
06 septembre 2007

26 août 2007

24 août 2007
Me tendant son choix de livres au comptoir :
- Je ne vais pas en prendre trop, sinon, je vais encore en entendre de ma femme
- Quoi, elle vous reproche de beaucoup lire?
- Ben oui, 'on n'entend jamais rien hors de toi' qu'elle me dit. Qu'est-ce que vous voulez que je lui dise? On est tout le temps ensemble, on a vu les mêmes choses. A nos âges, hein?
- Justement, en lisant, ça vous permet d'avoir des choses à lui raconter...
- Ouais, je vais plutôt lui dire qu'elle se mette à lire elle aussi!
J'ai un peu de mal à y croire. Après plus de douze ans à officier ici en solitaire, la commune vient de lancer un appel public pour recruter un 'employé de bibliothèque' à mi-temps. Plus de six ans que j'attends ça. Je modère quand même mon enthousiasme : pour une véritable amélioration du service et un allègement sensible de mes tâches (ne plus devoir assumer toutes les heures d'ouverture au public...) il s'agira de tomber sur la 'bonne' personne. Définissez ce terme svp.
11 août 2007
Vous n'aviez pas oublié : c'était bien aujourd'hui que je recommençais. A 9 heures précises, la première d'entre vous attendait là -pile derrière la porte- que je tourne ma clé dans la serrure. Ensuite, le défilé n'a connu que de très courtes pauses. Par curiosité, j'ai demandé un petit bilan au système informatique à 18h30 : le nombre de titres rentrés et sortis équivalait à deux 'bonnes' journées habituelles. De quoi le mettre sur les genoux, le biblio de campagne.
Et puis, il y a eu tout le reste, tout le quotidien de mes journées 'normales'. Pas de répit, vous n'avez pas pu attendre un jour de plus. Il y a eu l'ado de 16 heures qui m'a si poliment demandé 'il me faudrait 'Cabot-Caboche' de Daniel Pennac', comme si j'étais Billy Crystal et lui Robert De Niro.
Vos caisses et sacs de dons qui devaient impatiemment attendre leur migration vers la bib.
Deux avis de décès, dont l'un avec moult détails.
Des demandes d'acquisition.
Et une petite phrase, sel des heures passées derrière mon comptoir : 'C'était un bon bouquin, vraiment très prenant et très très plausible. Mais quand même un peu tiré par les cheveux.'
06 juillet 2007
Demain samedi, dernier jour. Un mois sans mettre un orteil ici. Alternance de vraies vacances délassantes (dont un séjour sur une île française) et de travaux dans la maison en perspective. Plus de temps pour lire aussi.
Qui sait, je reviendrai peut-être avec plein d'idées d'articles pour le blog qui, en ce moment, ne brille pas par son activité débordante, je le reconnais.
Les futurs mois s'annoncent plutôt positifs pour la bib : le ciel se dégage au niveau d'un renfort en personnel. Avec un peu de chance, le mois d'octobre devrait coïncider avec l'arrivée tant attendue d'un ou une collègue à mi-temps. L'époque du travail en solitaire serait-elle révolue? De plus, le nouveau matos informatique destiné à élargir l'offre en nombre de postes publics vient d'être livré et installé : de 2, on passe à 5 pc, dont 4 linuxiens pur jus. Fini de refuser du monde pour cause de postes occupés. Allez, bonnes vacances à vous tous et à dans un mois donc!
25 juin 2007

J’ai été surpris. Tant mieux, j’étais sans doute le spectateur idéal aux yeux du réalisateur. J’ai commencé à regarder cet épisode de ‘Six Feet Under’, et je ne savais pas que c’était le tout dernier de la série. A dix minutes de la fin, Claire s’embarque pour New-York et, tandis qu’elle parcourt des kilomètres sur l’autoroute, on assiste à un résumé de la vie future des principaux personnages de la série. Nat est déjà mort, mais les autres, tous ceux que Claire a laissés derrière elle, on les voit poursuivre leur parcours et finalement, chacun à leur tour et d’une façon imprévue, rendre leur dernier souffle. Tout va très vite, aussi vite que la nouvelle voiture de Claire (elle avait déclassé son corbillard vert dans l’épisode précédent) et, le temps d’une chanson tristounette (‘Breathe me’ de Sia), Alan Ball, le réalisateur, expédie ad patres tous ces personnages auxquels nous nous étions attachés pendant cinq saisons. Terminato.
