03 mai 2008

Licence poétique

Brel était familier du procédé. Il osait, il tordait la langue pour exprimer exactement ce qu’il sentait ou voyait. Dans ‘Le gaz’, l’escalier colimaçonne, les ‘Bigottes’ s’embigotent les yeux baissés et durant son ‘Enfance’, il arpégeait son chagrin. Trois exemples parmi des dizaines d’autres. C'est inspiré, et ça n'écorche pas les oreilles. J'enrage par contre d'entendre et de réentendre Bashung chanter sur son dernier album, 'un jour je courirai moins, jusqu'au jour où je ne courirai plus'. Superbe album par ailleurs, tellement que je le distille et me contraint à ne pas le laisser tourner en boucle. Mais bon, sur cette paresse-là, Alain perd quand même des points...qu'est-ce qui l'empêchait de demander à Gaëtan Rousel, l'auteur ce texte, de remplacer 'courirai' par...je ne sais pas moi...tiens : 'chanterai' par exemple?

37 commentaires:

Anonyme a dit…

Un conseil (on est bibliothécaire, hein ?) : laissez tomber Bashung (ça chante mal et n'importe quoi) ; allez voir plutôt du côté de Loïc Lantoine : originalité, exigence, classe.
C'était un conseil de Jen-Philippe Herbien

Anonyme a dit…

Hum... Tous les conseils ne sont pas avisés (oui, d'accord, la fameuse subjectivité, dont acte)Enfin, selon ma subjectivité à moi, Bashung figure parmi les grands du rock français (et y'en a plus beaucoup)
Et puis vu les dernières tristes nouvelles, j'espère bien qu'il "courira" et chantera encore un bon moment...

Virginie, bibliothécaire aussi, qui aime beaucoup Loic Lantoine par ailleurs.

nescio a dit…

belle unanimité pour Loïc Antoine, je vais donc essayer...

Sophie a dit…

enfin le retour des "yeux ouverts" ;-)
Un petit bémol sur Loïc Lantoine que j'ai adoré en concert pour son show, mais beaucoup moins en album, à voir pour le découvrir plus qu'à écouter, contrairement à Bashung...

nescio a dit…

Loïc Lantoine donc, et pas Antoine comme je l'avais écrit...parfois je joue au lecteur qui arrive à la bib avec des moitiés de références exactes...

Anonyme a dit…

A Sophie. Pas d'accord. Je n'ai jamais vu Lantoine en concert et, d'ailleurs, ça ne m'intéresse pas : la musique vaut pour elle-même (sans spectacle) et les textes sont remarquables (rien à voir avec le charabia branché d'un Bashung). En plus, il a la décence de les dire, alors que beaucoup d'"artistes professionnels" peuvent à peine piailler leurs propres rengaines.
Ca me permet de rebondir sur la question récurrente de la subjectivité. On ne peut pas en rester là, au "j'aime, j'aime pas" et au "les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas". Eh bien si, ça se discute et c'est même là que ça devient intéressant (je veux dire lorsqu'on s'efforce de dépasser ce que vous appelez la "subjectivité"). Tout ne s'équivaut pas. Qu'est-ce qui fait, par conséquent, qu'un jugement esthétique est ou non fondé ? C'est une question passionnante, non ? Parce qu'un mec qui met sur le même plan Daenninckx et, mettons, Renaud Camus, celui-là il faut l'interner.
JPH

Sophie a dit…

la musique en live ne veut pas dire spectacle, d'ailleurs avant l'enregistrement et l'industrialisation la musique était plutôt orale, non ? Quant à qualifier Bashung de charabia branché, vous y allez un peu fort ! Et vous êtes là, en plein dans la subjectivité que vous évoquez et m'attribuez, c'est votre opinion et je ne la partage pas (même si j'aime bien Loïc Lantoine)
Je ne veux pas squatter le blog de Nescio pour ouvrir un débat qui pourrait durer des jours, ce serait impoli.
Mais vous avez raison c'est là une question passionnante, qu'à l'occasion
j'échangerais volontiers avec vous : en live !

Anonyme a dit…

Le disque a un gros avantage : on n'est pas obligé de faire l'expérience décevante du concert, où l'on découvre parfois que l'artiste n'est pas à la hauteur de sa création (je parle des musiques populaires, pas du classique ou du jazz). Avez-vous déjà été voir Renaud en concert ? Moi oui, dans les années 80 (et pour faire plaisir - ce qu'il ne faut jamais faire). Conclusion : pitoyable. Ce n'est pas une question de goût mais une appréciation objective. Il aurait fallu être bourré (ce qui était le cas d'une partie notable de l'assistance) pour penser le contraire.
Quant à Bashung, j'avoue que je ne supporte pas ses poses, son incapacité scandaleuse à chanter (c'est un chanteur, oui ou merde ?) et ses textes abscons qui font se pâmer les pédants. Alors oui, c'est subjectif, si vous voulez. Car il est vrai que je n'argumente pas. Mais, franchement, est-ce que ça vaut le coup de débattre de Bashung ?
Autre chose : pourquoi c'est fait, un blog ? Eclairez-moi parce que, sincèrement, je ne comprends pas votre digression sur l'impolitesse ? Si on ne discute pas, si l'on ne se dispute pas, où est l'intérêt ? Moi, c'est ça qui me motive : échanger des opinions contradictoires. Si c'est pour me voir confirmé dans les miennes...
JPH

nescio a dit…

D'accord pour dire que 'tout ne s'équivaut pas'...et que la question sur le 'comment trancher' peut se révéler intéressante...j'ai récemment vu une expo d'une artiste visiblement reconnue dans le monde des arts plastiques (Marianne Berenhaut)...cette dame expose des objets 'anciens' qu'elle a acheté sur des brocantes...des seaux en alu, une bâche bleue, un séchoir à linge...le tout est agencé et présenté au public selon un certain ordre bien sûr...visiblement, il fallait une certaine 'culture' des arts plastiques que je n'ai pas, puisque je n'y ai vraiment rien trouvé de 'beau': cette expo m'a laissé de marbre, n'a fait naître aucun sentiment en moi...suis-je néanmoins en droit de dire haut et fort que c'était nul? J'ai envie de dire oui, parce que, normalement, il ne faut pas avoir fait d'études supérieures pour apprécier une oeuvre artistique, si?....quoique, pour lire certains livres et les apprécier pleinement, il ne fait aucun doute qu'une certaine 'expérience' de la lecture soit préférable...combien de textes passent au-dessus des oreilles des étudiants, alors que certains d'entre eux les apprécieront p-ê la trentaine passée...Peut-être que si j'avais eu l'occasion de disctuter quelques instants avec Mme Berenhaut, ses 'oeuvres' m'auraient parues 'belles'? Peut-être aurais-je été touché?
Quant à Bashung, non, on ne comprend pas tout dans ses textes, non, il ne 'chante' pas particulièrement bien, mais quand il chante 'je tuerai la pianiste' ou 'j'ai dans mes bottes des montagnes de questions', quelque chose se passe, appelons ça un charme, qui induit tout simplement un afflux de 'plaisir' dans mes neurones...et si parmi ceux qui se pâment de l'écouter, il y a quelques pédants, je m'éloigne tout simplement d'eux...

