Policier de comptoir (de prêt) - 1
Après la troisième lettre de rappel, si vous ne réagissez pas, il ne me reste plus beaucoup de recours. L'antépénultième, c'est le coup de fil. Le soir, vers 18h. Vous rentrez du boulot. Le téléphone sonne.
'Bonsoir, c'est la bibliothèque, je suis bien chez....?'
'Euh, oui...?'
Me répondre positivement est une erreur. Tu vas rapidement t'en rendre compte. Sur un ton que ma conscience professionnelle tente désespérément de conserver le plus neutre possible, mais que tu devines filigrané de reproches, je te déclame une tirade rodée à la perfection par de longues années de pratique. Un missile verbal propre à te gâcher la soirée :
'Voilà, je vous ai envoyé trois lettres de rappel. La dernière date d'il y a deux semaines, vos livres auraient dû être rentrés il y a trois mois déjà et comme vous ne réagissez pas, je me permets de vous appeler.'
Là, en général, il y a un blanc que je me garde bien de combler. Je peux pratiquement te voir : tu cherches une échappatoire, une excuse pas trop bidon. Surpris par cette agression téléphonique presque nocturne et d'une rapidité imprévue, ta vie vient de basculer. Te voilà revenu en enfance, devant le bureau de l'instituteur, sommé de t'expliquer sur le pourquoi de ce devoir non-rendu.
Au bout de quelques secondes, l'humanité se divise en deux catégories : ceux qui ont une réaction adulte ('vous avez raison, je vais remédier à cela, quels sont vos jours d'ouverture déjà?' - plutôt rare) et tous les autres, prompts à reporter la responsabilité sur leurs enfants, leur voiture en panne, une longue maladie ou mes horaires impossibles.
Le but recherché est toutefois souvent atteint : deux ou trois jours plus tard, les livres sont rentrés. Contrepartie négative pour les statistiques : un usager de moins. L'élagage ne se fait pas que dans les rayonnages.
27 mars 2007
14 mars 2007
Hygiène
Entendu ce matin dans la section 'fictions jeunesse', alors que, subrepticement et l'oreille aux aguets, je rangeais des bouquins en 'documentaires jeunesse' :
Schtroumpf A : 'Eh regarde, celui-là, il est tout nouveau nouveau!'
Shtroumpf B : 'Beuh non, je l'ai déjà vu la dernière fois qu'on est venus'
Schroumpf A : 'Ah bon...en tous cas, il est tout propre tout propre hein!'
Entendu ce matin dans la section 'fictions jeunesse', alors que, subrepticement et l'oreille aux aguets, je rangeais des bouquins en 'documentaires jeunesse' :
Schtroumpf A : 'Eh regarde, celui-là, il est tout nouveau nouveau!'
Shtroumpf B : 'Beuh non, je l'ai déjà vu la dernière fois qu'on est venus'
Schroumpf A : 'Ah bon...en tous cas, il est tout propre tout propre hein!'
13 mars 2007
Polars nordiques
Aucun des trois romans traduits en français d’Arnaldur Indridason ne présente la moindre faiblesse. Après avoir découvert le récent ‘La Voix’, il me semblait évident de lire les deux autres. Bien m’en prit. De nationalité islandaise, Indridason applique une recette imparable : parle de ce que tu connais. Il base donc son équipe très réduite –trois enquêteurs : deux hommes et une femme- à Reykjavik et ne lui laisse que peu d’occasion d’en sortir.
La parenté avec un autre auteur nordique bien connu (Henning Mankell) est
évidente. Et les amateurs de l’un devraient normalement apprécier l’autre. Plus sec et plus concis, Indridason se concentre également sur un personnage de flic bourru et mauvais vivant : Erlendur. Célibataire harcelé par une fille à peine sortie de l’adolescence, il se dit lui-même mauvais père et exécrable époux : il a effectivement quitté sa famille alors que ses enfants étaient en bas âge. Les relations avec son ex-femme sont proches du conflit armé et il n’a aucun contact avec son fils. En sus, Erlendur traîne derrière lui une profonde blessure de jeunesse ainsi qu’une passion bizarre pour les livres consacrés aux personnes disparues. Au fil des trois intrigues, Indridason distille les révélations sur le passé d’Erlendur et sans doute nous en ménage-t-il d’autres pour les prochaines.
Quoi qu’il en soit, chaque volume propose, avec une économie de moyens remarquable, une intrigue policière tendue comme un fil et riche en rebondissements et autres chausse-trappes. A l’inverse de Mankell, on ne croit jamais que la solution est proche pour ensuite déchanter, mais l’on se trouve brusquement face à des murs de questions et des changements de perspectives imprévus, induits par des révélations savamment distillées. Plus ramassées mais tout aussi denses que chez Mankell, les textes d’Indridason partagent un point commun avec ceux de leur confrère suédois : cette même empathie pour les victimes, ce constant questionnement du pourquoi face à une violence démesurée et, par-dessus tout, une volonté de présenter les évènements nus, sans fioriture ni interprétation morale.