Profondément originale, parfois énervante, toujours imprévisible et souvent touchante, ‘Six Feet Under’ était un portrait de famille parfait, une tranche de vie dans laquelle les réalisateurs ont réussi à relever et à épingler les faits saillants sans jamais les juger, renvoyant sans cesse le spectateur à sa propre existence. Nous regardons les Fisher s’aimer, s’engueuler et se réconcilier, nous les voyons se débattre pour garder la tête au-dessus de l’eau professionnellement ; nous les suivons aux différentes étapes de leurs vies, qu’elles soient gaies ou tristes, teintées de réussites ou d’échecs. Comment ne pas y apercevoir certains de nos propres reflets ?
Aujourd’hui, j’ai conduit pour la dernière fois ma plus jeune fille à l’entrée de son école primaire. L’année prochaine, elle rejoindra sa sœur en humanités et là, c’est sûr, ça va défiler encore plus vite.
20 juin 2007
Deux biblioblogs découverts récemment pour l'un et tout récemment pour l'autre. Récemment donc : "Médiamus : Le blog des bibliothécaires musicaux de la Médiathèque de Dole" : exactement le genre de blog que j'aimerai pouvoir mettre sur pied dans ma petite bib de campagne, si j'en avais le temps, si nous étions au moins deux pour l'alimenter et si je me décidais tout bonnement à le faire un jour et basta pour les nouveautés à catalographier! Voilà, c'est animé, coloré, ludique et les confrères-auteurs donnent plein d'idées de disques à écouter. Et, tout récemment, aujourd'hui même : 'Couv. ill. en coul. : Melvil (Dewey) et Jean-Philippe (Rameau) sont dans un bateau'. Je n'hésite pas, je reproduis ici la présentation de ce blog par son (ses) auteur(s) : "Le monde des bibliothèques est un peu trop sérieux à notre goût. Couvillencoul.wordpress.com se propose de montrer la face cachée de ces lieux géniaux où beaucoup d’efforts sont faits pour que des livres (pardon : des documents, en bibliothécais moderne) et des lecteurs (pardon : des usagers, en bibliothécais politiquement correct) se rencontrent autour d’une bière (pardon : d’un OPAC, en bibliothécais SIGBéisé)" . Voilà qui est dit et bien dit. Nous sommes là face à une entreprise de....euh...décrispation? déridage? revendiquée et assumée de notre bô métier qui me semble plutôt bienvenue. J'y ai -notamment- glané cet aphorisme : "La meilleure façon de trouver des livres sur les dragons, c’est de demander à la dragonne qui est derrière la banque de prêt". Longue vie à eux!

En repos forcé pour quelques jours. Une caisse trop mal soulevée ou de trop tout simplement. Ou trop de tout, simplement.
Je sais que, malgré tout, je ne pourrai m’empêcher de lire les recensions de nouveaux livres et de ma balader à la librairie, à l’affût d’un titre inconnu. Je me dirai ‘tiens, voilà qui va intéresser untel’ ou ‘dju, le voilà le bouquin de biologie qui aurait pu m’aider l’autre jour’ et puis, je prendrai note des références pour une future commande.