Yvonnic a dit…

Le vieux débat du subjectif/objectif, plus plaisamment appelé "des goûts et des couleurs" doit quand mème être tempéré par quelques évidences.

Quand l'immense majorité des professionnels et du public se retrouve d'accord pour dire qu'untel est un chanteur de studio et tel autre un chanteur de scène, c'est qu'il doit y avoir un peu de vrai. Objectivement par exemple, les Beatles étaient nuls en scène et étaient les premiers à le dire. Abba est un groupe de studio également, ce qui n'enlève rien à la qualité musicale de ce qu'ils font (puisqu'ils font du studio sur scène ). D'autres apporteront en scène quelque chose de plus, d'impalpable,une vibration qui passera bien au dessus des imperfections techniques de la scène. Mais ils sont assez rares. Ferrat était nullissime sur scène parce que sa voix ne tenait pas la distance. Ferré apportait beaucoup plus sur scène que dans ses meilleurs enregistrements,au point que des critiques avaient pu dire qu'on ne pouvait prétendre connaître ou aimer Ferré sans l'avoir vu en concert. D'autres ne peuvent être bons que sur scène, avec le public, comme les Stones, Joe Cocker, et presque tous les grands jazzmen. Que dire de Brel...
J'ai pris de vieilles références exprès. Pour Bashung, c'est une question de feeling. Personnellement je m'attache assez peu à ses textes mais j'adore sa musique et sa dégaine. C'est effectivement un rocker comme il en reste assez peu. Une présence, comme on dit. Quand il balance son "osez Joséphine" avec cette musique ferroviaire en fond, j'ai le petit frisson qui me remonte la colonne...Je considère ce frisson comme quelque chose de subjectivement objectif. (si, si!)

J'ai discuté un jour avec un prof de musicologie, dans les années soixante-dix, un pédant informé et pédagogue, qui m'a expliqué en long et en large qu'un type comme moi (coup de lèche au passage) ne POUVAIT PAS aimer le disco, qu'il y avait erreur, que si je savais comment c'était fait je ne pourrais plus aimer ça etc....Il se trouve que j'ai toujours adoré ça, meme si on doit parfois dans certains milieux se cacher pour le dire. Dans ces cas là je m'auto-dérisionne, je me tourne volontairement en ridicule, je prend un air benêt et je dis que j'ai des gôuts de chiottes et que je le sais, de façon à éviter de m'en prendre plein la tronche pour rien. Et je me passe en douce Knock on wood d'Amii Steward...au casque.
ça me rappelle les ados qui lisaient des mags de cul discretement posés à l'intérieur des manuels scolaires.

@Sophie : les blogs sont faits pour être squattés, gentiment et poliment sans doute, mais tout de mème. Sinon ils meurent ou deviennent des journaux intimes exhibitionnistes.Ce qui est très vilain, très amoral.

Anonyme a dit…

Yvonnic et Nescio. Le problème du jugement esthétique, il me semble, n'est pas de savoir s'il est indigne d'aimer telle ou telle oeuvre, tel ou tel genre (on prend son plaisir où l'on veut, et cela ne fait pas débat). Il est plutôt de déterminer si les oeuvres répondent à certaines exigences. Par exemple, quel est leur degré de vérité - vérité, non pas au sens métaphysique mais en ce sens : que nous disent-elle du monde ? En d'autres termes, quel est leur sens, quelle est leur portée ? C'est important d'y réfléchir, entre autres parce que ça a à voir directement avec notre pratique de bibliothécaire. Acquérir, c'est hiérarchiser. On peut choisir de négliger l'excellence, pour des raisons tout à fait respectables, justifiées, en un mot, "professionnelle"; mais il me semble difficile de l'ignorer. Je suis désolé, mais quand j'entends certains collègues seriner que les romans "de genre", "c'est de la littérature", je dis "et alors" ? En effet, il s'agit de récits, donc de littérature. Mais quelle est la portée de l'oeuvre d'un Daenninckx (encore lui) à côté de celle de Musil, par exemple ? On peut aimer Abba à la folie, et même reconnaître l'importance historique du groupe ; mais quelle différence faites-vous entre Abba et, par exemple, Martial Solal ? C'est bien la question, non ?

nescio a dit…

@JPH : je ne peux m'empêcher de penser que malgré tout, il reste plus qu'une part de subjectivité : parmi les exigences auxquelles devraient répondre une oeuvre, comment rejeteriez-vous celle de faire vibrer le destinaire? J'ai aimé 'Meurtres pour mémoire' de Daeninckx...c'est un texte qui me parle, qui m'apprend des choses et dont la lecture m'a procuré du plaisir...et, pour vous paraphraser, qui me dit des choses sur le monde...Mais je suis d'accord avec vous pour dire qu'il y a une hiérarchie, et qu'en tenir compte fait partie de notre boulot...je ne place pas Daeninckx au même niveau que Mulisch....et je ne peux pas conseiller un Daeninckx à une dame qui ne jure que par Munoz Molina, Vargas Llossa et qui a trouvé 'la fille sans qualité' de Julie Zeh 'facile'....tout comme je ne peux pas non plus filer le même Daeninckx à une autre dame qui dévore Françoise Bourdin et Marc Lévy...Le tout est p-ê de ne pas favoriser l'une plus que l'autre...

@Yvonnic : encore une fois d'accord avec vous...j'assume entièrement d'aimer à la fois Bashung, Brel, Brassens, Arno, Abba et même Balavoine...c'est beaucoup trop dur de se limiter parce que 'ça fait trop con de dire qu'on aime bien untel et untel'...tant pis pour l'image...