Dans l’ordre : ‘La cité des jarres’ et ‘La femme en vert’ (déjà en ‘Points’ Seuil) et, récemment : ‘La Voix’, chez Métaillé.
Aucun des trois romans traduits en français d’Arnaldur Indridason ne présente la moindre faiblesse. Après avoir découvert le récent ‘La Voix’, il me semblait évident de lire les deux autres. Bien m’en prit. De nationalité islandaise, Indridason applique une recette imparable : parle de ce que tu connais. Il base donc son équipe très réduite –trois enquêteurs : deux hommes et une femme- à Reykjavik et ne lui laisse que peu d’occasion d’en sortir.
La parenté avec un autre auteur nordique bien connu (Henning Mankell) est
évidente. Et les amateurs de l’un devraient normalement apprécier l’autre. Plus sec et plus concis, Indridason se concentre également sur un personnage de flic bourru et mauvais vivant : Erlendur. Célibataire harcelé par une fille à peine sortie de l’adolescence, il se dit lui-même mauvais père et exécrable époux : il a effectivement quitté sa famille alors que ses enfants étaient en bas âge. Les relations avec son ex-femme sont proches du conflit armé et il n’a aucun contact avec son fils. En sus, Erlendur traîne derrière lui une profonde blessure de jeunesse ainsi qu’une passion bizarre pour les livres consacrés aux personnes disparues. Au fil des trois intrigues, Indridason distille les révélations sur le passé d’Erlendur et sans doute nous en ménage-t-il d’autres pour les prochaines.
Quoi qu’il en soit, chaque volume propose, avec une économie de moyens remarquable, une intrigue policière tendue comme un fil et riche en rebondissements et autres chausse-trappes. A l’inverse de Mankell, on ne croit jamais que la solution est proche pour ensuite déchanter, mais l’on se trouve brusquement face à des murs de questions et des changements de perspectives imprévus, induits par des révélations savamment distillées. Plus ramassées mais tout aussi denses que chez Mankell, les textes d’Indridason partagent un point commun avec ceux de leur confrère suédois : cette même empathie pour les victimes, ce constant questionnement du pourquoi face à une violence démesurée et, par-dessus tout, une volonté de présenter les évènements nus, sans fioriture ni interprétation morale.Dans l’ordre : ‘La cité des jarres’ et ‘La femme en vert’ (déjà en ‘Points’ Seuil) et, récemment : ‘La Voix’, chez Métaillé.
12 mars 2007
Incomplet
J’ai bien vu que tu étais déçue. Un livre entièrement consacré aux ‘institutions spécialisées pour adolescents handicapés’, je n’avais pas. Par contre, le catalogue m’a sorti plusieurs références sur les handicapés, sur les instituts d’éducation spécialisés, sur les ados –en veux-tu, en voilà !- et même sur les adolescents handicapés. Mais non, définitivement non, à la bibliothèque du village, il n’y avait aucun bouquin dans lequel tu aurais pu trouver ton travail de fin d’étude déjà réalisé et prêt à être recopié. Pardon : aménagé pour qu’il paraisse de ta plume. Prendre le temps de compulser toutes les références que je t’ai soumises, et d’en tirer la ‘substantifique moelle’ était visiblement au-dessus de tes forces. Tu aurais pourtant pu en tirer quelque chose de réellement original. Et, pour peu que tu aies bien fait ton boulot, tu m’en aurais fait une copie, et la bibliothèque du village de voguer gaiement vers l’exhaustivité !
J’ai bien vu que tu étais déçue. Un livre entièrement consacré aux ‘institutions spécialisées pour adolescents handicapés’, je n’avais pas. Par contre, le catalogue m’a sorti plusieurs références sur les handicapés, sur les instituts d’éducation spécialisés, sur les ados –en veux-tu, en voilà !- et même sur les adolescents handicapés. Mais non, définitivement non, à la bibliothèque du village, il n’y avait aucun bouquin dans lequel tu aurais pu trouver ton travail de fin d’étude déjà réalisé et prêt à être recopié. Pardon : aménagé pour qu’il paraisse de ta plume. Prendre le temps de compulser toutes les références que je t’ai soumises, et d’en tirer la ‘substantifique moelle’ était visiblement au-dessus de tes forces. Tu aurais pourtant pu en tirer quelque chose de réellement original. Et, pour peu que tu aies bien fait ton boulot, tu m’en aurais fait une copie, et la bibliothèque du village de voguer gaiement vers l’exhaustivité !