Parfois, lorsque je me promène en ville et que l’un ou l’autre me reconnaît, je ne peux m’empêcher de penser que pour vous, je suis toujours le biblio. Identifié, étiqueté, catalogué. Je ne suis pas un inconnu accompagné de sa femme, en train de boire un verre à une terrasse. Je suis le biblio, (encore) occupé à boire l’apéro avec sa femme à une terrasse de la Grand’Place. Mais en fait, ça ne tient pas qu’à vous, c’est aussi moi qui ne peux m’en empêcher. Qu’importe les circonstances, les lieux et les personnes : il est bien rare que, dans un petit coin de mon cerveau, quelques neurones ne prennent un malin plaisir à me rappeler qui je suis. Ce foutu bibliothécaire. Ce rôle que je ne devrais endosser que cinq jours par semaine, entre 8h.30 et 18h.30 selon les horaires, et si j’arrivais tout simplement à baisser complètement le volet.
31 mai 2007
Ben oui, je vous lis chers confrères bibliobloggueurs, notamment ceux qui figurent dans ma liste de liens. Or donc, depuis quelques jours, 'Suburban Librarian' n'est plus accessible : un mot de passe nous est demandé. La biblioblogosphère deviendrait-elle un domaine réservé à quelques initiés? Nous retirerions-nous du commun des bloggueurs (les non-bibliothécaires)? Ou, plus simplement, notre ami aurait-il publié certaines photos trop compromettantes? Hmmmm?
30 mai 2007
Sa maman m'avait déjà livré le secret : plus tard, elle serait bibliothécaire. C'est en sortant d'ici que sa fille de cinq ans lui avait fait part de ce projet. Voilà qui nous change des habituels 'infirmière', puéricultrice' ou autre 'institutrice' que nous sortent les petites filles à cet âge-là, lorsque la mauvaise idée nous vient de leur demander ce qu'elles comptent 'faire plus tard '. L'idée chemine en tout cas dans l'esprit de cette jeune lectrice. En témoigne cette réflexion, également rapportée par sa maman : 'quand je saurai lire, tu m'empêcheras de dormir, comme ça je lirai encore plus de livres'.
Voilà qui me rappelle le leitmotiv de notre prof de littérature française, régulièrement asséné aux bibliothécaires en devenir que nous étions : 'dormez moins, lisez plus!' Je le vois encore, les poches sous les yeux témoignant d'une mise en pratique assidue de ce précepte. Pour ma part, c'est en vain que je l'applique : la pile de livres 'à lire absolument' se régénère comme par magie.
29 mai 2007
Je m’en souviens comme si c’était hier. Je rangeais péniblement des bouquins dans les rayonnages –c’était un samedi matin. Toi, tu faisais ton choix. En quelques minutes, j’ai laissé tomber deux serre-livres à terre : ils sont en plastique bien dur, ça fait du bruit sur le carrelage. J’ai finalement repoussé le chariot de rangement vers sa place et là, c’est à une avalanche de ces mêmes serre-livres que nos oreilles ont eu droit. Tu t’es approchée en souriant, puis tu m’as dit : ‘c’est pas votre jour’ et tu en a ramassé quelques-uns. Je t’ai remerciée pour ce geste, il confirmait bien mieux que n’importe quelle parole la sympathie que tu m’inspirais. Aujourd’hui, je lis dans le journal ce qui t’es arrivé samedi dernier. La moto, ça n’ a jamais été mon truc. Peut-être est-ce lui qui aimais ça, ce monsieur un peu bougon qui t’accompagnait à chaque fois. Je lis et je relis cet entrefilet et je n’arrive pas y croire, et me reviennent en mémoire ces quelques mots que tu m’avais gentiment adressé : ‘c’est pas votre jour’.