Sophie a dit…

Mais quelle importance de savoir quelle différence on fait entre Musil et Abba, bien sur qu'il y en a et nous tomberions certainement d'acccord sur la plupart, quel serait alors l'intérêt de l'échange ?
Si les blogs sont un lieu d'expression ce ne sont pas toujours les meilleurs endroits pour entamer un débat, à cause du format,de la portée. On peut s'y exprimer, bien sur, et Yvonnic je crois que tu as pu constater que je n'avais rien contre ;-)
Quand j'évoquais l'impolitesse, c'est parce que on peut parfois avoir le sentiment de poursuivre une discussion sans tenir compte de l'auteur du blog, comme si on était invité chez des amis et qu'on ignorerait l'hôte pour poursuivre la conversation avec les autres invités, mais je dois certainement avoir trop de scrupules...

nescio a dit…

Pas du tout trop de scrupules non...si certaines discussions m'ennuient sur le blog, je n'y prends pas attention, et tant que les propos restent 'polis', je n'interviens pas...le blog n'est pas ma maison...lire à quel point certains billets suscitent des commentaires (parfois en déviant totalement du sujet de base)ne cesse de m'étonner...

Yvonnic a dit…

Je dois être complètement bouché mais je n'arrive pas à comprendre cette idée de hierarchie, donc fatalement de comparaison, entre des types d'ouvrages et d'auteurs qui n'ont strictement rien en commun.

Je comprendrais qu'on compare et qu'on situe à des "niveaux" différents(qui déterminent ensuite une notion de conseil, de critère d'acquisition etc..) des ouvrages appartenant au mème genre littéraire.

Je prends un exemple, d'actualité en plus, puisqu'il vient de mourir : F. Fajardie se situe à un endroit bien précis dans le genre polar (encore qu'il n'ait pas fait que cela, je vous conseille au passage un petit traité contre la chasse...) qui est le polar social à la française, comme Daeninckx, Manchette en son temps, Jonquet et d'autres. Bon. On aime ou pas, ce n'est pas la question. Moi j'aime, je trouve que ces auteurs sont les seuls vrais héritiers du roman social du 19°.

Il est évident que je peux comparer ces auteurs à d'autres auteurs de polars et effectuer ma hierarchie, et mon équilibrage d'acquisitions à l'intérieur de ce genre (polar social, polar psychologique, polar à suspense, polar classique,polar régional etc...). Il me sera toujours possible d'effectuer des comparaisons dans ce genre entre Mankell, Ellroy, Mc Bain, Westlake, Vargas, mais aussi Higgins Clark, Cornwell, Coben etc...Je sais que la dame qui aime Clark ou Christie n'aime pas réellement le polar, je pourrai donc lui conseiller d'entrer dans ce genre par la petite porte (James, Rendell..) plutôt que de la dégoûter définitivement en lui conseillant du William Irish. Là je hierarchise . Mais je ne jette rien, puisqu'ils ont tous un dénominateur commun : le polar.

Mais hierarchiser la littérature entre Musil et Marc Levy n'a strictement plus aucun sens !
Dire que l'un a plus "apporté" à la littérature que l'autre ne me viendrait mème pas à l'esprit, du moins professionnellement.

C'est le bon vieux truc du kilo de plume et du kilo de plomb:
Un kilo de Musil vaut-il un kilo de Levy ? Oui, car un kilo c'est un kilo. C'est objectif. Ceci dit, nous sommes d'accord, je préfère prendre un kilo de plumes sur le pied qu'un kilo de plomb,question de masse. Mon pied appreciera. C'est subjectif.

Je veux dire par là que Musil pèse culturellement plus lourd que Lévy, mais que dans mon offre publique je dois m'arranger pour avoir un kilo de chaque (c'est une image) et ne surtout pas les comparer. Leur "présence" dans mes rayonnages doit être identique .

Idem entre chaque litterature dite de "genre" (je prefère dire genre litteraire que litterature de genre, on y perçoit moins le jugement de valeur).

Pareil pour les comparaisons musicales. Je n'y connais pas grand chose, mais il me semble que comparer Bashung avec des gens qui n'appartiennent pas au genre Rock français, comme le disait très bien Virginie, n'a pas grand sens. Où alors c'est qu'on prend un autre critère (prestation scénique, valeur du texte, etc...)

Et tout cela n'empêche pas d'aimer ou pas, de valoriser ou pas, notamment à titre personnel.

J'ai été amené un jour, il y a longtemps, à écouter une lectrice me détailler dans tous les sens les différences fondamentales qu'elle voyait entre plusieurs auteurs de romans du terroir, genre très demandé (et très présent chez nous). Je n'y comprenais rien, étant plutôt porté à acquérir ce genre littéraire "au quota" (je ne dis pas au kilo, mais bon...) et à ne pas les lire (le terroir-caisse, comme disait je ne sais plus qui...) . Mais je me suis rendu compte ce jour là que pour cette personne ces différences étaient très importantes. Déterminantes pour son choix de lecture. Finalement elle hierarchisait à l'intérieur d'un genre. J'ai retenu la leçon.

@Sophie. C'est vrai que tous les blogs ne sont pas aussi accueillants que celui-ci. J'aime bien cette conception de Nescio de considérer que le "blog n'est pas sa maison". Pour moi c'est un lieu collectif et autogéré. D'où l'expression de "squatt", qui n'est sans doute pas le meilleur terme, mais j'ai pas mieux.

A nous de faire en sorte que ça ne tourne pas à la décharge municipale d'avant le tri sélectif. Ou aux toilettes publiques d'avant les dames-pipi.

Quoique j'aime pas depuis qu'il y a les dames-pipi, l'oeil soupçonneux, l'odeur de produit, la soucoupe à fric, tout ça...

Mais la sanisette-solitude-claustro, c'est pire.

Heureusement Nescio ne nettoie pas son blog. A ce propos, je viens de voir qu'un nommé Tacheau, conservateur à Anger, venait d'interdire son blog aux anonymes. Il demande aux gens de s'identifier professionnellement. Le pire c'est qu'immédiatement 5 ou 6 intervenants se sont spontanément identifiés. Ont fait allégeance féodale... Tous des professionnels en BU.
C'est un précédent interessant. Vers les blogs propres et communautaires ?

