Evidence
"L'après-midi est déjà bien avancée lorsque entre le lieutenant Aguilar. Il déambule un instant sans parler entre les étagères en bois, il traîne des pieds, avec un bruit de papier de verre à cause du sable collé à ses semelles. Un bibliothèque à cet endroit, dit-il en parcourant la pièce du regard (...). Ils n'ont pas de médecin, mais ils ont des livres (...) De son bureau, Lucio feint à présent de sourire (...) Il décide de ne pas se lever pour le saluer, parce que dans son échelle de valeurs un bibliothécaire vaut plus qu'un agent de police."
(El Ultimo Lector / David Toscana; Zulma, 2009)
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27 janvier 2009
26 février 2008
Eternels disparus

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais d’Arnaldur Indridason. C’est avec ‘L’homme du lac’, quatrième enquête du commissaire Erlendur qu’il nous est revenu fin 2007. Quelques mots pour vous allécher.
Tout commence avec un phénomène inexpliqué : la baisse soudaine et régulière du niveau du lac de Kleifarvatn. Voilà qui n’aurait normalement pas dû concerner la police criminelle de Reykjavik. Sauf qu’un beau matin, une promeneuse découvrit à quelques mètres de l’ancien rivage du lac ce qui ressemblait bien à des ossements humains, solidement attachés à un vieil émetteur radio. Le cadavre se révélât rapidement dater d’une trentaine d’années ; quant à la cause du décès, nul doute qu’elle ne revêtait aucun caractère accidentel. Le nombre de personnes disparaissant chaque année en Islande étant assez réduit, Erlendur décida tout simplement de reprendre chaque dossier non résolu de disparition datant de la fin des années ’60. Ses recherches l’aiguillèrent vers une femme dont le fiancé n’avait plus donné signe de vie depuis 1968. Un soir, alors qu’ils avaient rendez-vous, l’homme, toujours si ponctuel, n’était tout simplement jamais venu. Sa voiture avait été retrouvée quelques temps plus tard, stationnée devant la gare de Reykjavik. La femme, qui devait bien avouer ne pas savoir grand-chose du disparu –ils ne se connaissaient pas depuis longtemps- ne s’était visiblement jamais relevée de cette épreuve et semblait toujours espérer un improbable retour.
Touché par cette histoire, Erlendur va, au risque de contrarier ses collègues, focaliser la résolution de l’énigme de ‘l’homme du lac’ sur la personnalité du fiancé disparu.
C’est encore une fois à son enfance qu’Erlendur se voit confronté. Marqué par la disparition de son frère, intervenue alors qu’ils étaient tout jeunes, il ne peut qu’être interpellé par l’histoire que lui raconte cette femme. Comme elle, il n’a sans doute jamais cessé d’espérer qu’un jour son frère ressurgisse du passé, bien vivant. Dès lors, il met toute son énergie, son cœur et son flair de flic au service de cette nouvelle quête : identifier l’homme du lac, comprendre comment il a fini là, qui l’y a mis, et pourquoi. Même s’il ne dispose d’aucune preuve que ce squelette soit bien le fiancé disparu, il demeure intimement convaincu de l’existence d’un lien entre les deux affaires. Il ne sait pas lui-même ce qu’il veut réellement. Opérer une coupure nette et définitive dans les espoirs de la femme ? Où la conforter dans son espoir insensé qu’un jour son homme réapparaisse ? Qu’importe, patiemment et sans se soucier de l’opinion des autres, Erlendur va suivre sa piste, celle de cet homme dont il ne sait rien et à qui il veut désespérément rendre une identité, une histoire, une vie. Quelle qu’elle soit : celle d’un salaud qui a planté là celle qui l’aimait, ou celle d’une victime oubliée méritant au minimum une sépulture digne de ce nom.
L’homme du lac / Arnaldur Indridason ; traduit de l’islandais par Eric Boury. – Paris : Métaillé, 2008. – 348p. – 19 euros

J’ai déjà dit ici tout le bien que je pensais d’Arnaldur Indridason. C’est avec ‘L’homme du lac’, quatrième enquête du commissaire Erlendur qu’il nous est revenu fin 2007. Quelques mots pour vous allécher.
Tout commence avec un phénomène inexpliqué : la baisse soudaine et régulière du niveau du lac de Kleifarvatn. Voilà qui n’aurait normalement pas dû concerner la police criminelle de Reykjavik. Sauf qu’un beau matin, une promeneuse découvrit à quelques mètres de l’ancien rivage du lac ce qui ressemblait bien à des ossements humains, solidement attachés à un vieil émetteur radio. Le cadavre se révélât rapidement dater d’une trentaine d’années ; quant à la cause du décès, nul doute qu’elle ne revêtait aucun caractère accidentel. Le nombre de personnes disparaissant chaque année en Islande étant assez réduit, Erlendur décida tout simplement de reprendre chaque dossier non résolu de disparition datant de la fin des années ’60. Ses recherches l’aiguillèrent vers une femme dont le fiancé n’avait plus donné signe de vie depuis 1968. Un soir, alors qu’ils avaient rendez-vous, l’homme, toujours si ponctuel, n’était tout simplement jamais venu. Sa voiture avait été retrouvée quelques temps plus tard, stationnée devant la gare de Reykjavik. La femme, qui devait bien avouer ne pas savoir grand-chose du disparu –ils ne se connaissaient pas depuis longtemps- ne s’était visiblement jamais relevée de cette épreuve et semblait toujours espérer un improbable retour.
Touché par cette histoire, Erlendur va, au risque de contrarier ses collègues, focaliser la résolution de l’énigme de ‘l’homme du lac’ sur la personnalité du fiancé disparu.
C’est encore une fois à son enfance qu’Erlendur se voit confronté. Marqué par la disparition de son frère, intervenue alors qu’ils étaient tout jeunes, il ne peut qu’être interpellé par l’histoire que lui raconte cette femme. Comme elle, il n’a sans doute jamais cessé d’espérer qu’un jour son frère ressurgisse du passé, bien vivant. Dès lors, il met toute son énergie, son cœur et son flair de flic au service de cette nouvelle quête : identifier l’homme du lac, comprendre comment il a fini là, qui l’y a mis, et pourquoi. Même s’il ne dispose d’aucune preuve que ce squelette soit bien le fiancé disparu, il demeure intimement convaincu de l’existence d’un lien entre les deux affaires. Il ne sait pas lui-même ce qu’il veut réellement. Opérer une coupure nette et définitive dans les espoirs de la femme ? Où la conforter dans son espoir insensé qu’un jour son homme réapparaisse ? Qu’importe, patiemment et sans se soucier de l’opinion des autres, Erlendur va suivre sa piste, celle de cet homme dont il ne sait rien et à qui il veut désespérément rendre une identité, une histoire, une vie. Quelle qu’elle soit : celle d’un salaud qui a planté là celle qui l’aimait, ou celle d’une victime oubliée méritant au minimum une sépulture digne de ce nom.
L’homme du lac / Arnaldur Indridason ; traduit de l’islandais par Eric Boury. – Paris : Métaillé, 2008. – 348p. – 19 euros
30 décembre 2007
Les livres qui rendent meilleur

Il est des livres dont la lecture vous donne l’impression de grandir. A leur lecture, vous apprenez quelque chose, que ce soit sur vous-même, sur le genre humain en général ou sur l’un ou l’autre domaine de la connaissance. Pour que cela marche vraiment, il faut que cet afflux de nouvelles connaissances se fasse sans peine, que vous n’ayez pas l’impression d’être assis devant une lecture imposée ou face à un prof sans charisme. Le sentiment d’avoir attendu cette lecture, d’être prêt pour elle et d’en absorber la moindre miette au point qu’elle devienne vous, s’imposera alors indépendamment de votre volonté. Comme une rencontre à laquelle vous ne pouviez heureusement pas échapper. La transformation sera alors indéniable, profonde, à vie.