21 mai 2007
une carte postale d'une de tes amies
un emballage de préservatif -vide-
une feuille de papier toilette
une photo de Monsieur couché sur son lit
une autre de ton chien
un mot d'amour assez cru
la feuille que l'on décolle d'un protège-slip
un photo de ton chat
des billets de train, des listes de courses, des tickets de caisse, des extraits de compte bancaire
une carte de remerciements après un décès -avec la photo du défunt-
des photos de toi, en pleine fiesta
une recette de cuisine -pas essayée-
un cure-dent
une carte de voeux pour l'année nouvelle
une lime à ongle -modèle métallique-
et, chaque année, en septembre : du sable fin
10 mai 2007

Inutile de le cacher, puisque le fait apparaît très clairement dès les premières pages du livre, le cadre de l’enquête de Lindman, c’est la Seconde Guerre mondiale et, plus précisément, l’attitude de certains suédois durant cette période, attitude qui continue à faire des émules autour de Stefan. Imprégné de sa maladie, co-habitant avec son cancer, Lindman, va trouver dans cette enquête de quoi détourner son attention : peut-être y a-t-il là quelque chose de pire que son cancer ? Quelque chose de plus dangereux que cette maladie et qui mérite qu’il s’y attaque de toutes les forces qui lui restent ? Cette enquête, il ne va pourtant pas cesser de vouloir l’abandonner. Sans arrêt, ses collègues et sa compagne lui demandent : quand rentres-tu ? Et de répondre à chaque fois : ‘demain’ ou ‘après les obsèques’. Et pourtant, il ira bien jusqu’au bout, à l’image de Wallander, l’autre personnage de Mankell qui, lui aussi, s’interrogeait sans cesse sur le pourquoi de ses enquêtes et qui, malgré tout, les menait toutes à bien. Comme lui, Lindman est animé par une force qu’il ne comprend pas lui-même, une pulsion qui le pousse à aller jusqu’au bout de ce qu’il a entrepris, au-delà des difficultés et de la répulsion que lui inspirent certains agissements sur lesquels il enquête. Comme s’il y avait là une promesse muette. Celle d’une vie qui ne s’arrêterait pas si facilement ?
Une fois encore, Mankell touche à l’essentiel et, même s’il se défend de vouloir donner des leçons, au travers de ses personnages campés tout en finesse et d’une intrigue encore une fois passionnante, c’est à penser qu’il nous incite. Et à garder les yeux ouverts.
08 mai 2007

Evidemment, tu ne pouvais pas savoir. Qu’en plus d’être bibliothécaire, j’aimais bien, par certains dimanches matins, baguenauder sur l’une ou l’autre brocante. Peut-être préfèrerais-tu que je dise ‘marché aux puces’ pour être sûr d’être compris par nos lecteurs français ? Va donc pour ‘marché au puces’.
Assise derrière tes bibelots, tu as dû me reconnaître, bien que tu aies prétendu le contraire quelques instants plus tard. Dans ton bric-à-brac, c’est ta caisse de bouquins qui a attiré mon regard. C’est toujours comme ça dans ce genre d’endroit, les livres sont à peu près les seules choses que je regarde. Bien m’en prit cette fois encore. Il faut dire qu’il n’y en avait pas beaucoup, une vingtaine tout au plus. Je n’ai donc pas eu de mal à reconnaître les ‘miens’ : le plastifiage, les étiquettes et les cachets m’y auraient aidé si besoin en était.
Ainsi donc, ça m’arrivait à moi : je retrouvais en vente des livres qui appartenaient à l’institution que je servais avec dévouement (si, si !). Ce genre d’évènement qui, je le croyais, n’arrivait qu’aux autres.
Je l’avoue, je l’ai jouée assez basique et, après coup, j’ai regretté de ne pas l’avoir pris avec plus d’humour :
- ‘Mais ! Ils viennent de ma bibliothèque ces livres-là !’
- ‘Ah? Je ne sais pas’
- ‘Vous ne me reconnaissez pas ?’
- ‘Non’ (menteuse, menteuse, tu brûleras en enfer !)
- ‘Mmmm….vous habitiez à (tûûût) avant ?’
- ‘Oui’
- ‘Et vous êtes madame (tûûût) ?’
- ‘Ah non !’
- ‘C’est juste, c’est le nom de votre fille n’est-ce pas ?’
- ‘Oui…’
- ‘Bon, je vais donc les emporter sans vous les payer’
Ni toi ni ta fille n’avez moufté. Le justicier des bibliothèques publiques de campagne avait encore frappé. Le fourbe ennemi acceptait la sentence. L’un et l’autre espéraient bien ne plus jamais se revoir.