Anonyme a dit…

Sophie et Yvonnic.
Quelle importance de faire des distinctions, demandez-vous. En effet, il n'y en a "objectivement" aucune. Tout dépend de ce qu'on attend, de ce qu'on exige soi-même de la littérature (par exemple, car la remarque vaut pour toute création). En ce sens, il y a bien une part prépondérante de subjectivité dans le tri. Sauf qu'on butte toujours sur la même question : quelle est la fonction de la littérature ? Il me semble qu’une oeuvre a d’abord pour fonction d’aider à mieux comprendre le monde, c’est-à-dire le lieu qu’on habite, parce que cette compréhension est la condition de notre bonne santé et d’une vie digne. Par conséquent, si toutes les oeuvres peuvent faire sens – ou plutôt, si chacun peut y découvrir du sens, celui qui lui convient, autrement dit, cette part de lui-même qu’il projette dans le texte -, certaines "comptent" plus que d'autres, du point de vue de l’exigence rappelée plus haut, c’est-à-dire de leur valeur de vérité : parce qu'elle entraînent le lecteur à une compréhension plus fine du monde, parce qu'il y a de surcroît adéquation entre le contenu et les choix formels. Bien sûr, tout cela est objet de débat, surtout en ce qui concerne les créations contemporaines. Mais le fait même qu'il y ait débat montre où se situe l'enjeu. Le but n'est pas d'aboutir à des certitudes (ça, c'est le temps qui décide) mais de ne jamais perdre de vue l'exigence.
A part ça, on peut décider que la culture, c'est avant tout fait pour se distraire, pour s'étourdir ou "s'évader" ; c'est vrai, quoi, tout le monde a le droit de s'aliéner ; on est en démocratie - c'est même recommandé par les marchands et, à leur suite, les modernisateurs de la profession ; faut bien se détendre, oublier.
Cela dit, on peut lire pour se distraire, ce n'est pas indigne - sauf, encore une fois, quand cette fuite ou cette distraction est érigée en paradigme, en norme de comportement.
Quant au point de vue professionnel, c'est-à-dire à la nécessité d'avoir une "politique d'acquisition" équilibrée, ça ne fait pas problème, il me semble. Ca a même une vertu pédagogique (sauf pour les collègues monomaniaques) : c’est en lisant compulsivement des "romans noirs" que j’ai compris ce qu’avait de faux, de bête et méchant cette littérature faite de stéréotypes et qui a autant de rapport avec le réel (vous savez, ce surcroît de réalisme que nous vend le "polar social") qu’une prière faite à Krishna.
JPH

nescio a dit…

@Yvonnic : interdire de commentaire les anonymes? ...voilà une conception du blog pour le moins autoritaire...ça ne fait pas envie d'y aller voir...ça me rappelle un étudiant bibliothécaire qui entendait nous faire payer une participation financière lorsqu'il nous prêtait une des ses bandes dessinées...il n'avait pas bcp d'amis!
@JPH : je lis bcp de romans noirs, mais pas compulsivement ceci dit...et c'est p-ê pour ça que je n'en suis pas dégoûté. Même si je conçois qu'il y ait, avec le temps, peu de renouvellement, c'est toujours avec plaisir que j'attaque le dernier John Harvey ou de dernier Bill James...

Anonyme a dit…

ouais, c'est très justement dit, Nescio : prendre du plaisir à lire des choses dont on sait qu'elles ne cassent pas forcément des briques, ce n'est évidemment pas condamnable. Le tout est de le savoir. Par ailleurs, rechercher les textes exigeants n'exclut pas le plaisir, au contraire. Je suis étonné quand j'entends des lecteurs demander des trucs qui "vident la tête", qui "ne prennent pas la tête" (i.e. des trucs inoffensifs - parce qu'on est à l'ère du light), comme si fadeur et vacuité rimaient avec plaisir, et rigueur,sérieux et contenu avec souffrance ou contrainte. C'est là, en général, que je conseille Daenninckx : "Si vous cherchez du mièvre, du lénifiant, du convenu, du facile à comprendre (il n'y a qu'à connaître l'alphabet), lisez Didier - pas Super mais Daenninckx."
JPH

nescio a dit…

C'est tellement bien dit, que vous n'aviez pas compris le fin fond de ma pensée :-)...pour moi, Harvey et James sont de très bons auteurs...de polar! De plus, j'ai l'impression de ne pas prendre autant de plaisir à lire, écouter, voir qqch qui ne 'casse pas des briques' comme vous dites...des fût-ce que des petites briques, mais là, on en revient à notre hiérarchie, et on va tourner en rond...

Anonyme a dit…

Je ne parlais pas des auteurs que vous citez : je ne les connais pas. Je rebondissais juste sur vos propos et, plus précisément, sur la notion de plaisir - cela afin de la dissocier de la question du jugement.

Yvonnic a dit…

@JPH
Il me semble que le débat sur la culture marchande , distractive et aliénante et l'autre culture,celle qui "fait sens" ,est un débat qui traine partout depuis des lustres,et qui a déja eu lieu ici. Pour moi ce discours "zornien" finit par relever du totalitarisme.
J'ai connu des gamines de 16 ans qui ne lisaient que du Harlequin et qui, pour reprendre vos propos à la lettre : pouvaient "y découvrir du sens, celui qui lui convient, autrement dit, cette part de lui-même qu’il projette dans le texte ".
Je ne réforme pas la tête des gens. Je leur propose de quoi la remplir à leur guise.Et je ne traite pas tout le monde de manipulés . Le résutat serait inverse à celui souhaité.

Ce que je sais c'est la moitié des gens, une fois sortis du systeme scolaire, ne lisent plus (c'est une stat. d'il y a une dizaine d'années). Peut-être aussi parce que de cultureux profs de français ont fait ce qu'il fallait pour les en dégouter, notamment en dévalorisant systématiquement leurs goûts personnels (ce qu'il continuent à faire aujourd'hui sur d'autres terrains comme le rap etc...).
D'accord avec vous sur la surenchère du polar social. Mais c'est la loi de ce genre littéraire et ce qui fait son charme. Sinon il n'y a plus qu'a lire les faits divers dans le journal. Zola en faisait aussi des tonnes en matière de réalisme (dans La Terre notamment, sa description du monde rural est plus qu'excessive.) Et Eugène Sue idem.
Vous mème vous en faites des tonnes dans votre genre. Et c'est ce qui fait votre charme, non ?