Tout commence toujours dans l’enfance. Pour Daniel Mendelsohn, ce furent des récits entendus de la bouche de son grand-père. A chaque fois qu’ils se rencontraient, Daniel lui demandait de se souvenir et de raconter. Et lui, toute ouïe, engrangeait. Sa jeune mémoire s’imprégnait de ces épisodes de l’histoire de sa famille maternelle, comment elle vécu en Pologne, avant l’exil à New York fin des années 20 et comment l’un des frères de son grand-père décida de retourner là-bas pour ne jamais en revenir. Ce grand-oncle disparu, Schmiel Jager, va hanter toute l’enfance de Daniel. Prisonnier de son village passé sous domination nazie, il tentera à de multiples reprises de financer sa fuite et celle des 5 membres de sa famille, les lettres arrivées jusqu’en 1941 à New York en attestent. Passé cette date, plus de nouvelles. Les récits –parfois contradictoires, souvent incomplets- de sa fin et de celle de sa femme, et de ses 4 filles, ont néanmoins traversé les mers. Ce sont ces récits qu’en 2001, Daniel décide d’approfondir pour ‘connaître les circonstances particulières qui transforment les statistiques et les dates en une histoire’. Six millions de juifs : au-delà de ce chiffre, à chaque ‘unité’, une histoire particulière, un être humain, comment il vécu, quels étaient ses goûts, qui étaient ses amis et ses parents et comment précisément il quitta ce monde. Pour toucher à cette connaissance, pour rendre vie à ces six membres perdus, Mendelsohn se rendra en Pologne, en Australie, en Suède et en Israël. Il rencontrera plus de témoins et entendra plus de souvenirs qu’il ne l’avait jamais espéré. Progressivement, il renouera le fil avec les disparus. Il leur rendra vie, afin que tout ce qu’ils furent ne soit pas entièrement perdu.
Tout au long de son enquête, Mendelsohn relit les premiers livres de la Torah et, sans qu’il ait à prendre un ton académique, le parallèle avec l’histoire des disparus, mais également avec les relations parfois difficiles qu’il entretint avec ses frères et sœur, sans oublier l’Histoire tout court, se révèle saisissant. Comme si ce que contiennent ces premiers livres n’était autre qu’une histoire destinée à se répéter encore et encore.

Il est des livres dont la lecture vous donne l’impression de grandir. A leur lecture, vous apprenez quelque chose, que ce soit sur vous-même, sur le genre humain en général ou sur l’un ou l’autre domaine de la connaissance. Pour que cela marche vraiment, il faut que cet afflux de nouvelles connaissances se fasse sans peine, que vous n’ayez pas l’impression d’être assis devant une lecture imposée ou face à un prof sans charisme. Le sentiment d’avoir attendu cette lecture, d’être prêt pour elle et d’en absorber la moindre miette au point qu’elle devienne vous, s’imposera alors indépendamment de votre volonté. Comme une rencontre à laquelle vous ne pouviez heureusement pas échapper. La transformation sera alors indéniable, profonde, à vie.
Tout commence toujours dans l’enfance. Pour Daniel Mendelsohn, ce furent des récits entendus de la bouche de son grand-père. A chaque fois qu’ils se rencontraient, Daniel lui demandait de se souvenir et de raconter. Et lui, toute ouïe, engrangeait. Sa jeune mémoire s’imprégnait de ces épisodes de l’histoire de sa famille maternelle, comment elle vécu en Pologne, avant l’exil à New York fin des années 20 et comment l’un des frères de son grand-père décida de retourner là-bas pour ne jamais en revenir. Ce grand-oncle disparu, Schmiel Jager, va hanter toute l’enfance de Daniel. Prisonnier de son village passé sous domination nazie, il tentera à de multiples reprises de financer sa fuite et celle des 5 membres de sa famille, les lettres arrivées jusqu’en 1941 à New York en attestent. Passé cette date, plus de nouvelles. Les récits –parfois contradictoires, souvent incomplets- de sa fin et de celle de sa femme, et de ses 4 filles, ont néanmoins traversé les mers. Ce sont ces récits qu’en 2001, Daniel décide d’approfondir pour ‘connaître les circonstances particulières qui transforment les statistiques et les dates en une histoire’. Six millions de juifs : au-delà de ce chiffre, à chaque ‘unité’, une histoire particulière, un être humain, comment il vécu, quels étaient ses goûts, qui étaient ses amis et ses parents et comment précisément il quitta ce monde. Pour toucher à cette connaissance, pour rendre vie à ces six membres perdus, Mendelsohn se rendra en Pologne, en Australie, en Suède et en Israël. Il rencontrera plus de témoins et entendra plus de souvenirs qu’il ne l’avait jamais espéré. Progressivement, il renouera le fil avec les disparus. Il leur rendra vie, afin que tout ce qu’ils furent ne soit pas entièrement perdu.
Tout au long de son enquête, Mendelsohn relit les premiers livres de la Torah et, sans qu’il ait à prendre un ton académique, le parallèle avec l’histoire des disparus, mais également avec les relations parfois difficiles qu’il entretint avec ses frères et sœur, sans oublier l’Histoire tout court, se révèle saisissant. Comme si ce que contiennent ces premiers livres n’était autre qu’une histoire destinée à se répéter encore et encore.
04 novembre 2007
Quatre
Les dernières lignes d'un de mes livres préférés :
"Et, tandis que là, sur ma modeste plage, j'attends mon avenir en regardant déferler les vagues, j'éprouve une étrange et grisante allégresse. Après tout, nous voici à l'Age de l'Incertitude et de l'Inachevé. John James Todd, me dis-je à moi-même, te voilà enfin en accord avec l'univers"
('Les nouvelles confessions', de William Boyd)
Je fais suivre à Trottinette (elle peut nous faire une variante sur le thème de la cuisine...), à Nekita, à Ion (je ne sais si elle me lit, ni si elle s'amuserait à ce genre d'exercice, la citer ici me permet de rendre hommage à son blog salvateur) et, finalement à Passiflore, parce que j'aime toujours en apprendre un peu plus sur elle....
C'est sous ce signe qu'est placée la chaîne à laquelle m'invite Liber Libri. Exercice difficile que de rassembler en seulement quelques lignes des années de lecture et des goûts fluctuants avec l'âge. Bref, compte tenu de ma mémoire défaillante et de la limite numérique, voici :
Les 4 livres de mon enfance / adolescence :
Ca ne vous ennuie pas que je parle plutôt de collections? Non? Alors, il y avait :
- Les 'Bibliothèque Rose' (Oui-Oui, puis, les Clubs des Cinq et Clan des Sept)
- Les 'Travelling'
- et une série bd que je ne peux pas ne pas citer, tant j'en ai lu et relu chaque volume : Blueberry
Les quatre écrivains que je lirai et relirai :
- Fernando Pessoa
- John Steinbeck
- Ed McBain
- et encore un auteur Bd : Maurice Tillieux et ses 'Gil Jourdan'
Les quatre auteurs que je ne relirai probablement plus :
....pffff, trop dur, ça, les trucs chiants j'aime autant les oublier très vite...je ne lirai sans doute plus de Dantec (et ce bien que j'ai adoré ses 3 premiers romans), ni de Nothomb et sûrement pas de Sarraute....et, je ne lirai plus de Stieg Larsson, mais ça c'est parce qu'il est mort...
Les quatre premiers livres de ma 'liste à lire' :
- Les disparus, de Daniel Mendelsohn (je triche, je viens de le commencer...)
- L'huile sur le feu, d'Hervé Bazin (je ne rigole pas, ma fille doit le lire pour l'école...et j'aime autant en parler avec elle avec l'interro...)
