, se terminait. Vide, il avait donc été réquisitionné pour abriter les cinq cercueils. Cette salle, à partir de laquelle ces quelques mots vous sont envoyés, servit donc quelques temps (un, deux jours?) de morgue. Ou de funérarium, puisque le village n'en comptait pas à l'époque. Aujourd'hui, et bien que le chiffre de la population n'ait pas beaucoup augmenté, les familles endeuillées ont le choix entre deux entreprises spécialisées, toutes deux établies dans la rue principale toute proche.
05 mars 2008
Dédicace (2)
Sur la première page, au crayon, à côté de la date à laquelle tu l'as reçu -ou acheté- et juste avant ton nom, tu as écrit "temps d'angoisse instable". Sans doute faut-il lire "temps d'angoisse, instable". Te connaissant et sachant que tu n'es pas du genre à dramatiser, j'en ai presque des frissons. Mon imagination s'emballe. Qu'est-ce qui a bien pu te pousser à écrire ces trois mots? Je ne doute pas qu'ils évoquent exactement l'état psychologique dans lequel tu devais te trouver. Je crois me rappeler. C'était il n'y a pas si longtemps, ton mari est passé rendre tes livres. D'habitude, c'est toujours toi que je vois. Il m'a parlé d'une courte hospitalisation. Sans doute qu'au moment de nous le céder, tu avais oublié ces trois mots, écrits presque dans l'urgence. Comme à chaque fois que je trouve une marque personnelle dans un livre, je vais devoir les masquer. Dans ce cas-ci, un simple coup de gomme suffira.

Sur la première page, au crayon, à côté de la date à laquelle tu l'as reçu -ou acheté- et juste avant ton nom, tu as écrit "temps d'angoisse instable". Sans doute faut-il lire "temps d'angoisse, instable". Te connaissant et sachant que tu n'es pas du genre à dramatiser, j'en ai presque des frissons. Mon imagination s'emballe. Qu'est-ce qui a bien pu te pousser à écrire ces trois mots? Je ne doute pas qu'ils évoquent exactement l'état psychologique dans lequel tu devais te trouver. Je crois me rappeler. C'était il n'y a pas si longtemps, ton mari est passé rendre tes livres. D'habitude, c'est toujours toi que je vois. Il m'a parlé d'une courte hospitalisation. Sans doute qu'au moment de nous le céder, tu avais oublié ces trois mots, écrits presque dans l'urgence. Comme à chaque fois que je trouve une marque personnelle dans un livre, je vais devoir les masquer. Dans ce cas-ci, un simple coup de gomme suffira.
29 février 2008
ReclassementAlors comme ça, tout était faux. Toute cette histoire, c'était de l'invention. Grâce à l'acharnement d'un journal, 'Le Soir', nous apprenons aujourd'hui que le récit 'autobiographique' de M. Defonseca, 'Survivre avec les loups', relève finalement de la fiction pure. Reste peut-être une belle histoire; j'écris 'peut-être' parce que je ne l'ai pas lu.
J'imagine que je ne suis pas le seul bibliothécaire à y penser : toutes les bibliothèques qui l'ont acquis avant aujourd'hui vont probablement devoir réviser la fiche catalo de ce récent objet du délit. Et le faire passer du rayon 'autobiographies', ou 'biographies' ou encore 'récits de vie' à ceux consacrés aux fictions. Sauf dans 'ma' bib. Non, il ne s'agit pas encore de l'une de ces prémonitions bibliothéconomiques qui assoient ma réputation plus loin que l'internet ne porte. C'est plus simple. Notre exemplaire nous fut légué par un zélé lecteur. Une édition 'club', style France Loisirs. Le parcourant aujourd'hui, je me rends compte qu'à aucun moment il n'est précisé que c'est une histoire vraie. Fort logiquement, il s'est donc retrouvé avec les autres romans.
26 février 2008
Eternels disparus

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais d’Arnaldur Indridason. C’est avec ‘L’homme du lac’, quatrième enquête du commissaire Erlendur qu’il nous est revenu fin 2007. Quelques mots pour vous allécher.