Anonyme a dit…

Yvonnic, vous devenez laharien. Qui vous parle de "réformer" les gens ? Qui vous parle de ne leur fournir qu'un digest de haute culture ? Où avez-vous lu, dans mon intervention, que le monde se diviserait en personnes manipulées et en personnes avisées ?
Relax mec (je dis mec parce que, désormais, on sait que vos en êtes un) ! De la rigueur, enfin ! C'est bien ce qui manque, dans cette profession, qui se complait dans les apories pour mieux rabâcher les mêmes arguments. Une fois pour toutes : il y a une littérature de merde ; celles et ceux qui la consomment ne sont pourtant pas des crétins congétinaux (enfin, pas tous). OK ? Une fois cela posé, il faut retourner à l'essentiel (et ne prenez cette invite pour une injonction "totalitaire" ; juste l'envie de sortir des "débats" stupides). Mais voulez-vous me dire à quoi ça sert que Thomas Mann se décarcasse si, au bout du compte, on en conclut que ça vaut bien Harlequin ?
Vous semblez avoir des comptes à régler avec les enseignants. Pas moi. Et bien qu'ayant l'honneur d'appartenir à sectes des anarchistes, je ne peux pas me résoudre à conclure que la logorrhée de rap, c'est du Corneille. (Je dis cela et pourtant, j'aime les Svinkels.)
Quant au roman noir : vous formulez involontairement le problème de la littérature de genre ; son problème en effet, c'est qu'elle obéit à une "loi" - une loi qui ne fait pas sa grandeur mais la plombe (avez-vous dejà tenté de lire une demi-page de Chatham sans déprimer ?). Vous y trouvez du charme. Moi, c'est l'inverse. Et comme je suis ce soir bien disposé, je ne vous passerai pas cette anecdote : un jour que je tentais de discuter sérieusement avec un afficionado de roman noir, j'ai avancé l'idée (sans aucune volonté de "réformer" mon interlocuteur, soyez-en sûr) que ce genre était désormais exsangue (du moins en France) et que seul Raphaël Majan apportait quelque chose de vraiment neuf. Si le type avait pu me crucifier, il l'aurait fait. Pour lui, Majan est un pigniouf, un nihiliste. Ce qu'il veut, lui, le fétichiste du roman noir, c'est toujours les mêmes ingrédients, la même mixture, comme un mec qui ne voudrait jamais bouffer que le même plat. Et là, Yvonnic intervient pour dire : "Et alors ? Il a le droit, non ?" Mais oui, mec, on a le droit, en effet, de vouloir le ressassement, comme on peut revendiquer ses chaînes, ou le bonheur de la servitude volontaire.

Yvonnic a dit…

Vous me terrifiez.
On peut sans doute être bibliothécaire et anarchiste, la preuve. Ne serait-ce que pour rigoler.

Ressasser et revendiquer ses chaînes...C'est vrai que je n'ai pas l'esprit d'aventure. Juste l'esprit de contradiction. A la pizzeria ,je ne prends jamais de pizza ni de pinard. Mais toujours une escalope de veau sauce roquefort, avec des frites ,et une bière pression. Et puis j'attends avec délice qu'un curieux au boulot me demande pourquoi je vais bouffer dans une pizzeria.

Il parait que dans un récent sondage en Angleterre, 2% des fumeurs ont affirmé qu'ils ne fumaient que pour emmerder le monde.J'aime bien.

Vous croyez qu'on peut être bibliothécaire rien que pour emmerder le monde ?

Ou conscientiser les masses, c'est pareil.

Anonyme a dit…

Yvonnic.
------"Vous me terrifiez."

C'est trop d'honneur. Merci.

A part ça, je n'ai pas compris votre sortie sur les pizzerias et les fumeurs. (Des fois, il faut éviter l'ellipse pour se faire comprendre.)

----------"emmerder les gens"
Je faisais ça entre 14 et 16 ans. Mais à votre âge (que je suis encore loin d'atteindre) ! Allons !

Yvonnic a dit…

Merci papa. je suis effectivement resté très jeune d'esprit, comme vous avez eu la finesse de le remarquer...

Les soixante-huitards seront toujours d'éternels adolescents immatures, disent les jeunes trentenaires responsables en mettant leur bonnet de nuit...

Eh oui,j'y étais, mon p'tit gars !

Tiens, pour la route, gratos, un des slogans de l'époque : Ne vous emmerdez plus, emmerdez les autres !

Et on s'éclatait avec ça. Pas sur des blogs, sur des murs.

Qu'est-ce qu'on était cons, quand mème !

Anonyme a dit…

----- "Merci papa"
Au moins, vous êtes poli - une vertu que les soixante-huitards considéraient comme réactionnaire, mais que les anarchistes tenaient (et tiennent) en haute estime parce qu'ils y voient autre chose qu'un respect formel des convenances - mais un respect de l'autre... qu'on ne cherche pas à emmerder "pour le fun" - c'est plutôt puéril, non ? Mais je vais vous éviter le discours, sinon vous allez dire que je moralise. Mais c'est vrai que vous étiez cons ! "Il est interdit d'interdire" : c'est bien la morale du capital, non ?, du libéralisme débridé ; ou encore d'un Marc Dutroux, qui, en effet, ne s'est rien interdit. Un conseil de lecture : lisez Freud, et notamment ce que le grand homme dit sur le développement psycho-sexuel de l'enfant.
Mais je sens que je vous fais chier.
Bonne journée quand même.
JPH

Yvonnic a dit…

Vous ne me faites pas chier, vous me decevez. Et je crois que c'est la première fois, en fait.Et en plus vous n'êtes vraiment pas un rigolo. Trop sérieux, les jeunes, maintenant. Des soucis d'avenir sans doute.Lâchez-vous, quoi !

C'est l'humoriste Jean Yanne l'auteur du trop célèbre slogan "Il est interdit d'interdire ",qu'il prononça par dérision lors d'une de ses émissions radiophoniques du dimanche au printemps 1968, et il fut tout surpris d'entendre sa déconnade reprise ensuite au premier degré.Je crois qu'aujourd'hui il serait fâché s'il voyait QUI essaie d'en faire usage et pourquoi !

Car ce n'est pas par hasard si la réaction actuelle ne met en avant que ce slogan, systématiquement , continuant de faire semblant de considérer que cette grosse vanne résume l'esprit de 68! Commode stratégie de dévalorisation !

L'esprit de 68 était surréaliste et libertaire. Et c'est que qui gène le plus aujourd'hui encore. "Elections piège à cons" et "jouissez sans entraves" sont infiniment plus dangereux encore actuellement, et peut-être plus que jamais d'actualité, que ce faux slogan, que vous mentionnez et qu'on a lourdement enfoncé depuis des décennies dans l'inconscient collectif comme bien emblematique d'une époque de tordus irresponsables.Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage.

Je viens de vous prendre la main dans le sac de la propagande sarkozyste primaire ! Ne niez pas, y a des témoins !

Vous qui vous dites anarchiste, devriez vous interesser au côté libertaire de certains slogans de 68, comme par hasard très peu repris ou mentionnés dans les propos commémoratifs actuels.

"L'humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier capitaliste sera pendu avec les tripes du dernier gauchiste." Pourquoi ce slogan, rigolo mais sensé, très présent à l'époque, et beaucoup de la mème veine, ne sont jamais mentionnés ?

Pourquoi toujours l'infantilisation par un choix de slogans mineurs ou datés (sous la pavés la plage etc..) ou ridicules (CRS-SS)?