02 mars 2007
Blog
Très jolie participation de Manue au blog collaboratif 'Résidences des brindilles' (tout aussi joli nom de blog) sur le thème des livres non lus. En quelques lignes, tout est dit sur ces livres qui nous entourent au quotidien, sur lesquels nous veillons presque jalousement et que nous sommes bien résignés à ne pas tous lire.
Très jolie participation de Manue au blog collaboratif 'Résidences des brindilles' (tout aussi joli nom de blog) sur le thème des livres non lus. En quelques lignes, tout est dit sur ces livres qui nous entourent au quotidien, sur lesquels nous veillons presque jalousement et que nous sommes bien résignés à ne pas tous lire.
26 février 2007
Indiscretion
"Les lettres semblaient rangées par date et, après avoir hésité, Erlendur en lut une. Il avait le sentiment de s'introduire par effraction dans un
sanctuaire et en tirait une forme de honte. Comme s'il s'était posté à une fenêtre d'où il aurait épié les gens".
(Arnaldur Indridason, 'La femme en vert', Métaillé, 2006)
Idem pour moi, simple bibliothécaire et même pas inspecteur de police islandais, comme Erlendur. Idem lorsque je lis presque involontairement ces quelques lignes, griffonnées sur un signet oublié dans un livre. Ce ne sont souvent que quelques mots sans importance, mais pas toujours. Idem aussi quand il s'agit de trier ces caisses de dons que ton fils m'a apportées. Titre après titre, ces livres qui autrefois t'appartenaient, m'en disent plus sur toi que je n'en ai appris lors de notre unique rencontre. Tu n'avais sans doute jamais pensé qu'un jour je me retrouverais à les classer en deux piles n'est-ce pas? D'un côté les 'à garder' et de l'autre, ceux 'à évacuer'. Et moi, à chaque caisse que j'ouvre, je me sens comme Erlendur, un intrus dans ton univers.
"Les lettres semblaient rangées par date et, après avoir hésité, Erlendur en lut une. Il avait le sentiment de s'introduire par effraction dans un
sanctuaire et en tirait une forme de honte. Comme s'il s'était posté à une fenêtre d'où il aurait épié les gens". (Arnaldur Indridason, 'La femme en vert', Métaillé, 2006)
Idem pour moi, simple bibliothécaire et même pas inspecteur de police islandais, comme Erlendur. Idem lorsque je lis presque involontairement ces quelques lignes, griffonnées sur un signet oublié dans un livre. Ce ne sont souvent que quelques mots sans importance, mais pas toujours. Idem aussi quand il s'agit de trier ces caisses de dons que ton fils m'a apportées. Titre après titre, ces livres qui autrefois t'appartenaient, m'en disent plus sur toi que je n'en ai appris lors de notre unique rencontre. Tu n'avais sans doute jamais pensé qu'un jour je me retrouverais à les classer en deux piles n'est-ce pas? D'un côté les 'à garder' et de l'autre, ceux 'à évacuer'. Et moi, à chaque caisse que j'ouvre, je me sens comme Erlendur, un intrus dans ton univers.
24 février 2007
L'école de la réussite
Alors, celui-là, il habite juste à côté de la bib. Neuf ans à peine, c'est le plus jeune d'une lignée de 3 garçons, tous passés devant moi alors qu'ils fréquentaient l'école primaire. Pas très grand et plutôt rondouillard, le sourire désarmant qu'il affiche en permanence indique une bonne humeur constante et assez communicative. On dirait Gérard Jugnot enfant.
Pour lui, l'école du village, c'est terminé. Aujourd'hui, alors que c'est le congé de Carnaval, il vient me voir, les mains dans les poches et son bouquin -emprunté lors d'une visite de classe- sous le bras.
- 'Monsieur, je peux vous rendre le livre de l'école?'
- 'Euh, oui, bien sûr'
- 'C'est parce que maman veut que je change d'école, dans un autre village'
- 'Vous déménagez?'
- 'Non non, je vais seulement changer d'école. Je suis un peu en retard, je vais aller à X, là-bas, ils expliquent moins vite'.
Alors, celui-là, il habite juste à côté de la bib. Neuf ans à peine, c'est le plus jeune d'une lignée de 3 garçons, tous passés devant moi alors qu'ils fréquentaient l'école primaire. Pas très grand et plutôt rondouillard, le sourire désarmant qu'il affiche en permanence indique une bonne humeur constante et assez communicative. On dirait Gérard Jugnot enfant.
