19 janvier 2009

Sous l'eau

Ce n'est même pas que ça déborde. Ca recouvre tout. Impossible de travailler correctement. Chaque tâche s'effectue dans l'urgence. Les obligations déboulent de partout. Rapport annuel à droite, évaluation de projet pluriannuel à gauche, mise en place d'un nouveau service au centre.
S'annoncent également des dossiers de renouvellement de mobilier et la quête d'un nouveau système informatique. Et pendant ce temps-là, aucun lecteur ne se repose. Ils semblent tous possédés par la fièvre de la dernière nouveauté qu'ils voudraient tous lire là, maintenant, tout de suite.
'Quoi? Les bouquins ne sautent pas directement des rayons de la librairie dans les vôtres?'

Il y a des jours où je voudrais être aide-bibliothécaire, prester mes petites heures, obéir aux ordres et me plaindre de mon chef.

40 commentaires:

kat a dit…

Question qui n'a strictement aucun rapport: comment tu fais pour importer un lecteur Deezer vers ton blog ? J'ai beau copier coller le code dans une note comme ils me disent de faire, et rien, toujours rien, à part 5 lignes de code html. Problème de compatibilité ? autre chose ?
(je sais, tu n'es pas informaticien, mais merci quand même de ton aide)
Parce que j'avais une trouvaille marrante à poster et ça fait 20mn que je m'escrime pour rien...

Yvonnic a dit…

Rassure-toi, à cette période de l'année on est à peu près tous dans la mème galère. Entre la préparation budgétaire dès fin octobre et le bilan annuel vers février, on fait un autre métier. C'est le temps compté des comptables pressés, des décisions des décideurs indécis, le temps des choix et des trajectoires, l'angoisse des budgets qui baissent, des dossiers dits "de fond", des devis torchés à la va vite ou à la louche, des subventions, des renouvellements de ceci ou cela, des bilans que personne ne lira, des collectes de données statistiques de l'année passée, des réunions et des pôts de meilleurs voeux, des plannings, des personnels grippés, du ménage dans les placards, de tout et de rien.

Et ces connards de libraires qui continuent de te proposer des livres, des rendez-vous, des renouvellements de marchés ...On surfe sur une réalité diffuse. On a à peine balancé le sapin de Noël et rangé les boules, ça sent encore l'aiguille de pin, et on plonge aussitôt dans l'innommable corvée annuelle. Le monde continue mais on n'y est plus tout à fait. On est au carrefour des années : l'année budgétaire, l'année civile, l'année scolaire. Le temps des autres remplace le temps des bibliothèques. On est un service parmi d'autres. Leurs priorités remplacent les nôtres. On n'a plus de sous, on attend le budget. On n'a plus de place, on attend les etagères. Les devis demandés trop tôt sont périmés, on les redemande. On argumente dès qu'on rencontre un élu, on se rassure, on suppute, on évalue, on espère. Avec l'impression de naviguer sur un océan d'incompréhension. Et cette question qui revient comme une scie, sans réponse attendue, balancée comme une formule saisonnière : Alors, l'année a été bonne, au fait, meilleurs voeux !

Dans cette mélasse qui te colle les godasses à un réel qui t'échappe, apparait l'Inattendu, le Malvenu, Le Public, presque oublié pendant les fêtes. Le voilà qui réapparait, après gastro et rentrée des classes. Plus exigeant que jamais, éléphantesque, ignorant tout du drame qui se joue, incongru, presqu'étrange. Pour te faire remarquer que les "nouveautés" de decembre commencent à sentir le défraichi. Nouvelle année, nouveautés ! dit le dicton tout con du lecteur de janvier. Non, madame, arrêt technique. Pause bilan. Non, ils insistent, s'étonnent. Les plus finauds sentent bien qu'on est un peu à côté de nos pompes, égarés, la tête ailleurs. Ils mettent ça sur le compte des fêtes avec un immonde "alors, on redémarre, c'est dur hein ?". On les hait. Et on leur souhaite une bonne année. Le sourire, toujours.

30 ans que ça dure. Mais je ne m'y fais pas vraiment.

Je me souviens d'avoir lu quelque part la définition que donnait un psymachin du "stress des cadres" : c'est le moment où vous êtes incapables de faire la différence entre l'urgent et le prioritaire.

Pas con, le mec, finalement. Au début j'ai cru à une simple formule, un jeu sur les mots. Mais en fait, si tu refléchis bien, ça se tient.