Croyez-vous que ce soit le fait du hasard ?

Vous savez pourtant bien qui et comment on écrit l'histoire, pour l'édification des foules, non ?

Les soixante-huitards avaient aussi lu Guy Debord, figurez-vous. En effet, deux livres ont joué un rôle dans l'exaltation des idées libertaires et anti-consuméristes qui ont réussi à s'imposer durant les mois de mai-juin 68.Le premier livre qui a marqué les esprits quelques mois avant les révoltes (nov.1967) c'est "La société du spectacle" de Guy Debord. Le deuxième, peut-être encore plus connu à l'époque,moins maintenant, c'est l'ouvrage de Raoul Vaneigem " Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations."

Pour comprendre 68 il faut aussi lire ce que les gens lisaient à l'époque.

Et laissez donc de côté le petit père Freud, cet héroïnomane barbu qui fumait de gros cigares, dont les problemes personnels, les opinions sur les femmes et les théories commencent à devenir un peu gênantes mème pour ceux qui s'en réclamaient il y a peu. ça bouge aussi pas mal de ce côté-là, renseignez-vous...

Qu'il y a 40 ans, ma génération d'innocents boutonneux ait été fascinée par Freud, je comprends, mais de nos jours, à votre âge, ce n'est pas très sérieux!

Portez-vous bien Jean-Philippe

Anonyme a dit…

A mon tour de m'énerver (sans excès).
Pour des raisons que je vous passe, j'ai sans doute lu bien avant vous (en dépit de notre différence d'âge) les textes que vous mentionnez (beaucoup d'"acteurs" de l'époque n'en connaissaient que le titre - ça aussi il faut bien le dire ; de même qu'aujourd'hui, un texte aussi important pour un bibliothécaire que "La défaite de la pensée" n'est pas lu ; on préfère s'étendre sur les propos réactionnaires de Finkielkraut plutôt que de lire ce qui l'honore). Et j'ajoute, au risque de paraître pédant, que je les ai sans doute bien mieux compris. Sans m'étendre là-dessus, je vous signale la réflexion d'un anarchiste français du 19ème siècle (l'un de ceux que les situationnistes et autres avaient lu) : "L'anarchie, c'est l'ordre". Dans cet aphorisme, il y a... tout. Et d'abord, cette idée fondamentale (retrouvée par Freud) que, pour être libre, il faut être structuré - un enjeu d'éducation que la morale du "jouir sans entrave" avait sauté (sans jeu de mot scabreux).
Mais vous avez raison sur un point important : c'est vrai qu'aujourd'hui la commémoration ou l'évocation des "événements" est réductrice. Cependant, les autres slogans que vous citez et qui relèvent de "l'esprit de mai" sont aussi régressifs que celui que je mentionne. On peut les comprendre dans le contexte de l'époque (réaction à une société très rigide) ; mais on ne peut plus les recevoir aujourd'hui tels quels. (Je me souviens d'une émission sur Radio Libertaire, dans les années 80. Il était question de pédophilie et des anciens de mai en défendaient le principe, sous prétexte qu'un enfant a une vie sexuelle. Que cette sexualité se vive sur un autre mode que celle des adultes, cela n'avait pas l'air de préoccuper ces "libertaires" qui déguisaient leurs fantasmes en théorie de l'émancipation. J'étais jeune et, en tant qu'animateur, révolté par ces propos, mais impuissant à contrer cette "dialectique" de vieux briscards, rompus à écraser la contradiction sous des avalanches de références savantes.)
Sur Freud. Je vais encore vous décevoir et vous paraître sentencieux mais je ne peux pas m'empêcher de dire ceci : il faut toujours qu'on salisse la réputation des grands hommes (appelons-les comme ça) par l'évocation de leurs travers, comme si leurs mesquineries invalidaient leur oeuvre et rachetaient nos propres mesquineries. N'y a-t-il pas autre chose à retenir de Freud que sa toxicomanie ?
Quant à savoir si, depuis Sigmund, la psychanalyse n'a pas "progressé" dans la compréhension de l'homme, je vous invite, afin d'en juger, à lire Pierre Legendre, dont l'oeuvre monumentale devrait figurer intégralement dans toutes les bibliothèques publiques. Elle devrait en outre vous passionner.
Ne perdez pas de temps ; vous avez du pain sur la planche.
Ah ! et puis, non : "Portez-vous bien" ; je refuse ça. C'est comme "Bisous tchao" ou "Prends soin de toi". Pas la peine de faire semblant que l'autre est la personne la plus importante du monde. "Au revoir", "cordialement", c'est sobre et explicite ; et ça suffit (mais ça fait sans doute un peu trop vieille France, isn't it ?).
JPH

Yvonnic a dit…

Réponse rapide.
1) Effectivement vous me paraissez tompber dans le pédant. Comme si le discours sur le domaine libertaire vous appartenait particulièrement , du fait de vos choix personnels (Réflechissez bien : c'est exactement la démarche du discours laharistesur la profession, attention)

2) Vous utilisez très facilement une "dialectique de vieux briscards, rompus à écraser la contradiction sous des avalanches de références savantes."

4) vous ajoutez à celà le mépris franc et massif : "j'ai sans doute lu bien avant vous"..."Je les ai sans doute bien mieux compris"..."En dépit de notre différence d'âge" etc...Traitez-moi donc de vieux con, ça ira plus vite.

3)Une époque c'est aussi ses contradictions et ses dérives. C'est justement parce que le discours freudien de l'époque avait été mal diffusé, que certains ont été assez loin dans les domaines que vous signalez. Une époque où l'on découvrait que la sexualité était partout et qu'on passait son temps à la déterrer sous les tonnes de tabous et d'interdits qui l'avaient enterrée et défigurée pendant des siècles. ça permet quelques erreurs, non ? Christophe Colomb se croyait bien aux Indes. De là à faire de tous les militants de l'éducation de l'époque des pédophiles en herbe, je crois que ce n'est mème pas la peine de répondre tellement c'est excessif.(le procès a été tenté il y a quelques années contre Cohn-Bendit en Allemagne, par des ennemis politiques, vous imaginez lesquels, pour le salir trente ans après. Résultat néant). Vous ne recontextualisez pas assez.

Le fait d'être "de cette époque" ne me donne aucun droit particulier, ni aucune responsabilité particulière sur les faits et les discours. De plus n'oubliez jamais que 68 n'est qu'une crotte de mouche parisienne dans un mouvement qui va, en gros, de 1965 à 1975 (pour faire décennie), qui fut mondial, et dont tout le monde s'accorde à dire que l'essentiel du message se diffusa surtout les années suivantes.