Tout commence avec un phénomène inexpliqué : la baisse soudaine et régulière du niveau du lac de Kleifarvatn. Voilà qui n’aurait normalement pas dû concerner la police criminelle de Reykjavik. Sauf qu’un beau matin, une promeneuse découvrit à quelques mètres de l’ancien rivage du lac ce qui ressemblait bien à des ossements humains, solidement attachés à un vieil émetteur radio. Le cadavre se révélât rapidement dater d’une trentaine d’années ; quant à la cause du décès, nul doute qu’elle ne revêtait aucun caractère accidentel. Le nombre de personnes disparaissant chaque année en Islande étant assez réduit, Erlendur décida tout simplement de reprendre chaque dossier non résolu de disparition datant de la fin des années ’60. Ses recherches l’aiguillèrent vers une femme dont le fiancé n’avait plus donné signe de vie depuis 1968. Un soir, alors qu’ils avaient rendez-vous, l’homme, toujours si ponctuel, n’était tout simplement jamais venu. Sa voiture avait été retrouvée quelques temps plus tard, stationnée devant la gare de Reykjavik. La femme, qui devait bien avouer ne pas savoir grand-chose du disparu –ils ne se connaissaient pas depuis longtemps- ne s’était visiblement jamais relevée de cette épreuve et semblait toujours espérer un improbable retour.
Touché par cette histoire, Erlendur va, au risque de contrarier ses collègues, focaliser la résolution de l’énigme de ‘l’homme du lac’ sur la personnalité du fiancé disparu.
C’est encore une fois à son enfance qu’Erlendur se voit confronté. Marqué par la disparition de son frère, intervenue alors qu’ils étaient tout jeunes, il ne peut qu’être interpellé par l’histoire que lui raconte cette femme. Comme elle, il n’a sans doute jamais cessé d’espérer qu’un jour son frère ressurgisse du passé, bien vivant. Dès lors, il met toute son énergie, son cœur et son flair de flic au service de cette nouvelle quête : identifier l’homme du lac, comprendre comment il a fini là, qui l’y a mis, et pourquoi. Même s’il ne dispose d’aucune preuve que ce squelette soit bien le fiancé disparu, il demeure intimement convaincu de l’existence d’un lien entre les deux affaires. Il ne sait pas lui-même ce qu’il veut réellement. Opérer une coupure nette et définitive dans les espoirs de la femme ? Où la conforter dans son espoir insensé qu’un jour son homme réapparaisse ? Qu’importe, patiemment et sans se soucier de l’opinion des autres, Erlendur va suivre sa piste, celle de cet homme dont il ne sait rien et à qui il veut désespérément rendre une identité, une histoire, une vie. Quelle qu’elle soit : celle d’un salaud qui a planté là celle qui l’aimait, ou celle d’une victime oubliée méritant au minimum une sépulture digne de ce nom.
L’homme du lac / Arnaldur Indridason ; traduit de l’islandais par Eric Boury. – Paris : Métaillé, 2008. – 348p. – 19 euros

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais d’Arnaldur Indridason. C’est avec ‘L’homme du lac’, quatrième enquête du commissaire Erlendur qu’il nous est revenu fin 2007. Quelques mots pour vous allécher.
Tout commence avec un phénomène inexpliqué : la baisse soudaine et régulière du niveau du lac de Kleifarvatn. Voilà qui n’aurait normalement pas dû concerner la police criminelle de Reykjavik. Sauf qu’un beau matin, une promeneuse découvrit à quelques mètres de l’ancien rivage du lac ce qui ressemblait bien à des ossements humains, solidement attachés à un vieil émetteur radio. Le cadavre se révélât rapidement dater d’une trentaine d’années ; quant à la cause du décès, nul doute qu’elle ne revêtait aucun caractère accidentel. Le nombre de personnes disparaissant chaque année en Islande étant assez réduit, Erlendur décida tout simplement de reprendre chaque dossier non résolu de disparition datant de la fin des années ’60. Ses recherches l’aiguillèrent vers une femme dont le fiancé n’avait plus donné signe de vie depuis 1968. Un soir, alors qu’ils avaient rendez-vous, l’homme, toujours si ponctuel, n’était tout simplement jamais venu. Sa voiture avait été retrouvée quelques temps plus tard, stationnée devant la gare de Reykjavik. La femme, qui devait bien avouer ne pas savoir grand-chose du disparu –ils ne se connaissaient pas depuis longtemps- ne s’était visiblement jamais relevée de cette épreuve et semblait toujours espérer un improbable retour.
Touché par cette histoire, Erlendur va, au risque de contrarier ses collègues, focaliser la résolution de l’énigme de ‘l’homme du lac’ sur la personnalité du fiancé disparu.