- Le temps où nous chantions, de Richard Powers
- La zone d'inconfort, de Jonathan Franzen
Les quatre livres que j'emporterais sur une île déserte :
...logiquement, ce devrait être des livres d'auteurs qui figurent dans ceux que je lirai et relirai...'Le livre de l'intranquilité', un volume de l'intégrale du '87e district', 'Les raisins de la colère' et 'L'enfer de Xique-Xique'...
Les dernières lignes d'un de mes livres préférés :
"Et, tandis que là, sur ma modeste plage, j'attends mon avenir en regardant déferler les vagues, j'éprouve une étrange et grisante allégresse. Après tout, nous voici à l'Age de l'Incertitude et de l'Inachevé. John James Todd, me dis-je à moi-même, te voilà enfin en accord avec l'univers"
('Les nouvelles confessions', de William Boyd)
Je fais suivre à Trottinette (elle peut nous faire une variante sur le thème de la cuisine...), à Nekita, à Ion (je ne sais si elle me lit, ni si elle s'amuserait à ce genre d'exercice, la citer ici me permet de rendre hommage à son blog salvateur) et, finalement à Passiflore, parce que j'aime toujours en apprendre un peu plus sur elle....
26 août 2007

Incommunicado
"A part le flic qui pelletait, ils m'ont tous regardé comme si j'étais un crétin, et pourtant je disais vrai, ce qui montre comment les gens n'arrivent jamais à se comprendre les uns les autres ni à savoir quand quelqu'un dit la vérité ou non."
Odell Deefus, un jeune homme tout frais sorti de son patelin perdu, mi-innocent mi-bonasse, se retrouve malgré lui entraîné dans un engrenage qui le conduira jusqu'au bout de la logique anti-terroriste américaine. Tombé en panne dans le petit village de Callisto, il est recueilli par un type dont il n'arrive pas à déterminer s'il doit le classer parmi les gentils ou les méchants. Et c'est bien là tout le problème de Deefus. Il divise ses congénères en deux catégories, mais comme il manque d'expérience, il classe un peu vite le moindre pékin un rien aimable parmi les gentils. Ce qui ne manque pas de se retourner contre lui, vu l'extrême propension d'une partie de l'humanité à profiter sans vergogne de l'autre, jugée décidément trop conne. Un cadavre, puis deux, suivis par des paquets de drogues et des allusions à des projet d'attentat 'islamite' vont placer Odell sous l'oeil suspicieux des forces de l'ordre. Pris dans leur propre logique (trouver un coupable à tout prix et le faire parler), les flics se montreront incapable de voir en Odell ce qu'il est réellement : un pauvre couillon happé par une machinerie qui le dépasse. Ecrit à la première personne (c'est Odell qui parle), 'Callisto' fait d'abord penser à un polar de Westlake : drôlatique dans sa description d'un plan apparemment sans faille qui finit en un flop monumental en raison de la bêtise de ses protagonistes. Puis, sans que jamais l'humour ne fasse défaut, le roman en rappelle un autre, ce fameux 'Conjuration des imbéciles' de JK Toole, dans lequel la singularité d'un individu (il est pas comme tout le monde...) et l'incommunicabilité que cette singularité induit mènent au désastre.
"Callisto" de Torsten Krol, Buchet-Chastel, 2007
13 mars 2007
Polars nordiques
Aucun des trois romans traduits en français d’Arnaldur Indridason ne présente la moindre faiblesse. Après avoir découvert le récent ‘La Voix’, il me semblait évident de lire les deux autres. Bien m’en prit. De nationalité islandaise, Indridason applique une recette imparable : parle de ce que tu connais. Il base donc son équipe très réduite –trois enquêteurs : deux hommes et une femme- à Reykjavik et ne lui laisse que peu d’occasion d’en sortir.
La parenté avec un autre auteur nordique bien connu (Henning Mankell) est
évidente. Et les amateurs de l’un devraient normalement apprécier l’autre. Plus sec et plus concis, Indridason se concentre également sur un personnage de flic bourru et mauvais vivant : Erlendur. Célibataire harcelé par une fille à peine sortie de l’adolescence, il se dit lui-même mauvais père et exécrable époux : il a effectivement quitté sa famille alors que ses enfants étaient en bas âge. Les relations avec son ex-femme sont proches du conflit armé et il n’a aucun contact avec son fils. En sus, Erlendur traîne derrière lui une profonde blessure de jeunesse ainsi qu’une passion bizarre pour les livres consacrés aux personnes disparues. Au fil des trois intrigues, Indridason distille les révélations sur le passé d’Erlendur et sans doute nous en ménage-t-il d’autres pour les prochaines.
Quoi qu’il en soit, chaque volume propose, avec une économie de moyens remarquable, une intrigue policière tendue comme un fil et riche en rebondissements et autres chausse-trappes. A l’inverse de Mankell, on ne croit jamais que la solution est proche pour ensuite déchanter, mais l’on se trouve brusquement face à des murs de questions et des changements de perspectives imprévus, induits par des révélations savamment distillées. Plus ramassées mais tout aussi denses que chez Mankell, les textes d’Indridason partagent un point commun avec ceux de leur confrère suédois : cette même empathie pour les victimes, ce constant questionnement du pourquoi face à une violence démesurée et, par-dessus tout, une volonté de présenter les évènements nus, sans fioriture ni interprétation morale.
Dans l’ordre : ‘La cité des jarres’ et ‘La femme en vert’ (déjà en ‘Points’ Seuil) et, récemment : ‘La Voix’, chez Métaillé.
Aucun des trois romans traduits en français d’Arnaldur Indridason ne présente la moindre faiblesse. Après avoir découvert le récent ‘La Voix’, il me semblait évident de lire les deux autres. Bien m’en prit. De nationalité islandaise, Indridason applique une recette imparable : parle de ce que tu connais. Il base donc son équipe très réduite –trois enquêteurs : deux hommes et une femme- à Reykjavik et ne lui laisse que peu d’occasion d’en sortir.
La parenté avec un autre auteur nordique bien connu (Henning Mankell) est
évidente. Et les amateurs de l’un devraient normalement apprécier l’autre. Plus sec et plus concis, Indridason se concentre également sur un personnage de flic bourru et mauvais vivant : Erlendur. Célibataire harcelé par une fille à peine sortie de l’adolescence, il se dit lui-même mauvais père et exécrable époux : il a effectivement quitté sa famille alors que ses enfants étaient en bas âge. Les relations avec son ex-femme sont proches du conflit armé et il n’a aucun contact avec son fils. En sus, Erlendur traîne derrière lui une profonde blessure de jeunesse ainsi qu’une passion bizarre pour les livres consacrés aux personnes disparues. Au fil des trois intrigues, Indridason distille les révélations sur le passé d’Erlendur et sans doute nous en ménage-t-il d’autres pour les prochaines.
Quoi qu’il en soit, chaque volume propose, avec une économie de moyens remarquable, une intrigue policière tendue comme un fil et riche en rebondissements et autres chausse-trappes. A l’inverse de Mankell, on ne croit jamais que la solution est proche pour ensuite déchanter, mais l’on se trouve brusquement face à des murs de questions et des changements de perspectives imprévus, induits par des révélations savamment distillées. Plus ramassées mais tout aussi denses que chez Mankell, les textes d’Indridason partagent un point commun avec ceux de leur confrère suédois : cette même empathie pour les victimes, ce constant questionnement du pourquoi face à une violence démesurée et, par-dessus tout, une volonté de présenter les évènements nus, sans fioriture ni interprétation morale.Dans l’ordre : ‘La cité des jarres’ et ‘La femme en vert’ (déjà en ‘Points’ Seuil) et, récemment : ‘La Voix’, chez Métaillé.