Vous êtes donc un héritier de cette époque, ce qui est peut-être plus difficile à assumer que d'en avoir été acteur. Parce qu'un acteur a toujours un certain choix, un héritier jamais. Il a juste le choix de faire le tri...pour savoir d'où il vient.

Vous n'êtres pas devenu anarchiste par contamination virale ou transmission génétique, non ?
Alors ça vient d'ailleurs.

Au boulot!

Gros bisous mon chéri (ça fait pas trop pédophile,non ?)

PS. Vous qui prônez le respect de l'individu ,n'allez donc pas trop loin avec les comparaisons style Dutroux. Je sais que le débat a ses exigences et la passion ses dérives. Mais il y a des limites. Sinon je pourrais faire semblant de me demander pourquoi vous insistez tant sur la sexualité enfantine. Restons en donc là sur ce sujet s'il vous plaît. Je sais que le politiquement correct actuel et le discours sécuritaire consistent à voir de la pédophilie partout, ne tombons donc pas dans ce travers. Serons-nous au moins d'accord la-dessus ?

Anonyme a dit…

on pourrait tomber d'accord sur bien des choses si on discutait ailleurs que sur un blog - lieu peu propice au dialogue. Mais là, c'est en effet difficile : serait-ce encore pédant de dire que, tel un Lahary (qui, décidément, est l'objet de tous les rejets !), VOUS NE LISEZ PAS. Exemple : je n'ai jamais fait de comparaison entre Dutroux et je ne sais qui ou quoi (où avez-vous lu cela ?). Je ne tombe pas non plus dans la psychose pédophile ; je rétablissais juste cette "complexité" dont vous parlez, en faisant valoir l'autre côté (régressif, malsain) de certains mots d'ordre ("jouissez sans entrave"). Il n'empêche que certains discours de l'époque et, encore une fois, qui ont perduré jusque dans les années 80, sentaient la merde. La dérive d'un Patrick Font est, d'une certaine manière, exemplaire.
Tout cela n'est pas non plus un jugement sur l'époque.
Plus généralement, la discussion, pour moi, ne consiste pas à triompher de l'autre, mais avancer dans la compréhension de questions qui me tiennent à coeur. Ces questions, je les pioche, comme on dit, et depuis un moment. Ce qui fait que je ne m'en laisse pas facilement compter par des discours à l'emporte-pièce.
Enfin : non, on n'en "reste pas là", en tout cas pas moi. Je ne règle pas un désaccord par la fuite ou le mépris.
Enfin (bis) : "gros bisous" à un homme qu'on ne connait pas, ça ne fait pas pédophile mais tout simplement pédé (sauf votre respect).
JPH

Yvonnic a dit…

Tant pis. Je la joue "Courage, fuyons". J'arrête là sur ce sujet parce que vous decontextualisez trop les choses. Vous jugez une époque et ses acteurs à l'aune des connaissances actuelles. Par exemple en matière de sexualité : le slogan "jouissez sans entraves" n'est évidemment compréhensible que quand on connait la situation de misère sexuelle et d'ignorance (entretenue) des années qui ont précédé cette époque . Et ainsi pour beaucoup de choses. Freud n'était mème pas au programme dans les lycées à l'époque. Boris Vian était encore interdit dans les bahuts privés. Etc.. Imaginez donc le gouffre qui nous sépare, moi qui me re-situe dans cette époque et vous qui en parlez avec vos (nos) connaissances actuelles ? Je ne peux evidemment pas faire abstraction de mon vécu et vous ne pouvez pas l'inventer pour la circonstance. C'est l'impasse. Notre débat n'a évidemment plus de sens, hors la polémique.

Dans un autre domaine de débat public récent c'est ce qui a créé autant de conflits stériles à propos de la question de l'esclavage, notamment entre historiens et politiques.

C'est probablement aussi ce qui fait que ce pauvre Finkielkraut (qui s'est toujours beaucoup interrogé sur l'indifférence face à la mémoire) se voit attaqué de partout.

C'est ce qui fait qu'il est pratiquement impossible de discuter du probleme d'Israel avec un fils de déportés juifs.

La France est un pays de commémoration, ce qui fait quelle a beaucoup de mal à parler de son histoire. Le "devoir de mémoire" chez nous est une façon d'éviter le débat historique. On célèbre pour mieux dénier. Le niveau du débat chez nous, c'est t'es pour la commemoration d'Austerlitz et contre celle de Waterloo ou l'inverse. Navrant. Un des rares pays démocratiques où les politicards interviennent à ce point dans la rédaction des manuels d'histoire.

J'ai déja vécu ça dans des discussions avec des "anciens d'Algérie", comme on dit. Et là, c'est moi qui décontextualisait.

En continuant ainsi nous allons donc nous heurter à cette difficulté en permanence et ça n'aboutira à rien. En plus nous sombrerons dans le ridicule (qui n'a jamais tué personne, dit-on, mais rien n'est moins sûr...).

Et puis ça me fout le bourdon de me voir rappeler mon âge en permanence et de me nostalgifier les neurones du souvenir.

Ceci dit, hors débat, vos réactions sérieuses et outragées sur mes fins de commentaires (bisous etc...)qui ne sont que d'innocentes plaisanteries, un peu potaches certes, me font penser que vous n'êtes vraiment pas drôle. Vous prenez tout trop au sérieux.

J'ai déja remarqué ça chez les militants (rouges) de l'époque. Les slogans rigolos c'était pas eux, jamais. Je crois bien que je n'ai jamais entendu un Mao parler de cul. Je n'imagine pas un militant sans ses hémorroïdes. Bref,résultat des courses : Les Maos et les idéologies ont disparu. Et un an après c'était Woodstock. Trois jour de cul...(on se détend, je rigole)

Finalement il reste la fête. Mais ça, ça ne se transmet pas aussi facilement qu'un discours politique. C'est tout le problème.

Vous fûtes animateur ? C'est marrant, moi aussi. Pendant 20 ans, dont 10 comme dirlo.. J'aurais donc pu vous avoir animateur, ou comme gamin si vous avez été aussi colon. Vous l'avez échappé belle dites-donc! Avec nos idées sur la sexualité...(on se détend, on respire,je rigole)

Tiens, encore une pour la route. Il se trouve que j'ai eu un prof de philo anar. Un barbu qui ressemblait à Castro sans la gapette. Le seul du bahut. Pas de pôt, c'était pour ma pomme. Je dis pas de pôt à cause du programme, qu'on n'a pas vraiment étudié en cours, mais pour le reste, c'était pas mal. C'était marrant, tous les parents faisaient dans leur froc à l'idée qu'on pouvait se retrouver dans son cours quitte à rater le bac, mais personne n'osait rien dire, c'était l'époque...