Pour lui, l'école du village, c'est terminé. Aujourd'hui, alors que c'est le congé de Carnaval, il vient me voir, les mains dans les poches et son bouquin -emprunté lors d'une visite de classe- sous le bras.
- 'Monsieur, je peux vous rendre le livre de l'école?'
- 'Euh, oui, bien sûr'
- 'C'est parce que maman veut que je change d'école, dans un autre village'
- 'Vous déménagez?'
- 'Non non, je vais seulement changer d'école. Je suis un peu en retard, je vais aller à X, là-bas, ils expliquent moins vite'.
13 février 2007
Trois polars de 2006
Tous trois chez Rivages. D’abord, ‘Little Girl Blue’ de David Cray. Au départ d’une enquête sur la mort d’une gamine retrouvée nue dans Central Park, l’inspectrice Julia Brennan va mettre au jour un réseau de pédophilie. Elle se rendra vite compte qu’elle n’est pas la seule à men
er la chasse aux pédophiles new-yorkais : à chaque fois qu’elle croit en tenir un, elle ne tombe que sur son cadavre. Serait-ce Peter Foley, l’ancien flic spécialisé dans la prostitution enfantine et dont elle s’est adjoint les services, qui la précéderait, motivé par une haine toute personnelle ? Polar féministe –Brennan affronte le machisme ambiant propre à un corps de police et se trouve constamment mise sous pression par sa hiérarchie- ‘Little Girl Blue’ arrive à dépasser son sujet à priori glauque à souhait, pour le traiter avec humanité, sans effet de voyeurisme et en résistant à la tentation d’une auto-justice expéditive. Un excellent roman noir, ménageant suspense et psychologie des personnages. Dans un autre registre, ‘Le rêve des chevaux brisés’ de William Bayer met en scène David Weiss, dessinateur spécialisé dans les
portraits-robots et les croquis pris sur le vif au cours de procès. C’est dans ce cadre que la chaîne de télé qui l’emploie l’envoie à Calista, la ville de son enfance. Couvrir un procès dans la ville où, 26 ans plus tôt, son propre père s’était suicidé constitue pour David l’occasion qu’il attendait depuis longtemps. Quelques jours avant ce suicide, un couple d’amants avait été tué dans une chambre de motel. La femme, Barbara Fulraine, était une personnalité bien connue de la bourgeoisie locale. Elle était également une patiente du père de David, psy de son état. Ce qui hante David, ce qui le pousse à tenter d’apporter un nouvel éclairage à cette affaire, c’est la relation qui existait entre son père psychologue, et Barbara Fulraine, qui venait régulièrement le consulter. Extraordinairement dense et complexe, ‘Le rêve des chevaux brisés’ baigne dans la psychanalyse. Ce fameux rêve des chevaux brisés, c’est celui qui venait régulièrement hanter Barbara Fulraine et qui la poussa à consulter –après bien d’autres- le père de David. Véritable nymphomane, Barbara n’avait de cesse de provoquer son psy, qui résistait tant bien que mal. Découvrant les carnets secrets de l’un puis de l’autre, David espérera y trouver la clé de l’affaire. Mais à Calista, même après 26 ans, plusieurs personnes ont encore intérêt à ce que la vérité reste dans l’ombre. Flirtant avec le portrait de société, ‘Le rêve…’ s’appuie sur de nombreux personnages, se mouvant dans cadre unique et entretenant des relations d’amour, de sexe et de haines petites-bourgeoises. Bayer brille par sa lucidité et son discernement : chez lui personne n’est tout gris ou tout noir, tous surnagent en demi-teintes, poussés par les circonstances, l’intérêt personnel ou les regrets. Un grand roman noir, sans temps morts et dont les traces restent longtemps vives à l’esprit.
Pour terminer, un anglais, parce qu’il faut bien l’admettre : aahhhh, le roman noir anglais !