05 janvier 2007

Train de nuit pour Lisbonne
Alors qu’il se rendait à son travail, Raimond Gregorius, professeur de langues anciennes dans un lycée bernois, rencontre une femme, penchée au parapet d’un pont, comme prête à se suicider. Le seul mot qu’il arrivera à en tirer, c’est ‘português’. Peut-être sommeillait-il en lui depuis longtemps, tel une bombe à retardement, prête à exploser. Peut-être était-ce simplement le bon moment, le bon endroit, la bonne personne. Qu’importe, il ramène la femme jusqu’au lycée. Elle s’en ira assez rapidement, le remerciant peut-être du regard. Après avoir mentalement répété ce fameux mot à de multiples reprises, il quitte sa salle de classe, laissant là ses élèves. Quelques heures plus tard, errant dans une librairie espagnole, il découvre par hasard le livre d’un poète portugais, Amadeu de Prado. Le libraire lui en traduit un passage : ‘Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie’. Puis il lui offre le livre. De retour dans son appartement, Gregorius se met à étudier la langue portugaise et, progressivement, traduit des passages du livre de Prado. La beauté et la profondeur des lignes qui se livrent ainsi à lui le confortent dans son idée d’abandonner son poste d’enseignant ; le persuadent finalement de se mettre en quête de cet auteur inconnu. Parce qu’il n’aime pas les voyages aériens (‘Monter dans un avion et quelques heures plus tard arriver dans un autre monde, sans que l’on ait eu le temps de glaner quelques images particulières durant le trajet –cela lui était désagréable et l’effarait’), il prend le premier train pour Lisbonne.
A ce stade, l’on pourrait se croire dans un roman de Simenon : un homme quitte tout pour enfin ‘vivre’. Pascal Mercier -un auteur dont je ne sais rien et ne veux rien savoir avant d’avoir terminé cette invitation à la lecture- va beaucoup plus loin. Ce billet terminé, je taperai les lettres de son nom sur Google et peut-être en apprendrais-je plus. J’ai refermé ‘Train de nuit pour Lisbonne’ il y a quelques jours, après l’avoir fait durer le plus longtemps possible -distillation. J’ai lu et relu certains passages, j’en ai répertorié d’autres afin de les retrouver plus facilement - mémorisation. J’ai bêtement espéré que le voyage de Gregorius dure encore quelque peu - déception. Leurs mots –Gregorius/Prado/Mercier- invitent à un retour au Portugal et à Pessoa -infusion.
Dans les pas de Prado
Pour retrouver Amadeu de Prado, Gregorius ne dispose que de peu d’éléments : l’année de parution du livre -1975- et le nom de l’éditeur : Les Cèdres Rouges. Amadeu est-il seulement encore vivant ? A Lisbonne, malgré sa maigre connaissance du portugais, il trouvera ses premiers renseignements auprès d’un libraire retraité. Orienté par ce dernier, il rencontre les amis et la famille de Prado, dont il découvre la profession : médecin. Chaque rencontre le renvoie vers une autre, des liens se tissent et, comme pour marquer les étapes, Gregorius poursuit sa traduction du livre d’Amadeu : ‘…c’était cela, Lisbonne, la ville vers où il était parti parce qu’en observant ses élèves, il avait vu soudain sa vie à partir de la fin et parce qu’il avait trouvé par hasard le livre d’un médecin portugais dont les mots semblaient écrits pour lui’. De plus en plus intime avec son auteur, il se voit également remettre d’autres inédits de sa main. A l’image des éditeurs des œuvres de Pessoa qui n’en finissaient pas d’exhumer des textes inconnus de sa fameuse malle, Gregorius pousse toujours plus loin vers une meilleure connaissance de Prado. Il inventorie sa vie, croise ses sources, fait parler ses amis, ses sœurs, ses amours et ses écrits. Se révèle progressivement un personnalité fascinante, l’image d’un homme en perpétuelle interrogation, haïssant les vaniteux, certain de son inimportance mais désirant à tout prix conserver le contrôle de ses actes pour les faire entrer dans le chemin qu’il s’est tracé : ‘Réfléchir sur ce que l’on voudrait en réalité…Ne pas se manquer soi-même’. S’il réussit à tenir le cap qu’il s’est fixé durant une partie de sa vie –tout en s’interrogeant sans cesse sur la valeur de ce cap- Prado ne pourra empêcher le hasard d’une rencontre imprévue dans ses plans. Rencontre qui remettra tout en question.
Même si le ‘Livre de l’Intranquilité’ de Pessoa –auquel le roman de Mercier fait clairement référence via la récolte et la traduction des ‘fragments’ de textes de Prado - ne quitte pas ma table de nuit, je ne le lis sans doute plus assez ; ‘Train de nuit pour Lisbonne’ m’invite à y retourner. Au-delà de l’intrigue –superbe et passionnante- il recèle de raisonnements, de poésie et de petites phrases qui enrichissent et remettent d’aplomb à chaque relecture. Comme celle-ci : ‘Il y avait ceux qui lisaient et il y avait les autres. On remarquait vite si quelqu’un était lecteur ou non. Il n’y avait pas de plus grande différence entre les hommes. Les gens s’étonnaient quand il affirmait cela, et plus d’un hochait la tête devant tant de bizarrerie. Mais c’était ainsi. Gregorius le savait. Il le savait.’
Alors qu’il se rendait à son travail, Raimond Gregorius, professeur de langues anciennes dans un lycée bernois, rencontre une femme, penchée au parapet d’un pont, comme prête à se suicider. Le seul mot qu’il arrivera à en tirer, c’est ‘português’. Peut-être sommeillait-il en lui depuis longtemps, tel une bombe à retardement, prête à exploser. Peut-être était-ce simplement le bon moment, le bon endroit, la bonne personne. Qu’importe, il ramène la femme jusqu’au lycée. Elle s’en ira assez rapidement, le remerciant peut-être du regard. Après avoir mentalement répété ce fameux mot à de multiples reprises, il quitte sa salle de classe, laissant là ses élèves. Quelques heures plus tard, errant dans une librairie espagnole, il découvre par hasard le livre d’un poète portugais, Amadeu de Prado. Le libraire lui en traduit un passage : ‘Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie’. Puis il lui offre le livre. De retour dans son appartement, Gregorius se met à étudier la langue portugaise et, progressivement, traduit des passages du livre de Prado. La beauté et la profondeur des lignes qui se livrent ainsi à lui le confortent dans son idée d’abandonner son poste d’enseignant ; le persuadent finalement de se mettre en quête de cet auteur inconnu. Parce qu’il n’aime pas les voyages aériens (‘Monter dans un avion et quelques heures plus tard arriver dans un autre monde, sans que l’on ait eu le temps de glaner quelques images particulières durant le trajet –cela lui était désagréable et l’effarait’), il prend le premier train pour Lisbonne.
A ce stade, l’on pourrait se croire dans un roman de Simenon : un homme quitte tout pour enfin ‘vivre’. Pascal Mercier -un auteur dont je ne sais rien et ne veux rien savoir avant d’avoir terminé cette invitation à la lecture- va beaucoup plus loin. Ce billet terminé, je taperai les lettres de son nom sur Google et peut-être en apprendrais-je plus. J’ai refermé ‘Train de nuit pour Lisbonne’ il y a quelques jours, après l’avoir fait durer le plus longtemps possible -distillation. J’ai lu et relu certains passages, j’en ai répertorié d’autres afin de les retrouver plus facilement - mémorisation. J’ai bêtement espéré que le voyage de Gregorius dure encore quelque peu - déception. Leurs mots –Gregorius/Prado/Mercier- invitent à un retour au Portugal et à Pessoa -infusion.