C’est encore une fois à son enfance qu’Erlendur se voit confronté. Marqué par la disparition de son frère, intervenue alors qu’ils étaient tout jeunes, il ne peut qu’être interpellé par l’histoire que lui raconte cette femme. Comme elle, il n’a sans doute jamais cessé d’espérer qu’un jour son frère ressurgisse du passé, bien vivant. Dès lors, il met toute son énergie, son cœur et son flair de flic au service de cette nouvelle quête : identifier l’homme du lac, comprendre comment il a fini là, qui l’y a mis, et pourquoi. Même s’il ne dispose d’aucune preuve que ce squelette soit bien le fiancé disparu, il demeure intimement convaincu de l’existence d’un lien entre les deux affaires. Il ne sait pas lui-même ce qu’il veut réellement. Opérer une coupure nette et définitive dans les espoirs de la femme ? Où la conforter dans son espoir insensé qu’un jour son homme réapparaisse ? Qu’importe, patiemment et sans se soucier de l’opinion des autres, Erlendur va suivre sa piste, celle de cet homme dont il ne sait rien et à qui il veut désespérément rendre une identité, une histoire, une vie. Quelle qu’elle soit : celle d’un salaud qui a planté là celle qui l’aimait, ou celle d’une victime oubliée méritant au minimum une sépulture digne de ce nom.
L’homme du lac / Arnaldur Indridason ; traduit de l’islandais par Eric Boury. – Paris : Métaillé, 2008. – 348p. – 19 euros
12 février 2008
Rôle social
Ces derniers temps, tu es plutôt déprimée et, aujourd'hui, lorsque tu es rentrée, j'ai toute suite su que ça n'allait pas mieux. Ta dernière fille vous a laissés seuls, ton mari et toi. Et je sais que cette séparation fut agitée; tu m'en as raconté quelques épisodes. Elle n'a pas vingt ans, tu me dis qu'elle a perdu la tête pour un jeune voyou et qu'elle a tout quitté du jour au lendemain. Elle vit loin de vous à présent. A t'entendre, il s'agit d'un squat, sans le moindre confort et, en tous cas, trop loin du village. Tu ne la vois plus que rarement et chaque rencontre se termine mal. Ses mots sont durs pour vous; c'est ce qui te peine le plus. 'Il ne me reste plus rien. Avec mon mari, on est comme des cohabitants. Qu'est-ce que je peux encore faire de ma vie? Prendre les poussières et faire les courses une fois par semaine...'. J'ai compris que tu n'exagérais pas et que cette histoire te minait au plus profond. Alors que je cherchais quelque chose de vaguement réconfortant à te répondre, d'autres lecteurs sont arrivés, m'obligeant à me détourner quelques instants. Tu m'as demandé de garder ça pour moi, puis tu es partie.
Ces derniers temps, tu es plutôt déprimée et, aujourd'hui, lorsque tu es rentrée, j'ai toute suite su que ça n'allait pas mieux. Ta dernière fille vous a laissés seuls, ton mari et toi. Et je sais que cette séparation fut agitée; tu m'en as raconté quelques épisodes. Elle n'a pas vingt ans, tu me dis qu'elle a perdu la tête pour un jeune voyou et qu'elle a tout quitté du jour au lendemain. Elle vit loin de vous à présent. A t'entendre, il s'agit d'un squat, sans le moindre confort et, en tous cas, trop loin du village. Tu ne la vois plus que rarement et chaque rencontre se termine mal. Ses mots sont durs pour vous; c'est ce qui te peine le plus. 'Il ne me reste plus rien. Avec mon mari, on est comme des cohabitants. Qu'est-ce que je peux encore faire de ma vie? Prendre les poussières et faire les courses une fois par semaine...'. J'ai compris que tu n'exagérais pas et que cette histoire te minait au plus profond. Alors que je cherchais quelque chose de vaguement réconfortant à te répondre, d'autres lecteurs sont arrivés, m'obligeant à me détourner quelques instants. Tu m'as demandé de garder ça pour moi, puis tu es partie.
31 janvier 2008
Le poids de la culture
Puisque tu n'as pas su terminer 'La dentellière d'Alençon', de Janine Montupet -trop compliqué- tu me demandes conseil : 'quelque chose de plus facile, d'amusant, histoire de me reposer un peu'. Parcourant les nouveautés, je te suggère le dernier Woody Allen. 'Woody Allen? Il a écrit des livres?' Tu soupèses l'ouvrage, parcours le 4ème de couverture : 'ben, mon éducation ne m'a pas habituée à lire des livres aussi minces, mais enfin, pourquoi pas?'. Histoire d'être sûre que mon petit cerveau a bien assimilé l'info, tu ajoutes : 'je lis toujours des gros livres'. Sidéré par la justesse inédite de ce critère de sélection, je m'en retourne, silencieux, derrière le comptoir. J'enregistre tes emprunts et le temps pour toi de rassembler enfants, clés de voiture et sacs divers, je te regarde. Il n'est effectivement pas très difficile de t'imaginer, petite fille, rentrant de l'école, pliée en deux sous le poids ton cartable. Ton père, sévère mais juste, t'attends dans son bureau. Le temps de lui présenter tes respects et, de sa belle voix grave, il t'informe du programme de cette fin de journée : 'aujourd'hui, ma petite, ça sera 250 grammes de Victor Hugo'.