Deuxième épisode (sur les trois prévus) du cycle consacré à Frank Elder, ‘De cendre et d’os’ de John Harvey, reste bien dans la veine du précédent (‘De chair et de sang’, 2005) : réaliste et tortueux, mais surtout d’une extrême fluidité, principalement à mettre au compte d’une abondance de dialogues. Dialogues qui n’ont pas -comme trop souvent dans les gros pavés américains- ce côté superficiel et facile dû à une maîtrise imparfaite du style indirect. Ici, pas un seul mot de trop, pas une seule faute dans le ton adopté : chaque mot, chaque ligne ont leur utilité stricte. A son habitude, et cela s’est vu dans ses précédentes œuvres consacrées à l’inspecteur Resnick (que Elder croise d’ailleurs régulièrement), Harvey ne néglige ni la psychologie de ses personnages (très nombreux et pourtant tous rapidement identifiables) ni leur cadre social (les années Thatcher n’ont pas encore été digérées). Bien que retraité, Elder se voit régulièrement appelé à la rescousse par son ancien collègue des affaires non-résolues. C’est l’assassinat d’une flic qui va cette fois sortir Frank de sa petite maison sur la côte. Maddy Birch et lui ne se connaissaient pas particulièrement bien. Mais ils avaient failli. Failli avoir une liaison et donc, sa mort violente ne peut que toucher Elder au plus profond. Lorsqu’on lui signale que l’enquête piétine, Elder n’hésite pas longtemps à prendre son billet pour Londres. Là, il sera non seulement confronté à ce crime sordide et aux ramifications insoupçonnées, mais il devra également se résigner à affronter sa fille Catherine. Cette dernière, impliquée malgré elle dans la dernière enquête de Frank, refuse depuis lors tout contact avec lui. Parfaitement construits et passionnants de bout en bout, les romans de John Harvey ne déçoivent jamais, ils peuvent parfois laisser un goût amer. Celui de l’injustice face à laquelle la meilleure volonté ne peut rien.
"Little girl blue" de David Cray, Rivages/Noir, 2006
"Le rêve des chevaux brisés" de William Bayer, Rivages/Noir, 2006.
"De cendre et d’os de John Harvey", Rivages/Thriller, 2006
Tous trois chez Rivages. D’abord, ‘Little Girl Blue’ de David Cray. Au départ d’une enquête sur la mort d’une gamine retrouvée nue dans Central Park, l’inspectrice Julia Brennan va mettre au jour un réseau de pédophilie. Elle se rendra vite compte qu’elle n’est pas la seule à men
er la chasse aux pédophiles new-yorkais : à chaque fois qu’elle croit en tenir un, elle ne tombe que sur son cadavre. Serait-ce Peter Foley, l’ancien flic spécialisé dans la prostitution enfantine et dont elle s’est adjoint les services, qui la précéderait, motivé par une haine toute personnelle ? Polar féministe –Brennan affronte le machisme ambiant propre à un corps de police et se trouve constamment mise sous pression par sa hiérarchie- ‘Little Girl Blue’ arrive à dépasser son sujet à priori glauque à souhait, pour le traiter avec humanité, sans effet de voyeurisme et en résistant à la tentation d’une auto-justice expéditive. Un excellent roman noir, ménageant suspense et psychologie des personnages. Dans un autre registre, ‘Le rêve des chevaux brisés’ de William Bayer met en scène David Weiss, dessinateur spécialisé dans les
portraits-robots et les croquis pris sur le vif au cours de procès. C’est dans ce cadre que la chaîne de télé qui l’emploie l’envoie à Calista, la ville de son enfance. Couvrir un procès dans la ville où, 26 ans plus tôt, son propre père s’était suicidé constitue pour David l’occasion qu’il attendait depuis longtemps. Quelques jours avant ce suicide, un couple d’amants avait été tué dans une chambre de motel. La femme, Barbara Fulraine, était une personnalité bien connue de la bourgeoisie locale. Elle était également une patiente du père de David, psy de son état. Ce qui hante David, ce qui le pousse à tenter d’apporter un nouvel éclairage à cette affaire, c’est la relation qui existait entre son père psychologue, et Barbara Fulraine, qui venait régulièrement le consulter. Extraordinairement dense et complexe, ‘Le rêve des chevaux brisés’ baigne dans la psychanalyse. Ce fameux rêve des chevaux brisés, c’est celui qui venait régulièrement hanter Barbara Fulraine et qui la poussa à consulter –après bien d’autres- le père de David. Véritable nymphomane, Barbara n’avait de cesse de provoquer son psy, qui résistait tant bien que mal. Découvrant les carnets secrets de l’un puis de l’autre, David espérera y trouver la clé de l’affaire. Mais à Calista, même après 26 ans, plusieurs personnes ont encore intérêt à ce que la vérité reste dans l’ombre. Flirtant avec le portrait de société, ‘Le rêve…’ s’appuie sur de nombreux personnages, se mouvant dans cadre unique et entretenant des relations d’amour, de sexe et de haines petites-bourgeoises. Bayer brille par sa lucidité et son discernement : chez lui personne n’est tout gris ou tout noir, tous surnagent en demi-teintes, poussés par les circonstances, l’intérêt personnel ou les regrets. Un grand roman noir, sans temps morts et dont les traces restent longtemps vives à l’esprit.Pour terminer, un anglais, parce qu’il faut bien l’admettre : aahhhh, le roman noir anglais !