Il nous a dit un jour :si les gens n'avaient pas de problèmes sexuels, il n'y aurait plus personne dans les manifs. Il balançait des trucs comme ça, hors sujet, et n'expliquait jamais. Pour nous faire réfléchir par nous-mème sans doute...
J'ai mis des années à comprendre ce qu'il voulait dire...
Ce qui prouve que je réfléchis lentement.

Allez, sans rancune ma puce (on se détend,on respire profondément, c'est pour rigoler...)

Patron, deux pression, deux! Faut qu'on y aille!

Anonyme a dit…

Ce que vous dites dans la première partie de votre texte est profondément juste, hormis la conclusion pessimiste (=dialogue de sourds). Car si l'on ne peut pas décontextualiser sans mutiler la réalité passée, on ne peut pas non plus en rester au "contexte" sans justifier intégralement et aveuglément le passé. J'arrête là cette question qui touche à l'épistémologie de l'histoire (eh oui ! désolé, je fais encore le pédant) et est passionnante.
A moi de pointer vos généralisations abusives. Vous dites que les militants rouges étaient (parlons-en au passé) passablement coincés. J'ai pu le constater chez leurs "héritiers". Mais, manifestement, vous ignorez que les initiateurs de la "révolution du désir" venaient de ces milieux mao (mao-spontex, précisément). Je passe sur ce point secondaire.
Enfin, vous me reprochez mon "sérieux". Mais est-il possible, dans cette profession (on est parti de là, de notre métier), d'avoir à un moment donné un échange sérieux, qui soit autre chose que le ressassement des certitudes des uns et des autres, ou des discussions à bâtons rompus, ou des commentaires ineptes comme on en lit tant sur les blogs ? Le débat n'exclut certes pas la plaisanterie et la légèreté, mais il comporte des exigences (à moins de se complaire dans la frivolité tel... DL).
JPH

Yvonnic a dit…

A lire tranquillement, pour être sûr de savoir de quoi on parle, le bouquin d'Emmanuelle Loyer,chez Complexe "Mai 68 dans le texte".

L'auteure propose la seule solution pour sortir du double discours classique sur Mai 68 (qu'elle décrit comme le combat du "pieux et nostalgique contre vindicatif et injuste"): lire les documents d'époque (tracts, slogans, declarations, PV de police, fiches de renseignements généraux, projets étudiants ou ouvriers, extraits de presse, fragments de discours
etc...). Elle touche ainsi, rien que par sa méthode, à une des réalités fondamentales du truc : ce fut bien une révolution, mais une révolution des mots et de la parole. Et toujours, comme elle dit, avec une "invention et une jubilation de la parole".

Elle prône une "certaine myopie volontaire du regard, au ras de l’archive", (j'adore la formule)pour mieux comprendre.Bref, une démarche d'historien.

C'est assez amusant de constater que les éditions Complexe ont toujours eu cette démarche (les auteurs sont historiens en général). L'ouvrage le plus abouti, publié il y a environ dix ans (precedente commemoration je suppose) était celui de Kristin Ross "Mai 68 et ses vies ultérieures" ,qui s'attachait à décrypter le langage politique de l'époque. Et elle montrait, elle aussi à travers les tracts, les pamphlets et les films documentaires de l’époque, les sources quoi, comment une partie de tout cela avait été oublié, justement par ceux qui, plus tard, ont prétendu incarner le mouvement. Son bouquin est énorme par sa portée, pas en pages) parce qu'à ce jour c'est le SEUL ouvrage d'analyse critique, basé sur les sources, de la façon dont la mémoire officielle de 1968 a été façonnée pour servir des intérêts politiques étrangers aux aspirations propres du mouvement. (Et Sarkozy n'existait pas encore politiquement...). Naturellement il n'a pas eu de presse parce qu'il n'est pas polémique, et que les sources c'est chiant, c'est bien connu.

C'étaient les conseils de lecture de tonton Yvonnic (historien de formation, c'est pas difficile à deviner...) pour les gens qui veulent sortir des polémiques idéologiques.

Ne jamais se balancer sur sa chaise sans savoir vérifié qu'elle a bien quatre pieds et qu'ils sont solides. C'est ça, les sources.

Anonyme a dit…

Vous parlez des sources, tonton. Alors, puisque vous êtes historien de formation (mais, peut-être n'êtes-vous pas seul dans ce cas...), vous n'ignorez sans doute pas l'existence de ce titre :

"Des tracts en mai 68. Mesures de vocabulaire et de contenu". Ouvrage collectif, Champ libre, 1975. Il s'agit d'une étude lexicographique - donc, sur le discours des protagonistes.

Voilà donc un cinquième pied, qui vous assurera une stabilité à toute épreuve.
JPH

Yvonnic a dit…

Je ne connaissais pas, merci. Je vois qu'il est réédité aux Presses de Sciences Po. Je mets ça en commande. ça fera un peu tard pour mon expo sur Mai, mais bon...

Faut dire qu'en 75 je végétais encore en fac avec des sujets de préoccupation beaucoup plus ludiques....que je ne détaille pas ici par respect de la bienséance. Les dernières années avant que le temps se couvre.
C'était pas si mal les années Giscard, quand on a connu les precedentes...

Papillon frivole

PS. Finalement, j'arrive pas à te laisser tomber comme une vieille chaussette politique. T'es ma récré, mon quatre-heures, mon five o'clok tea. Et à mon âge on a ses habitudes...

Sophie a dit…

Ce débat est asolument incroyable ! Tout ça à partir de Bashung...

Yvonnic a dit…

Eh oui, Sophie, c'est incroyable. Ce n'est pas un débat c'est un échange de propos divers qui s'effectue sur le mode de la conversation. Quand vous conversez avec des amis, vous aurez remarqué qu'on aborde rarement les sujets un par un, bien rangés. On suit ce qu'on appelle le "fil de la conversation". Ont été abordés ici : Bashung, la subjectivité, le polar, les arts plastiques, la politesse sur les blogs, le jugement esthétique, la hierarchie en litterature, Daennincxk et le roman noir, mai 68,Freud, pour finir par... des conseils de lecture. Rien que de très normal, finalement.

Qu'auriez-vous pensé de 36 commentaires sur le dernier Bashung ?
Vous auriez trouvé ça incroyable...Moi aussi.

C'est nouveau pour vous ?
C'est pourtant aussi ça les blogs.