Puisque tu n'as pas su terminer 'La dentellière d'Alençon', de Janine Montupet -trop compliqué- tu me demandes conseil : 'quelque chose de plus facile, d'amusant, histoire de me reposer un peu'. Parcourant les nouveautés, je te suggère le dernier Woody Allen. 'Woody Allen? Il a écrit des livres?' Tu soupèses l'ouvrage, parcours le 4ème de couverture : 'ben, mon éducation ne m'a pas habituée à lire des livres aussi minces, mais enfin, pourquoi pas?'. Histoire d'être sûre que mon petit cerveau a bien assimilé l'info, tu ajoutes : 'je lis toujours des gros livres'. Sidéré par la justesse inédite de ce critère de sélection, je m'en retourne, silencieux, derrière le comptoir. J'enregistre tes emprunts et le temps pour toi de rassembler enfants, clés de voiture et sacs divers, je te regarde. Il n'est effectivement pas très difficile de t'imaginer, petite fille, rentrant de l'école, pliée en deux sous le poids ton cartable. Ton père, sévère mais juste, t'attends dans son bureau. Le temps de lui présenter tes respects et, de sa belle voix grave, il t'informe du programme de cette fin de journée : 'aujourd'hui, ma petite, ça sera 250 grammes de Victor Hugo'.
30 janvier 2008
Par les sentiments
A l'éternelle question de savoir 'mais non didju, comment donner le goût de la lecture à nos chères têtes blondes?', un maire espagnol vient d'apporter une réponse -à mon avis- inédite. En tous cas, si les jeux télés ne vous avaient pas convaincu que l'être humain, à partir du moment où une somme d'argent lui est promise, est capable de tout, voici de quoi possiblement vous faire changer d'avis. Je vous livre l'info telle qu'elle figure sur 'fil info' du 'Soir' :
Juste une chose : est-ce que TOUTE une heure pour SEULEMENT un euro, ce n'est pas pousser un peu loin l'ambition culturelle?
A l'éternelle question de savoir 'mais non didju, comment donner le goût de la lecture à nos chères têtes blondes?', un maire espagnol vient d'apporter une réponse -à mon avis- inédite. En tous cas, si les jeux télés ne vous avaient pas convaincu que l'être humain, à partir du moment où une somme d'argent lui est promise, est capable de tout, voici de quoi possiblement vous faire changer d'avis. Je vous livre l'info telle qu'elle figure sur 'fil info' du 'Soir' :
Des enfants payés un euro de l’heure pour lire
mercredi 30.01.2008, 12:51
Les enfants du village espagnol de Noblejas seront désormais payés pour lire. Ainsi en a décidé leur maire, Agustin Jimenez Crespo, persuadé que cette initiative « pionnière » leur fera aimer la lecture. La commune de 3.300 habitants, située à 55 kilomètres de Tolède (centre), « subventionnera les familles à hauteur d’un euro par heure passée à la bibliothèque » par leurs enfants scolarisés en primaire, a annoncé la mairie dans un communiqué. Il s’agit d’une « initiative pionnière et ambitieuse en matière d’éducation », ajoute la mairie, qui explique que l’objectif est de « renforcer le rôle actif des parents dans l’éducation de leurs enfants ».Juste une chose : est-ce que TOUTE une heure pour SEULEMENT un euro, ce n'est pas pousser un peu loin l'ambition culturelle?
24 janvier 2008
Répondeur
Deux messages après le week-end. Une voix d'homme grommelle sur le premier. Rien compris. Second message, même voix : 'c'était pour savoir si vous aviez Léon, de Léon Walter...[blanc]...chez Tillage'. Clop. Raccroché.
Ben oui, on l'a et il est même disponible. Si tu m'avais laissé ton numéro de téléphone, je t'aurai appelé pour te prévenir. Je me serai même abstenu de toute remarque désagréable à propos de tes références erronées. Leon Walter Tillage, c'est son nom à l'auteur. Tillage, ce n'est pas un éditeur. Mais bon, on est habitués à ce genre de cafouillage et, en général, avec un seul mot -titre ou auteur- on arrive à retrouver ces bouquins que l'école vous force à lire. Trop forts hein, ces biblios?