Deuxième épisode (sur les trois prévus) du cycle consacré à Frank Elder, ‘De cendre et d’os’ de John Harvey, reste bien dans la veine du précédent (‘De chair et de sang’, 2005) : réaliste et tortueux, mais surtout d’une extrême fluidité, principalement à mettre au compte d’une abondance de dialogues. Dialogues qui n’ont pas -comme trop souvent dans les gros pavés américains- ce côté superficiel et facile dû à une maîtrise imparfaite du style indirect. Ici, pas un seul mot de trop, pas une seule faute dans le ton adopté : chaque mot, chaque ligne ont leur utilité stricte. A son habitude, et cela s’est vu dans ses précédentes œuvres consacrées à l’inspecteur Resnick (que Elder croise d’ailleurs régulièrement), Harvey ne néglige ni la psychologie de ses personnages (très nombreux et pourtant tous rapidement identifiables) ni leur cadre social (les années Thatcher n’ont pas encore été digérées). Bien que retraité, Elder se voit régulièrement appelé à la rescousse par son ancien collègue des affaires non-résolues. C’est l’assassinat d’une flic qui va cette fois sortir Frank de sa petite maison sur la côte. Maddy Birch et lui ne se connaissaient pas particulièrement bien. Mais ils avaient failli. Failli avoir une liaison et donc, sa mort violente ne peut que toucher Elder au plus profond. Lorsqu’on lui signale que l’enquête piétine, Elder n’hésite pas longtemps à prendre son billet pour Londres. Là, il sera non seulement confronté à ce crime sordide et aux ramifications insoupçonnées, mais il devra également se résigner à affronter sa fille Catherine. Cette dernière, impliquée malgré elle dans la dernière enquête de Frank, refuse depuis lors tout contact avec lui. Parfaitement construits et passionnants de bout en bout, les romans de John Harvey ne déçoivent jamais, ils peuvent parfois laisser un goût amer. Celui de l’injustice face à laquelle la meilleure volonté ne peut rien."Little girl blue" de David Cray, Rivages/Noir, 2006
"Le rêve des chevaux brisés" de William Bayer, Rivages/Noir, 2006.
"De cendre et d’os de John Harvey", Rivages/Thriller, 2006
10 février 2007
Dédicace
Reçu hier 'La perle' de Steinbeck, édition de 1950 chez Gallimard, à la couverture inhabituellement illustrée pour un bouquin de la nrf. Sans doute s'agit-il d'une réédition 'spéciale' à l'occasion de l'adaptation cinématographique du livre : la photographie de la couverture en question est tirée du film. Sa précédente propriétaire se l'était visiblement vu offrir, c'est du moins ce que m'indique la dédicace lue en première page : 'En espérant que ce livre restera pour toi un bon souvenir de mauvais jours. Et avec mes remerciements pour le prêt'. Si j'étais scénariste ou romancier, peut-être trouverais-je ces deux phrases suffisament énigmatiques pour en faire le point de départ de l'une de mes intrigues. Il me plait en tous cas de leur donner une seconde vie en ces lieux webiens.
Reçu hier 'La perle' de Steinbeck, édition de 1950 chez Gallimard, à la couverture inhabituellement illustrée pour un bouquin de la nrf. Sans doute s'agit-il d'une réédition 'spéciale' à l'occasion de l'adaptation cinématographique du livre : la photographie de la couverture en question est tirée du film. Sa précédente propriétaire se l'était visiblement vu offrir, c'est du moins ce que m'indique la dédicace lue en première page : 'En espérant que ce livre restera pour toi un bon souvenir de mauvais jours. Et avec mes remerciements pour le prêt'. Si j'étais scénariste ou romancier, peut-être trouverais-je ces deux phrases suffisament énigmatiques pour en faire le point de départ de l'une de mes intrigues. Il me plait en tous cas de leur donner une seconde vie en ces lieux webiens.
09 février 2007
Blog
Le blog primé au Festival de la création sur internet de Romans s'appelle 'Police'. Loin de toute apologie du métier ou de l'ordre, il s'agit du journal d'une flic de terrain. Quand les faits divers et une ligne de vie toute personnelle illustrent une époque ou une société, ça donne ça. Assez proche des chroniques d'un service d'urgences hospitalières tenue par Patrick Pelloux dans 'Charlie Hebdo', loin de tout sensationnalisme, ça sonne juste, avec retenue et sensibilité néanmoins.
Le blog primé au Festival de la création sur internet de Romans s'appelle 'Police'. Loin de toute apologie du métier ou de l'ordre, il s'agit du journal d'une flic de terrain. Quand les faits divers et une ligne de vie toute personnelle illustrent une époque ou une société, ça donne ça. Assez proche des chroniques d'un service d'urgences hospitalières tenue par Patrick Pelloux dans 'Charlie Hebdo', loin de tout sensationnalisme, ça sonne juste, avec retenue et sensibilité néanmoins.