Dans les pas de PradoPour retrouver Amadeu de Prado, Gregorius ne dispose que de peu d’éléments : l’année de parution du livre -1975- et le nom de l’éditeur : Les Cèdres Rouges. Amadeu est-il seulement encore vivant ? A Lisbonne, malgré sa maigre connaissance du portugais, il trouvera ses premiers renseignements auprès d’un libraire retraité. Orienté par ce dernier, il rencontre les amis et la famille de Prado, dont il découvre la profession : médecin. Chaque rencontre le renvoie vers une autre, des liens se tissent et, comme pour marquer les étapes, Gregorius poursuit sa traduction du livre d’Amadeu : ‘…c’était cela, Lisbonne, la ville vers où il était parti parce qu’en observant ses élèves, il avait vu soudain sa vie à partir de la fin et parce qu’il avait trouvé par hasard le livre d’un médecin portugais dont les mots semblaient écrits pour lui’. De plus en plus intime avec son auteur, il se voit également remettre d’autres inédits de sa main. A l’image des éditeurs des œuvres de Pessoa qui n’en finissaient pas d’exhumer des textes inconnus de sa fameuse malle, Gregorius pousse toujours plus loin vers une meilleure connaissance de Prado. Il inventorie sa vie, croise ses sources, fait parler ses amis, ses sœurs, ses amours et ses écrits. Se révèle progressivement un personnalité fascinante, l’image d’un homme en perpétuelle interrogation, haïssant les vaniteux, certain de son inimportance mais désirant à tout prix conserver le contrôle de ses actes pour les faire entrer dans le chemin qu’il s’est tracé : ‘Réfléchir sur ce que l’on voudrait en réalité…Ne pas se manquer soi-même’. S’il réussit à tenir le cap qu’il s’est fixé durant une partie de sa vie –tout en s’interrogeant sans cesse sur la valeur de ce cap- Prado ne pourra empêcher le hasard d’une rencontre imprévue dans ses plans. Rencontre qui remettra tout en question.

Même si le ‘Livre de l’Intranquilité’ de Pessoa –auquel le roman de Mercier fait clairement référence via la récolte et la traduction des ‘fragments’ de textes de Prado - ne quitte pas ma table de nuit, je ne le lis sans doute plus assez ; ‘Train de nuit pour Lisbonne’ m’invite à y retourner. Au-delà de l’intrigue –superbe et passionnante- il recèle de raisonnements, de poésie et de petites phrases qui enrichissent et remettent d’aplomb à chaque relecture. Comme celle-ci : ‘Il y avait ceux qui lisaient et il y avait les autres. On remarquait vite si quelqu’un était lecteur ou non. Il n’y avait pas de plus grande différence entre les hommes. Les gens s’étonnaient quand il affirmait cela, et plus d’un hochait la tête devant tant de bizarrerie. Mais c’était ainsi. Gregorius le savait. Il le savait.’
Train de nuit pour Lisbonne / Pascal Mercier - Maren Sell Editeurs, 2006
29 décembre 2006

Les Coulisses du Pouvoir, tome 7
C'est en parlant avec Locus Solus de la formidable série télé 'State of play' que ça m'est revenu. Si vous ne la connaissiez pas, je serai celui qui comblera cette lacune. Une bd, de celles que l'on lit et relit avec plaisir. Son auteur est d'ici, pas loin, on le voit peu, c'est un garçon discret. Jusqu'à l'avant-dernier opus de la série, il n'assurait 'que' le scénario. Avec ce nouveau volume -le 7ème- qui vient de sortir chez Casterman, et pour des raisons qui ne regardent que lui et son ex-dessinateur, les albums ne portent plus que sa seule signature. Il s'appelle Philippe Richelle et sa série s'intitule 'Les Coulisses du Pouvoir'.Comme une certaine émission télé qui lui a -selon moi- honteusement piqué l'idée.
Complexes, fouillées, documentées, ses intrigues mettent en scène de nombreux personnages, plongés dans des intrigues touffues et principalement ancrées dans la politique et les finances. A plusieurs reprises d’ailleurs, on peut, au long d’un album, déceler l’un ou l’autre fait tiré de notre proche actualité politico-économique européenne. Deux flics de Scotland Yard assurent les premiers rôles : Caine et Burkinshaw. Ils sont entourés, selon les circonstances, d'une multitude de seconds rôles : politiciens, hommes d'affaires et petits malfrats. Ces derniers sont d'ailleurs régulièrement présentés comme 'victimes' plus que comme coupables. Victimes de leur passé et des hommes de plus grand pouvoir qu'eux. S'ils arrivent à s'en sortir, ce sera souvent cher payé. Quant aux politiques corrompus et aux hommes d'affaires véreux, s'ils se sentent coincés, souvent ils se suicident. C'est d'ailleurs par un (pseudo?)-suicide que débute ce nouvel opus, intitulé 'Disparitions'. Quelques jours après la découverte du corps, l’un des associés du décédé disparaît. En creusant un peu, Caine et Burkinshaw découvrent que le projet immobilier dont les deux hommes s’occupaient semble engloutir bien plus d’argent qu’il n’en rapportera. Parallèlement à cette intrigue, nous suivons les pas d’un jeune homme, ancien délinquant, qui tente de refaire sa vie honnêtement, avec l'espoir de conserver un droit de visite de son fils. Rattrapé par son passé peu glorieux, sa route croisera celle de l’imbroglio que Caine et Burkinshaw tentent de démêler.
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16 décembre 2006
Millenium, part II
Le deuxième tome de 'Millenium' fut un véritable régal de lecture : intrigue prenante, complexe et qui pourtant coule de source : on ne se perd pas un seul instant parmi ces multiples personnages aux patronymes bien nordiques. Les acteurs essentiels du premier tome sont toujours présents : Lisbeth Salander, jeune femme aux multiples et improbables compétences mais toujours aussi caractérielle, et Michaël Blomkvist, le super-journaliste redresseur de torts.
Cette fois, c'est à l'exploitation sexuelle que nos deux héros s'attaquent; leur vie intime et personnelle en subira les conséquences. Pour faire bonne mesure, l'auteur, Stieg Larsson, en profite pour dénoncer les dérives sensationnaliste de la presse, pour fustiger les coincés qui ne supportent pas les homosexuels, sans oublier les macho-men incapables de concevoir qu'une femme puisse les dépasser en quoi que ce soit. De manière générale, Larsson s'appuie, souvent avec humour, sur une intrigue solide -même si certains grincheux la trouveront rocambolesque dans ses dernières pages- et mitraille au gros sel la connerie humaine. Moi, je dis bravo, et vivement le tome 3.
06 septembre 2006
R(I)P - 2ème partie
Le bouquin du R.P. Sagehomme se présente donc comme un répertoire alphabétique d'auteurs, avec en-dessous de chaque nom, une liste d'oeuvres 'cotées' selon le code suivant :
E = pour enfants
TB = pour tous
B = pour jeunes gens formés
B? = appelle des réserves plus ou moins graves
D = dangereux, à déconseiller
M = mauvais
Si la liste comporte une grande majorité de noms et de titres tombés dans l'oubli le plus complet, les 'classiques' sont bel et bien là, quoiqu'un Sade par exemple brille étonnement par son absence.
C'est un plaisir de vous livrer quelques morceaux choisis :
Les pires :
Maupassant : meilleure cote : B?...sinon, rien que des M
Hugo : meilleure cote : B, avalanche de D et de B? (Les Misérables? M!)
Simenon : meilleure cote : B?
Voltaire : 20 M et 4 B?
Flaubert : 9 M, 2 B et 1 D
Céline : M et B?
Ajoutez tous les Russes, Léon Bloy, Jean Ray, Sand, Shakespeare (que des B?), Colette et même Alphonse Allais...
Les meilleurs :
Conan Doyle, la Comtesse du Général Dourakine, Andersen, Fenimore Coopper, Daniel Defoë, les frères Grimm, Corneille, Curwood, Poe, Racine, Alphonse Daudet....