Malheureusement, pas plus qu'elle ne t'a appris à dire bonjour pour commencer une conversation, ta maman ne t'a dit de te présenter et de laisser tes coordonnées...
Deux messages après le week-end. Une voix d'homme grommelle sur le premier. Rien compris. Second message, même voix : 'c'était pour savoir si vous aviez Léon, de Léon Walter...[blanc]...chez Tillage'. Clop. Raccroché.
Ben oui, on l'a et il est même disponible. Si tu m'avais laissé ton numéro de téléphone, je t'aurai appelé pour te prévenir. Je me serai même abstenu de toute remarque désagréable à propos de tes références erronées. Leon Walter Tillage, c'est son nom à l'auteur. Tillage, ce n'est pas un éditeur. Mais bon, on est habitués à ce genre de cafouillage et, en général, avec un seul mot -titre ou auteur- on arrive à retrouver ces bouquins que l'école vous force à lire. Trop forts hein, ces biblios?
Malheureusement, pas plus qu'elle ne t'a appris à dire bonjour pour commencer une conversation, ta maman ne t'a dit de te présenter et de laisser tes coordonnées...
11 janvier 2008
Mercredi matin
Départ quelques minutes avant 8h. Les infos à la radio m'apprennent que, finalement, les sondages se sont plantés et que Hillary s'en tire bien. De son côté, Guy a remis au Roi une note exposant sa vision de l'avenir de notre pays. Suffit. Je zappe et l'auto-radio reprend la lecture du cd en cours. New Pornographers : 'Go Places'. (Yes a heart should always go one step to far).
Les phares des voitures que je croise m'éblouissent. Il ne me semble pas que ça me gênait autant avant. Les constructeurs les ont-ils conçus plus puissants? Springsteen : 'Radio Nowhere'. Ou alors, ce sont mes yeux. Plus aussi vaillants. Déposer les filles à l'école. Un baiser de chacune avant l'ouverture des portes. Une fois sorties, elles ne se retournent jamais. Pas de dernier signe de la main. Est-ce qu'à leur âge, je le faisais pour mon père? J'attends quelques secondes. Ca va trop vite. Joan Osborne : 'One of us'. (What would you ask if you had just one question?).
C'est jour de marché et ça bouchone. Il fait encore trop sombre pour lire en attendant de pouvoir enclencher la première. Heureusement qu'il y a la musique. Encore un arrêt. Déposer les livres à plastifier et récupérer ceux laissés avant le congé.
White Stripes : 'Jolene'. Quelques kilomètres et on y est. Fermée pour travaux pendant des mois, une des quatre routes qui mène au village vient d'être rouverte. Ma préférée, sinueuse et arborée. J'arrive sur la place, la bib est toujours là, tout est allumé, la femme de ménage arrive tôt. Killers : 'Tranquilize'. (Always here, always on time). Précisément.
Départ quelques minutes avant 8h. Les infos à la radio m'apprennent que, finalement, les sondages se sont plantés et que Hillary s'en tire bien. De son côté, Guy a remis au Roi une note exposant sa vision de l'avenir de notre pays. Suffit. Je zappe et l'auto-radio reprend la lecture du cd en cours. New Pornographers : 'Go Places'. (Yes a heart should always go one step to far).
Les phares des voitures que je croise m'éblouissent. Il ne me semble pas que ça me gênait autant avant. Les constructeurs les ont-ils conçus plus puissants? Springsteen : 'Radio Nowhere'. Ou alors, ce sont mes yeux. Plus aussi vaillants. Déposer les filles à l'école. Un baiser de chacune avant l'ouverture des portes. Une fois sorties, elles ne se retournent jamais. Pas de dernier signe de la main. Est-ce qu'à leur âge, je le faisais pour mon père? J'attends quelques secondes. Ca va trop vite. Joan Osborne : 'One of us'. (What would you ask if you had just one question?).
C'est jour de marché et ça bouchone. Il fait encore trop sombre pour lire en attendant de pouvoir enclencher la première. Heureusement qu'il y a la musique. Encore un arrêt. Déposer les livres à plastifier et récupérer ceux laissés avant le congé.
White Stripes : 'Jolene'. Quelques kilomètres et on y est. Fermée pour travaux pendant des mois, une des quatre routes qui mène au village vient d'être rouverte. Ma préférée, sinueuse et arborée. J'arrive sur la place, la bib est toujours là, tout est allumé, la femme de ménage arrive tôt. Killers : 'Tranquilize'. (Always here, always on time). Précisément.
09 janvier 2008
Extraits
Pour en finir et bien que cela ne finisse jamais, quelques phrases extraites des 'Disparus' de Daniel Mendelsohn, dont je parlais il y a peu.