Liens automatiques
A l'invite de Bibliobsession -et parce que ça me semble une bonne idée- j'ai donc installé le 'blogroll automatique' de Criteo : il se trouve dans la colonne de droite, après la liste de liens. Il s'agit -si j'ai bien tout compris- d'un système qui affiche une liste de liens automatique, selon les blogs visités par les visiteurs de ce site. Si monsieur X, en plus de mon blog, visite régulièrement celui de Mlle Y, peut-être que Mme Z, également assidue lectrice de ce blog, trouverait plaisir à lire ce fameux blog de Mlle Y? Ca viendrait donc illustrer la rengaine, pas toujours vraie pourtant, qui veut que les amis des mes amis sont mes amis. Seule 'hic' : faut que les bloggueurs en question aient eux aussi installé le système de Criteo. Ce n'est pas bien sorcier : j'ai pu le faire!
A l'invite de Bibliobsession -et parce que ça me semble une bonne idée- j'ai donc installé le 'blogroll automatique' de Criteo : il se trouve dans la colonne de droite, après la liste de liens. Il s'agit -si j'ai bien tout compris- d'un système qui affiche une liste de liens automatique, selon les blogs visités par les visiteurs de ce site. Si monsieur X, en plus de mon blog, visite régulièrement celui de Mlle Y, peut-être que Mme Z, également assidue lectrice de ce blog, trouverait plaisir à lire ce fameux blog de Mlle Y? Ca viendrait donc illustrer la rengaine, pas toujours vraie pourtant, qui veut que les amis des mes amis sont mes amis. Seule 'hic' : faut que les bloggueurs en question aient eux aussi installé le système de Criteo. Ce n'est pas bien sorcier : j'ai pu le faire!
05 février 2007
Petite monnaie
Ce boulot que tu as entrepris, ça a l'air costaud. Il y a bientôt un an que tu viens régulièrement travailler sur un des ordinateurs publics. Tu ne fais pas beaucoup de recherches sur le net, non, tu te sers plutôt du traitement de texte. Régulièrement tu bloques le nouveau copieur/imprimante : ce n'est pas de ta faute, c'est celle de Bill Gates. Les postes publics tournent sous Linux et dès qu'on veut imprimer un pdf, ça coince. Et comme je ne compte pas revenir en arrière et donner raison à Microsoft, on continue avec Linux. D'autant que depuis le temps, tu t'y es faite.
Comme moi à ton habitude de déverser le contenu de ton porte-monnaie au moment de payer tes impressions. Je calcule ce que tu me dois et souvent, je t'aide à faire le compte parmi les pièces étallées sur le comptoir. Comme matheux, on fait la paire. Il n'y a pas à dire : pour nous, les littéraires, les bibliothèques sont un véritable refuge.
Ce boulot que tu as entrepris, ça a l'air costaud. Il y a bientôt un an que tu viens régulièrement travailler sur un des ordinateurs publics. Tu ne fais pas beaucoup de recherches sur le net, non, tu te sers plutôt du traitement de texte. Régulièrement tu bloques le nouveau copieur/imprimante : ce n'est pas de ta faute, c'est celle de Bill Gates. Les postes publics tournent sous Linux et dès qu'on veut imprimer un pdf, ça coince. Et comme je ne compte pas revenir en arrière et donner raison à Microsoft, on continue avec Linux. D'autant que depuis le temps, tu t'y es faite.