Beaucoup de sottises donc, et pas seulement attribuables au temps qui passe, à l'époque ou au contexte. Même l'aspect politique ne semble pas avoir joué, puisqu'un Céline ou un Brasillach ne trouvent pas grâce aux yeux du R.P., alors qu'un Conan Doyle obtient sa bénédiction...
Le bouquin du R.P. Sagehomme se présente donc comme un répertoire alphabétique d'auteurs, avec en-dessous de chaque nom, une liste d'oeuvres 'cotées' selon le code suivant :
E = pour enfants
TB = pour tous
B = pour jeunes gens formés
B? = appelle des réserves plus ou moins graves
D = dangereux, à déconseiller
M = mauvais
Si la liste comporte une grande majorité de noms et de titres tombés dans l'oubli le plus complet, les 'classiques' sont bel et bien là, quoiqu'un Sade par exemple brille étonnement par son absence.
C'est un plaisir de vous livrer quelques morceaux choisis :
Les pires :
Maupassant : meilleure cote : B?...sinon, rien que des M
Hugo : meilleure cote : B, avalanche de D et de B? (Les Misérables? M!)
Simenon : meilleure cote : B?
Voltaire : 20 M et 4 B?
Flaubert : 9 M, 2 B et 1 D
Céline : M et B?
Ajoutez tous les Russes, Léon Bloy, Jean Ray, Sand, Shakespeare (que des B?), Colette et même Alphonse Allais...
Les meilleurs :
Conan Doyle, la Comtesse du Général Dourakine, Andersen, Fenimore Coopper, Daniel Defoë, les frères Grimm, Corneille, Curwood, Poe, Racine, Alphonse Daudet....
Beaucoup de sottises donc, et pas seulement attribuables au temps qui passe, à l'époque ou au contexte. Même l'aspect politique ne semble pas avoir joué, puisqu'un Céline ou un Brasillach ne trouvent pas grâce aux yeux du R.P., alors qu'un Conan Doyle obtient sa bénédiction...
05 septembre 2006
R(I)P – 1ière partie
Il fait partie de ces quelques bouquins laissés par mes prédécesseurs, les directeurs d’école et autre pharmacien qui se sont occupés de la bibliothèque avant moi, valeureux pionniers de la lecture publique, qui s’en allaient au combat sans même le soutien d’un ordinateur ou l’idée de la naissance de l’ISBN ! Il y en a d’autres, j’en parlerai plus tard, s’y replonger de temps en temps donne une bonne idée du chemin parcouru. Celui-ci, c’est le ‘Répertoire alphabétique de 10.000 auteurs avec 40.000 de leurs ouvrages (Romans et pièces) qualifiés quant à leur valeur morale’. J’en devine qui sourient. Qu’ils s’accrochent, ça ne fait que débuter. Le nom de l’auteur n’est pas mal, à croire qu’il s’agit d’un pseudo : ‘G. Sagehomme, S.J.’. Plus loin dans l’avant-propos, on peut lire qu’il s’agit d’un ‘R.P’, soit Révérend Père, en exercice au Collège Saint-Michel de Bruxelles. Publié en 1939 par Casterman, ce ‘recueil est destiné aux âmes honnêtes qui veulent le rester, aux pères et aux mères de famille, aux directeurs de conscience, qui savent quel mal une mauvaise lecture peut faire à un cœur. Ils trouveront ici une brève réponse à cette question : « Puis-je lire tel roman ? Puis-je le donner en lecture à mes enfants, à mes pénitents ? »’ Pas de jugement littéraire, donc, ni même d’appréciation sur l’intérêt des titres cités, puisque l’auteur ‘a uniquement voulu dissiper, dans une certaine mesure, ce doute parfois angoissant : "Puis-je, en conscience, lire ou faire lire ce livre ?" '.
Quarante mille titres, on ne peut s’imaginer que le brave Sagehomme les ait tous lus ? Il l’admet volontiers. Ses sources ? ‘Il a puisé ses appréciations, d’abord dans ses notes personnelles, puis surtout dans les revues et dans les catalogues des bibliothèques catholiques’. Voilà qui dissipe la volute de doute qui planait encore dans vos esprits. Ce répertoire s’adresse d’abord aux responsables de bibliothèques catholiques. Bizarre de le retrouver ici, dans une bibliothèque dépendant d’une commune belge qui vient de fêter son siècle de gestion par une majorité socialiste.
Il fait partie de ces quelques bouquins laissés par mes prédécesseurs, les directeurs d’école et autre pharmacien qui se sont occupés de la bibliothèque avant moi, valeureux pionniers de la lecture publique, qui s’en allaient au combat sans même le soutien d’un ordinateur ou l’idée de la naissance de l’ISBN ! Il y en a d’autres, j’en parlerai plus tard, s’y replonger de temps en temps donne une bonne idée du chemin parcouru. Celui-ci, c’est le ‘Répertoire alphabétique de 10.000 auteurs avec 40.000 de leurs ouvrages (Romans et pièces) qualifiés quant à leur valeur morale’. J’en devine qui sourient. Qu’ils s’accrochent, ça ne fait que débuter. Le nom de l’auteur n’est pas mal, à croire qu’il s’agit d’un pseudo : ‘G. Sagehomme, S.J.’. Plus loin dans l’avant-propos, on peut lire qu’il s’agit d’un ‘R.P’, soit Révérend Père, en exercice au Collège Saint-Michel de Bruxelles. Publié en 1939 par Casterman, ce ‘recueil est destiné aux âmes honnêtes qui veulent le rester, aux pères et aux mères de famille, aux directeurs de conscience, qui savent quel mal une mauvaise lecture peut faire à un cœur. Ils trouveront ici une brève réponse à cette question : « Puis-je lire tel roman ? Puis-je le donner en lecture à mes enfants, à mes pénitents ? »’ Pas de jugement littéraire, donc, ni même d’appréciation sur l’intérêt des titres cités, puisque l’auteur ‘a uniquement voulu dissiper, dans une certaine mesure, ce doute parfois angoissant : "Puis-je, en conscience, lire ou faire lire ce livre ?" '.
Quarante mille titres, on ne peut s’imaginer que le brave Sagehomme les ait tous lus ? Il l’admet volontiers. Ses sources ? ‘Il a puisé ses appréciations, d’abord dans ses notes personnelles, puis surtout dans les revues et dans les catalogues des bibliothèques catholiques’. Voilà qui dissipe la volute de doute qui planait encore dans vos esprits. Ce répertoire s’adresse d’abord aux responsables de bibliothèques catholiques. Bizarre de le retrouver ici, dans une bibliothèque dépendant d’une commune belge qui vient de fêter son siècle de gestion par une majorité socialiste.