'Nous sommes, chacun de nous, myopes, ais-je compris à cet instant-là; toujours au centre de nos propres histoires'.
'J'ai pensé aussi combien il est plus facile, souvent, d'être cruel avec ceux qui sont véritablement nos proches, avec ceux que nous connaisons intimement'.
'Parce qu'il est historien de formation, tout comme je suis héléniste, il essaie de voir les choses dans leur complexité, se méfie des généralisations, tout comme j'aime regarder les problèmes à travers la lunette de la tragédie grecque qui nous apprend, entre autres, que la véritable tragédie n'est jamais une confrontation entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables.'
Pour en finir et bien que cela ne finisse jamais, quelques phrases extraites des 'Disparus' de Daniel Mendelsohn, dont je parlais il y a peu.
'Nous sommes, chacun de nous, myopes, ais-je compris à cet instant-là; toujours au centre de nos propres histoires'.
'J'ai pensé aussi combien il est plus facile, souvent, d'être cruel avec ceux qui sont véritablement nos proches, avec ceux que nous connaisons intimement'.
'Parce qu'il est historien de formation, tout comme je suis héléniste, il essaie de voir les choses dans leur complexité, se méfie des généralisations, tout comme j'aime regarder les problèmes à travers la lunette de la tragédie grecque qui nous apprend, entre autres, que la véritable tragédie n'est jamais une confrontation entre le Bien et le Mal, mais plutôt, de façon plus exquise et plus douloureuse à la fois, un conflit entre deux conceptions du monde irréconciliables.'
03 janvier 2008
La bibliothèque est un lieu de passageSuite à ceci donc, les plus attentifs d’entre vous auront remarqué que j’avais numéroté ce sympathique petit récit du 30 octobre. C’est donc qu’il y en avait –au minimum- un deuxième. Que voici.
Le cadre : la bibliothèque de Liège, la grande, la principale : Les Chiroux. Certains de nos confrères avaient noté l’étrange manège : un jeune homme, toujours le même, stationnait devant l’entrée du bâtiment durant d’assez longues périodes. Stationnait pédestrement j’entends. A intervalles réguliers, il faisait une courte incursion dans le hall d’entrée, jusqu’au présentoir à dépliants publicitaires. Il faisait mine d’y farfouiller quelques secondes, juste avant de s’éclipser prestement. Aussitôt une autre personne rentrait à sa suite et se dirigeait, elle aussi, droit vers le présentoir qui subissait le même sort farfouillesque. Au bout d’un temps, ils ont compris, nos confrères. Se sont précipités juste entre les deux personnes et ont découvert ce que la première avait laissé et ce que la seconde venait y chercher : un sachet d’une quelconque stupéfiante matière.
30 décembre 2007
Une petite phrase
Lue chez Larcenet, qui lui-même la tient de son ami et scénariste Ferri (lisez 'Le retour à la terre' et 'Aimé Lacapelle'!!!) :
Voilà qui sort un peu du langage châtié auquel vous êtes habitués ici.
Anyway, merci à ces deux-là.
Lue chez Larcenet, qui lui-même la tient de son ami et scénariste Ferri (lisez 'Le retour à la terre' et 'Aimé Lacapelle'!!!) :
"Mieux vaut lire aux chiottes que chier dans la bibliothèque".
Voilà qui sort un peu du langage châtié auquel vous êtes habitués ici.
Anyway, merci à ces deux-là.
Les livres qui rendent meilleur

Il est des livres dont la lecture vous donne l’impression de grandir. A leur lecture, vous apprenez quelque chose, que ce soit sur vous-même, sur le genre humain en général ou sur l’un ou l’autre domaine de la connaissance. Pour que cela marche vraiment, il faut que cet afflux de nouvelles connaissances se fasse sans peine, que vous n’ayez pas l’impression d’être assis devant une lecture imposée ou face à un prof sans charisme. Le sentiment d’avoir attendu cette lecture, d’être prêt pour elle et d’en absorber la moindre miette au point qu’elle devienne vous, s’imposera alors indépendamment de votre volonté. Comme une rencontre à laquelle vous ne pouviez heureusement pas échapper. La transformation sera alors indéniable, profonde, à vie.