Comme moi à ton habitude de déverser le contenu de ton porte-monnaie au moment de payer tes impressions. Je calcule ce que tu me dois et souvent, je t'aide à faire le compte parmi les pièces étallées sur le comptoir. Comme matheux, on fait la paire. Il n'y a pas à dire : pour nous, les littéraires, les bibliothèques sont un véritable refuge.02 février 2007
Henry Ford
En janvier, faut établir le rapport annuel Puis, ça recommence : Sélectionner les acquisitions Rédiger les bons de commande Prêter et ranger Catalographier les nouveautés Vérifier les factures Ouvrir les portes à l'heure Trier les dons Prêter et ranger Chercher le bon bouquin, le titre exact Réserver les livres pour toi et aussi pour toi Ramener ce roman d'une autre bibliothèque Envoyer les rappels Prêter et ranger Ecouter les demandes, les noter, pas les perdre Conseiller et parfois choisir à ta place Te pénaliser, ben oui, t'es en retard! Entendre les mêmes excuses Prêter et ranger Dépouiller les périodiques Tenir les dossiers documentaires à jour Lire les critiques, noter les titres à acheter Y'a plus d'encre dans le copieur : faxer chez Canon Prêter et ranger Etablir les demandes de subsides Puis les justifier Dans les formes svp! L'argent est bien arrivé? Contrôler. Prêter et ranger Lancer les sauvegardes informatiques Porter les livres à plastifier Puis ceux à réparer Commander l'adhésif, les étiquettes Prêter et ranger Elaguer en jeunesse Puis chez les adultes aussi Jeudi, c'est ramassage des papiers: ficeler les journaux à jeter Prêter et ranger Prêter et ranger Prêter et ranger prêter et ranger prêter etprêteretrangerprêteretrangerprêteretranger
En janvier, faut établir le rapport annuel Puis, ça recommence : Sélectionner les acquisitions Rédiger les bons de commande Prêter et ranger Catalographier les nouveautés Vérifier les factures Ouvrir les portes à l'heure Trier les dons Prêter et ranger Chercher le bon bouquin, le titre exact Réserver les livres pour toi et aussi pour toi Ramener ce roman d'une autre bibliothèque Envoyer les rappels Prêter et ranger Ecouter les demandes, les noter, pas les perdre Conseiller et parfois choisir à ta place Te pénaliser, ben oui, t'es en retard! Entendre les mêmes excuses Prêter et ranger Dépouiller les périodiques Tenir les dossiers documentaires à jour Lire les critiques, noter les titres à acheter Y'a plus d'encre dans le copieur : faxer chez Canon Prêter et ranger Etablir les demandes de subsides Puis les justifier Dans les formes svp! L'argent est bien arrivé? Contrôler. Prêter et ranger Lancer les sauvegardes informatiques Porter les livres à plastifier Puis ceux à réparer Commander l'adhésif, les étiquettes Prêter et ranger Elaguer en jeunesse Puis chez les adultes aussi Jeudi, c'est ramassage des papiers: ficeler les journaux à jeter Prêter et ranger Prêter et ranger Prêter et ranger prêter et ranger prêter etprêteretrangerprêteretrangerprêteretranger
23 janvier 2007
Dernières lectures
C'est ta soeur qui m'a prévenu. Elle m'a téléphoné l'autre jour, pour savoir si j'accepterais des livres de ta bibliothèque personnelle. Comme je répondais positivement, elle m'a précisé qu'elle en profiterait pour me rendre les derniers livres que tu avais empruntés : 'ils seront un peu en retard évidemment, je n'habite pas le village, je ne saurai pas venir avant une quinzaine, vous comprenez, avec toutes les formalités...'. Toi qui étais si ponctuelle, ça va me sembler bizarre.
Tu avais toujours un commentaire : à chaque fois, je savais s'ils t'avaient plus ou pas. Ceux-ci, je ne saurai même pas si tu les avais terminés.
C'est ta soeur qui m'a prévenu. Elle m'a téléphoné l'autre jour, pour savoir si j'accepterais des livres de ta bibliothèque personnelle. Comme je répondais positivement, elle m'a précisé qu'elle en profiterait pour me rendre les derniers livres que tu avais empruntés : 'ils seront un peu en retard évidemment, je n'habite pas le village, je ne saurai pas venir avant une quinzaine, vous comprenez, avec toutes les formalités...'. Toi qui étais si ponctuelle, ça va me sembler bizarre.
Tu avais toujours un commentaire : à chaque fois, je savais s'ils t'avaient plus ou pas. Ceux-ci, je ne saurai même pas si tu les avais terminés.
13 janvier 2007
On n'est plus sûr de rien
- C'est aujourd'hui que je dois repayer mon abonnement?
- Un instant, je vérifie...non, pour vous, ce sera en février.
- Ah, bon, enfin, si on est encore vivant enfin...parce qu'aujourd'hui, on est plus sûr de rien....au building, il y a encore une vieille femme -enfin pas si vieille que ça : 65 ans- elle est rentrée à l'hôpital pour une radio, elle est revenue dans un cercueil...
- ????
- oui, mystère, on sait pas ce qu'elle a eu...
- (toujours aussi ????)
- enfin, avec les vieilles femmes hein, de toutes façons, on sait jamais rien...
- C'est aujourd'hui que je dois repayer mon abonnement?
- Un instant, je vérifie...non, pour vous, ce sera en février.
- Ah, bon, enfin, si on est encore vivant enfin...parce qu'aujourd'hui, on est plus sûr de rien....au building, il y a encore une vieille femme -enfin pas si vieille que ça : 65 ans- elle est rentrée à l'hôpital pour une radio, elle est revenue dans un cercueil...
- ????
- oui, mystère, on sait pas ce qu'elle a eu...
- (toujours aussi ????)
- enfin, avec les vieilles femmes hein, de toutes façons, on sait jamais rien...
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