07 août 2006

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes
Curieux titre à ralonge pour un roman suédois récemment publié chez Actes Sud. On sait peu de choses de son auteur, Stieg Larsson, disparu en 2004; les maigres infos trouvées à son sujet me rappelent son personnage principal : Michael Blomkvist. C'est après avoir lu un article dans le Soir que l'envie de lire ce bouquin m'est venue. Déjà amateur de polars et fan de la première heure d'Henning Mankell, ce genre de brique devait sans doute me plaire. Et bien m'en prit, sa lecture s'étant révelée des plus passionnante. Journaliste au magazine 'Millénium', magazine 'généralement perçu comme s'attaquant aux dérives de la société', Michael Blomkvist est surtout 'spécialisé dans les reportages révélateurs sur la corruption et sur des affaires louches dans le monde des entreprises'. Un genre de Denis Robert, dont j'ai déjà parlé me direz-vous? Un peu de ça oui. C'est justement parce qu'il s'est frotté d'un peu trop près au grand patron d'une importante multinationale que Blomkvist, reconnu coupable de diffamation, se voit obligé de prendre un peu de recul. A peine a-t-il le temps de se faire à l'idée de ne plus être journaliste qu'il est contacté par un riche industriel à la retraite, Henrik Vanger. Retiré sur sa minuscule île, Vanger vit depuis quarante ans dans l'espoir de comprendre ce qui est arrivé à sa nièce Harriet, disparue en 1966 sur cette même île. La mission qu'il compte confier à Mikael est des plus simple : compiler toute la documentation concernant la disparition et chercher ce qui a bien pu échapper à toutes les personnes qui ont déjà enquêté sur l'affaire. Au départ seul à mener les recherches, Blomkvist sera rejoint par Lisbeth Salander, une jeune femme perturbée et sombre, mais capable de dénicher une info là ou personne ne songerait à fouiner. Un croisement entre le personnage d'Abby (jouée par l'actrice Pauley Perette) dans la série NCIS et le personnage de Nikita interprété par Parillaud. Débutant comme une intrigue politico-financière, obliquant vers la résolution d'un 'crime en chambre close' (lors de la disparition d'Harriet, l'île était coupée du reste du monde), le bouquin nous plonge ensuite en pleine enquête sur des crimes en série avant un retour final dans le monde de la finance. Passionnant du début à la fin, il dresse également le portrait tout en contrastes d'une puissante famille dans la Suède du XXème siècle. Cartes et arbres généalogiques sont intégrés dans le texte, pas question de se perdre donc. Ce premier volume d'une trilogie intitulée 'Millénium' sera suivi en novembre de cette année par 'La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette'. Un titre prometteur, vous en conviendrez.
26 juillet 2006
Lectures
Je me suis quand même décidé à lire 'L'attentat' de Yasmina Khadra, poussé par des critiques positives relevées tant dans la presse que parmi mes lecteurs. C'est d'actualité : un arabe intégré (en Israël, à Tel-Aviv précisément) découvre que sa femme est la dernière kamikaze à s'être fait sauter dans la ville, occasionant ainsi la mort d'une dizaine d'enfants. Il se croyait heureux en ménage, il était éperdument amoureux d'elle et, à ce titre, pensait qu'elle nageait dans le bonheur. Il découvre que depuis plusieurs années, elle n'en pouvait plus des souffrances infligées au peuple palestinien, au point d'en arriver à cette extrémité, sans même qu'il s'en rende compte. Le choc est rude et remet toute sa vie en question. Si les pages consacrées à l'explication du comment et du pourquoi on devient kamikaze sont édifiantes et éclairent d'un jour nouveau notre vision toute occidentale du phénomène, et que celles où le personnage principal parle de son amour s'avèrent souvent très touchantes, l'ensemble m'a quand même paru trop long, tournant en rond et un rien excessif. Plus drôle, 'Funérarium' de Brigitte Aubert, un thriller mettant en scène Chib Moreno, un thanatopracteur noir et résidant à Cannes. Habituellement, il se chargeait d'empailler les animaux de compagnie et quelquefois l'un ou l'autre grand-père, mais aujourd'hui, c'est une gamine d'une dizaine d'années dont il doit se charger. En enquêtant sur la mort mystérieuse de sa 'cliente', il va mettre les pieds dans un famille de dingue et risquer sa peau. Déjantée à souhait, souvent drôle et parfois limite malsaine, l'intrigue se tient et ne souffre aucun temps mort, un peu comme si Agatha Christie avait snifé de la coke et écoutait Linkin Park en tapotant sur son clavier d'ordinateur. En polar toujours, 'Deuil interdit' de Connelly, un très bon épisode des enquêtes de Harry Bosch. Alors qu'on le croyait définitivement H.S. du LAPD, le voilà réintégré dans le corps de police de Los Angeles. Affecté au service des affaires non-résolues, Bosch doit prendre en compte de nouveaux éléments dans une enquête datant de plus de 10 ans : l'enlèvement et l'assassinat d'une adolescente de 16 ans. Plus en confiance, plus apaisé que dans ses précédentes enquêtes, Bosch fait ici penser aux personnages de la série télé 'Cold Case', eux aussi attachés aux affaires jamais refermées. Comme eux, ce qu'il désire, c'est refermer les plaies, permettre aux proches des victimes de comprendre et d'enfin faire leur deuil. J'ai presque terminé ''Les hommes qui n'aimaient pas les femmes', premier tome d'une trilogie due à Stieg Larsson, un auteur suédois inconnu jusqu'à ce que ce que Actes Sud se décide à nous le traduire cette année. Un bouquin extraordinaire, trop pour n'en parler qu'en quelques lignes : je remets donc ça à la semaine prochaine, une fois rentré de ma deuxième période de vacances....
Je me suis quand même décidé à lire 'L'attentat' de Yasmina Khadra, poussé par des critiques positives relevées tant dans la presse que parmi mes lecteurs. C'est d'actualité : un arabe intégré (en Israël, à Tel-Aviv précisément) découvre que sa femme est la dernière kamikaze à s'être fait sauter dans la ville, occasionant ainsi la mort d'une dizaine d'enfants. Il se croyait heureux en ménage, il était éperdument amoureux d'elle et, à ce titre, pensait qu'elle nageait dans le bonheur. Il découvre que depuis plusieurs années, elle n'en pouvait plus des souffrances infligées au peuple palestinien, au point d'en arriver à cette extrémité, sans même qu'il s'en rende compte. Le choc est rude et remet toute sa vie en question. Si les pages consacrées à l'explication du comment et du pourquoi on devient kamikaze sont édifiantes et éclairent d'un jour nouveau notre vision toute occidentale du phénomène, et que celles où le personnage principal parle de son amour s'avèrent souvent très touchantes, l'ensemble m'a quand même paru trop long, tournant en rond et un rien excessif. Plus drôle, 'Funérarium' de Brigitte Aubert, un thriller mettant en scène Chib Moreno, un thanatopracteur noir et résidant à Cannes. Habituellement, il se chargeait d'empailler les animaux de compagnie et quelquefois l'un ou l'autre grand-père, mais aujourd'hui, c'est une gamine d'une dizaine d'années dont il doit se charger. En enquêtant sur la mort mystérieuse de sa 'cliente', il va mettre les pieds dans un famille de dingue et risquer sa peau. Déjantée à souhait, souvent drôle et parfois limite malsaine, l'intrigue se tient et ne souffre aucun temps mort, un peu comme si Agatha Christie avait snifé de la coke et écoutait Linkin Park en tapotant sur son clavier d'ordinateur. En polar toujours, 'Deuil interdit' de Connelly, un très bon épisode des enquêtes de Harry Bosch. Alors qu'on le croyait définitivement H.S. du LAPD, le voilà réintégré dans le corps de police de Los Angeles. Affecté au service des affaires non-résolues, Bosch doit prendre en compte de nouveaux éléments dans une enquête datant de plus de 10 ans : l'enlèvement et l'assassinat d'une adolescente de 16 ans. Plus en confiance, plus apaisé que dans ses précédentes enquêtes, Bosch fait ici penser aux personnages de la série télé 'Cold Case', eux aussi attachés aux affaires jamais refermées. Comme eux, ce qu'il désire, c'est refermer les plaies, permettre aux proches des victimes de comprendre et d'enfin faire leur deuil. J'ai presque terminé ''Les hommes qui n'aimaient pas les femmes', premier tome d'une trilogie due à Stieg Larsson, un auteur suédois inconnu jusqu'à ce que ce que Actes Sud se décide à nous le traduire cette année. Un bouquin extraordinaire, trop pour n'en parler qu'en quelques lignes : je remets donc ça à la semaine prochaine, une fois rentré de ma deuxième période de vacances....