Tout commence toujours dans l’enfance. Pour Daniel Mendelsohn, ce furent des récits entendus de la bouche de son grand-père. A chaque fois qu’ils se rencontraient, Daniel lui demandait de se souvenir et de raconter. Et lui, toute ouïe, engrangeait. Sa jeune mémoire s’imprégnait de ces épisodes de l’histoire de sa famille maternelle, comment elle vécu en Pologne, avant l’exil à New York fin des années 20 et comment l’un des frères de son grand-père décida de retourner là-bas pour ne jamais en revenir. Ce grand-oncle disparu, Schmiel Jager, va hanter toute l’enfance de Daniel. Prisonnier de son village passé sous domination nazie, il tentera à de multiples reprises de financer sa fuite et celle des 5 membres de sa famille, les lettres arrivées jusqu’en 1941 à New York en attestent. Passé cette date, plus de nouvelles. Les récits –parfois contradictoires, souvent incomplets- de sa fin et de celle de sa femme, et de ses 4 filles, ont néanmoins traversé les mers. Ce sont ces récits qu’en 2001, Daniel décide d’approfondir pour ‘connaître les circonstances particulières qui transforment les statistiques et les dates en une histoire’. Six millions de juifs : au-delà de ce chiffre, à chaque ‘unité’, une histoire particulière, un être humain, comment il vécu, quels étaient ses goûts, qui étaient ses amis et ses parents et comment précisément il quitta ce monde. Pour toucher à cette connaissance, pour rendre vie à ces six membres perdus, Mendelsohn se rendra en Pologne, en Australie, en Suède et en Israël. Il rencontrera plus de témoins et entendra plus de souvenirs qu’il ne l’avait jamais espéré. Progressivement, il renouera le fil avec les disparus. Il leur rendra vie, afin que tout ce qu’ils furent ne soit pas entièrement perdu.
Tout au long de son enquête, Mendelsohn relit les premiers livres de la Torah et, sans qu’il ait à prendre un ton académique, le parallèle avec l’histoire des disparus, mais également avec les relations parfois difficiles qu’il entretint avec ses frères et sœur, sans oublier l’Histoire tout court, se révèle saisissant. Comme si ce que contiennent ces premiers livres n’était autre qu’une histoire destinée à se répéter encore et encore.

Il est des livres dont la lecture vous donne l’impression de grandir. A leur lecture, vous apprenez quelque chose, que ce soit sur vous-même, sur le genre humain en général ou sur l’un ou l’autre domaine de la connaissance. Pour que cela marche vraiment, il faut que cet afflux de nouvelles connaissances se fasse sans peine, que vous n’ayez pas l’impression d’être assis devant une lecture imposée ou face à un prof sans charisme. Le sentiment d’avoir attendu cette lecture, d’être prêt pour elle et d’en absorber la moindre miette au point qu’elle devienne vous, s’imposera alors indépendamment de votre volonté. Comme une rencontre à laquelle vous ne pouviez heureusement pas échapper. La transformation sera alors indéniable, profonde, à vie.
Tout commence toujours dans l’enfance. Pour Daniel Mendelsohn, ce furent des récits entendus de la bouche de son grand-père. A chaque fois qu’ils se rencontraient, Daniel lui demandait de se souvenir et de raconter. Et lui, toute ouïe, engrangeait. Sa jeune mémoire s’imprégnait de ces épisodes de l’histoire de sa famille maternelle, comment elle vécu en Pologne, avant l’exil à New York fin des années 20 et comment l’un des frères de son grand-père décida de retourner là-bas pour ne jamais en revenir. Ce grand-oncle disparu, Schmiel Jager, va hanter toute l’enfance de Daniel. Prisonnier de son village passé sous domination nazie, il tentera à de multiples reprises de financer sa fuite et celle des 5 membres de sa famille, les lettres arrivées jusqu’en 1941 à New York en attestent. Passé cette date, plus de nouvelles. Les récits –parfois contradictoires, souvent incomplets- de sa fin et de celle de sa femme, et de ses 4 filles, ont néanmoins traversé les mers. Ce sont ces récits qu’en 2001, Daniel décide d’approfondir pour ‘connaître les circonstances particulières qui transforment les statistiques et les dates en une histoire’. Six millions de juifs : au-delà de ce chiffre, à chaque ‘unité’, une histoire particulière, un être humain, comment il vécu, quels étaient ses goûts, qui étaient ses amis et ses parents et comment précisément il quitta ce monde. Pour toucher à cette connaissance, pour rendre vie à ces six membres perdus, Mendelsohn se rendra en Pologne, en Australie, en Suède et en Israël. Il rencontrera plus de témoins et entendra plus de souvenirs qu’il ne l’avait jamais espéré. Progressivement, il renouera le fil avec les disparus. Il leur rendra vie, afin que tout ce qu’ils furent ne soit pas entièrement perdu.