26 juin 2006

Voyage en Afghanistan
Je viens de terminer (faut que je fasse gaffe, il me semble que chaque fois que je parle d'un livre, je commence par cette phrase) le tome 2 du "Photographe", une bd à 6 mains publiée chez Dupuis. Vaut mieux que j'en dise quelques mots maintenant, tant que les traces sont fraîches. Didier Lefèvre (http://didier.lefevre.free.fr), photographe, s'engage à suivre une mission de MSF en Afghanistan. Nous sommes en 1986, en pleine guerre entre Moudjahidin et Russes, et pour rallier leur futur 'hôpital', les toubibs se joignent à une caravane de rebelles chargés d'armes. Partis du Pakistan, ils marcheront un mois dans les montagnes et croiseront des représentants de toutes les ethnies du pays, amicales ou pas. Bien qu'ils ne rencontreront pas de réelle difficulté, le voyage est long et harassant au-delà de toute imagination. Dès leur arrivée, les blessés et les malades affluent. Le manque de moyens, la gravité de certains cas et le manque de repos ne sont compensés que par l'esprit d'équipe, la générosité des habitants et le sentiment de vivre l'exceptionnel.
Alternant cases de bande dessinée 'classiques' et photos prises sur place, les deux tomes de cette 'bd du réel' font mieux qu'un reportage d' "Envoyé spécial", qu'une pub pour MSF et qu'un "Guide du routard" réunis. Tout y est : histoire et géographie du pays, vie et moeurs des habitants, le tout raconté avec les mots simples des personnages, européens ou du cru. Car plus que tout cela, ce qui importe ici, ce sont les rapports entre les personnages, la confrontation de leur vécu et comment malgré tout, malgré les conditions matérielles difficiles, malgré la guerre, ce qu'ils en retirent tient plus de l'enrichissement que du désespoir. Ce n'est jamais pompeux ni ennuyeux, ça vous transporte en quelques minutes à l'autre bout du monde et vous renvoie en pleine figure la futilité de vos principaux soucis...J'attends le tome 3 avec impatience et en attendant, qui sait, je vais peut-être lire 'Massoud l'Afghan' de Christophe de Ponfilly.
13 juin 2006
RevivreJe viens de terminer cette bd fraîchement publiée chez Casterman. Signée Guéret et Vadot (le dessinateur du 'Vif'), elle raconte l'histoire d'"Edmond Lesage, 80 ans, retraité", comme nous l'apprenons dès la première page. Sans raison apparente, Edmond se met brusquement à rajeunir physiquement : chaque jour qui se lève le voit se réveiller avec un an de moins. Vous avez bien calculé : 80 ans, il lui reste donc 80 jours à vivre avant de...Avant de quoi? C'est effectivement LA question du bouquin. Grandes cases, trait clair et couleurs vives, le dessin de Vadot asure une belle mise en scène à cette bd originale, dont le scénario aurait très bien pu convenir pour un épisode de la série télé "La Quatrième dimension'. A travers ce nouveau futur qui s'offre à lui, Edmond revit son enfance, s'interroge temporairement sur ses choix passés(il cite Churchill : "Plus vous saurez regarder loin dans le passé, plus vous verrez loin dans le futur") pour finalement décider de profiter de ce rab' et de vivre pleinement.
Je me rappelle de cette chanson de Manset, 'Revivre', il y disait notamment 'On voudrait revivre, mais ça veut dire, qu'on voudrait vivre la même chose'. Le personnage de Vadot et Guéret n'en est pas si sûr... Une belle réussite quoi qu'il en soit.
05 juin 2006

Un confrère héroïque
C'est pas tous les jours, mais ça arrive : un bibliothécaire héros de roman. Publié dans la "Série Noie" de Gallimard (nouvelle mouture, grand format, plus cher donc que les anciens numéros en format poche : 24 euros), 'Le Bibliothécaire' de Larry Beinhart raconte comment Larry Goldberg se retrouve mêlé à un complot visant coûte que coûte à faire remporter les prochaines présidentielles américaines par le candidat républicain. Plus maladroit que courageux mais néanmoins bien décidé à tout entreprendre pour rester en vie, mon confrère David nous plonge en plein dans les rouages obscurs de la politique américaine. Ancré dans l’actualité récente, le bouquin propose également une lecture crédible d’évènements tels que le 11 septembre ou la réélection abracadabrante de Bush. Plein d'humour bien qu'éminemment politique et engagé, le bouquin contient en plus, en une seule page, une description de l'essence même de notre bô métier...
09 mai 2006

Denis Robert : la véritable affaire Clearstream
Je viens de terminer 'La domination du monde' de Denis Robert. Parce qu'il n'arrive pas à faire passer son message aussi puissament qu'il le voudrait via ses autres livres (des 'documentaires' comme on dit entre bibliothécaires), et aussi parce que les avocats et les procès lui tombent dessus comme la petite vérole sur le bas-clergé chaque fois qu'il l'ouvre, ce type nous conte son histoire dans un roman.
Son histoire? En gros, celle d'un journaliste-écrivain qui découvre qu'une société -la Shark Company basée au Luxembourg- fait bien plus que ce qu'elle est censée faire, soit faciliter et garantir les échanges entre les milliers de banques qui fleurisent sur la planète. En plus des comptes et des échanges 'officiels', Shark se charge d'effacer les traces de virements bancaires portant sur des milliers d'euros ou de dollars. On songe à Lavilliers et à ses 'Troisièmes couteaux' :
Ils ne font rien, ils se situent.
Ils sont consultants ambigus
Des hydres multinationales.
Pas de nom, que des initiales.
Ils ont de grands ordinateurs.
Poules de luxe, hommes de paille.
Requins, banquiers, simples canailles.
Pas de nom et pas de photo,
Leurs sociétés sont étrangères.
Plus compliqué est le réseau
Qui les relie à leurs affaires.
Bien plus que la mise en évidence d'un énorme scandale financier capable de causer un crise mondiale d'un niveau jamais atteint (le journaliste soupçonne que la Shark se soit à ce point emballée, qu'il est devenu impossible de garantir que la masse d'argent échangée chaque jour corresponde bien à des devises ou autres valeurs existantes), le bouquin de Denis Robert montre surtout le combat d'un homme face à une puissance qui le dépasse et qui met tout en oeuvre pour le réduire au silence. Les coups viennent de là où l'auteur ne s'y attendait pas. Un fois son enquête publiée et bien que disposant de preuves accablantes, la presse nationale française ne lui apporte que des échos négatifs et noie son propos sous les commentaires de 'spécialistes' rétribués en sous-main par Shark. Son éditeur, appeuré par les menaces de procès, finit par accepter un marché et refuse d'effectuer un second tirage, rendant le bouquin indisponible.
La 'graaande' presse française en prend pour son grade, subordonnée qu'elle est à ses actionnaires, elle ne se fend, à de rares exceptions, que d'articles dans lesquels affleurent dédain et mépris pour le travail de ce collègue décidément bien trop indépendant. Il n'est guère difficile, parmi les éléments purement romanesques, de reconnaître au long du récit les noms de journaux ou d'acteurs bien connus de l'actualité politico-économique française. Sans altérer la qualité de son intrigue ni le suspense qui en découle, Denis Robert en profite pour régler salutairement quelques comptes. Un bon bouquin, qui fait assez froid dans le dos, comme une envie d'aller vider ses comptes en banque et de tout planquer sous le matelas.
Les racines du roman se trouvent dans les deux enquêtes précédemment publiées par l'auteur et dont on pourra lire un bon résumé sur le site de Politis : http://www.politis.fr/article44.html par Christophe Kantcheff. Plein d'info plus récentes sur :http://www.liberte-dinformer.info/60828.html et sur le blog de Davduf : http://www.davduf.net/article.php3?id_article=272.
Mais l'essentiel est là : achetez ou empruntez "La domination du monde", et lisez-le.
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