Tout au long de son enquête, Mendelsohn relit les premiers livres de la Torah et, sans qu’il ait à prendre un ton académique, le parallèle avec l’histoire des disparus, mais également avec les relations parfois difficiles qu’il entretint avec ses frères et sœur, sans oublier l’Histoire tout court, se révèle saisissant. Comme si ce que contiennent ces premiers livres n’était autre qu’une histoire destinée à se répéter encore et encore.
27 décembre 2007

Back Office
Je l’ai appris il y a peu. Vous le saviez sans doute, ce joli terme qui fleure bon le langage des affaires désigne toutes les tâches purement administratives, qui s’effectuent donc dans l’arrière bureau. En ce qui concerne le travail en bibliothèque, cela doit englober tout ce boulot qui échappe aux lecteurs, pour qui la bibliothèque, c’est le prêt de livres, point barre. Je l’ignorais, c’est normal, je suis un bibliothécaire de campagne : chez nous, tout ce qui est nouveau arrive toujours avec un peu de retard. Ceci pour vous dire que ces derniers temps, j’en ai un peu plus justement, de temps pour me consacrer au 'back office'.
A deux, c’est tout de suite une autre vie. J’avoue finir les journées plus relaxé, et sans avoir pour autant l’impression d’heures de travail moins productives. Au contraire, je vois des tâches en retard depuis des semaines se réaliser tout à coup et sans peine. Tout simplement parce qu’il y a là, derrière ce foutu comptoir de prêt, une autre personne assise à ma place. A cette place où j’ai passé beaucoup trop de temps. Toutes ces heures d’affilée, je ne dois pas vous faire un dessin, même si ce n’est pas l’usine, en fin de journée, on n’a plus envie de voir personne. Et surtout, on ne veut plus parler, plus renseigner, plus chercher. Quand j’y retourne à présent, c’est avec plaisir. Ca va tout seul, sourire franc et bonne humeur réelle.
Depuis un mois donc, et jusqu’à ce que ma nouvelle collègue soit entièrement autonome, je me tiens en arrière-garde. Sur un deuxième poste installé à la hâte dans un coin de la bib, je m’adonne presque avec joie à la catalo, à de l’élagage et j’arrive –enfin- à être à jour au niveau administratif. Tout cela en gardant un œil sur ce qui se passe au prêt. Sous peu, elle pourra se débrouiller toute seule et chacun assumera une partie de ses heures d’ouverture en solo. Et bien oui tiens, on partagera le 'back office' aussi, parce que le travail en première ligne, même s'il lasse certains jours, c'est quand même l'essentiel non?
Je l’ai appris il y a peu. Vous le saviez sans doute, ce joli terme qui fleure bon le langage des affaires désigne toutes les tâches purement administratives, qui s’effectuent donc dans l’arrière bureau. En ce qui concerne le travail en bibliothèque, cela doit englober tout ce boulot qui échappe aux lecteurs, pour qui la bibliothèque, c’est le prêt de livres, point barre. Je l’ignorais, c’est normal, je suis un bibliothécaire de campagne : chez nous, tout ce qui est nouveau arrive toujours avec un peu de retard. Ceci pour vous dire que ces derniers temps, j’en ai un peu plus justement, de temps pour me consacrer au 'back office'.
A deux, c’est tout de suite une autre vie. J’avoue finir les journées plus relaxé, et sans avoir pour autant l’impression d’heures de travail moins productives. Au contraire, je vois des tâches en retard depuis des semaines se réaliser tout à coup et sans peine. Tout simplement parce qu’il y a là, derrière ce foutu comptoir de prêt, une autre personne assise à ma place. A cette place où j’ai passé beaucoup trop de temps. Toutes ces heures d’affilée, je ne dois pas vous faire un dessin, même si ce n’est pas l’usine, en fin de journée, on n’a plus envie de voir personne. Et surtout, on ne veut plus parler, plus renseigner, plus chercher. Quand j’y retourne à présent, c’est avec plaisir. Ca va tout seul, sourire franc et bonne humeur réelle.
Depuis un mois donc, et jusqu’à ce que ma nouvelle collègue soit entièrement autonome, je me tiens en arrière-garde. Sur un deuxième poste installé à la hâte dans un coin de la bib, je m’adonne presque avec joie à la catalo, à de l’élagage et j’arrive –enfin- à être à jour au niveau administratif. Tout cela en gardant un œil sur ce qui se passe au prêt. Sous peu, elle pourra se débrouiller toute seule et chacun assumera une partie de ses heures d’ouverture en solo. Et bien oui tiens, on partagera le 'back office' aussi, parce que le travail en première ligne, même s'il lasse certains jours, c'est quand même l'essentiel non?
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