De semaines que j'ai pas ouvert un bouquin. Pas envie de toutes façons. J'ai le pif dans les CV. La semaine prochaine je recrute un nouveau. On l'appellera Bienvenu. Quoi qu'il arrive.

Yvonnic, Surfer d'argent

Au fait, Bonne Année...

nescio a dit…

Bonne année aussi, Yvonnic...et les autres! Tout ce que tu écris sonne vrai, et chaque année, je me dis que c'est comme l'année passée et que, donc, je devrais y être habitué...Et considérer tout cela avec le détachement que l'on devrait logiquement adopter face à des obligations aussi futiles...Pas toujours facile, et pas rien que pour moi visiblement.
@Kat : ben euh, je sais pas trop, dans 'dezer', je choisis la chanson, quand elle 'tourne', je clique sur 'personnaliser le lecteur' et je fais un copier-coller du code dans une page 'nouvel article' de blogger...mais c'est vrai que j'ai déjà dû m'y prendre à plusieurs reprises avant que ça ne se décide à fonctionner...suffit qu'il manque une virgule du code (as-tu accès à la fonction 'modifier le code html' dans la céation de nouveaux articles?...si oui, tu devrais voir si tout le code que tu as copié est bien 'collé'). Il se peut aussi que ta plateforme de blog n'accepte pas ce genre de code...peut-être dois-tu utiliser une autre fonction que 'créer un nouvel article'...?

eric1871 a dit…

Cette année, la chose la plus difficile pour moi, ayant rédigé mon bilan d'activité, est de constater tout ce qui a été fait en 2008...
Y'a de quoi angoisser et se demander si on arrivera à en faire autant en 2009 !

Yvonnic a dit…

@Eric1871. Non seulement tu en feras autant, mais il y a de bonnes chances que tu en fasses davantage. C'est ce qui me sidère aussi de temps en temps: Chaque année on met des projets en route, des nouveaux services, des améliorations de toutes sortes. Et heureusement, sinon la routine nous tuerait et les usagers changeraient de cremerie. Et chaque année ces services, si ça marche, sont perennisés. Et on ne supprime pas vraiment grand chose à la place! Quand je compare mes vieux bilans aux actuels, je me dis qu'il y a quelque chose de magique, d'incompréhensible, quelque part. On est toujours dans le "plus", qu'il soit qualitatif ou quantitatif. Avec les mêmes mêtres carrés, les mêmes équipes, les mêmes publics, le même temps de travail, à peu de chose près.
Alors, ça s'arrête quand cette course, ou sont les freins sur cette bagnole, jusqu'où vont nos capacités ? Serions-nous le prototype du surhomme ? Avouez qu'il y a quand même un mystère la-dessous, non ?
J'ai bien un élément de réponse, mais il n'est que partiel : c'est le coup des fichiers compressés en quelque sorte. On fait des choses en moins de temps. Pas parce qu'on est plus doués, mais parce qu'on y passe moins de temps. Dans toutes nos tâches il y a les compressibles et les non compressibles. Exemple: on peut compresser le temps passés à la préparation des acquisitions, pas le temps qu'il faut pour couvrir un bouquin ou inscrire un lecteur. On peut compresser le temps de retour des CD en "sautant" la verification des plages, on peut compresser le management, les réunions internes d'information, le temps passé chez le libraire, etc....
La question est donc : est-ce qu'il n'y a pas des choses, toujours les mêmes, dont la "compression" serait systematiquement la variable d'ajustement qui nous permettrait d'augmenter d'autres prestations ?
Et dans ce cas, ça nous mène où ?

Gene a dit…

Oh là là, c'est promis, je ne proposerai plus de nouveautés à ma bibliothécaire....je ne me rendais pas compte que ça pouvait être un facteur stressant :-( Je me contenterai de musarder vers le présentoir nouveautés lors de mes passages :-)

Bon courage...

Yvonnic a dit…

Et quand tu constateras que le présentoir à nouveautés est nu ou pauvrement vêtu, tu iras le faire savoir vertement à ta bibliothécaire. Elle te fera remarquer d'un ton acide mais poli qu'il n'y a pas "que" les nouveautés à la bibliothèque, et que tu pourrais aussi musarder dans les rayonnages bourrés de milliers de livres que tu n'as jamais lus! Des milliers d'anciennes nouveautés ! Tu repartiras mécontente, sans ta dose présentoiresque, et tu auras ajouté au stress de la bibliothécaire ...

Je hais les accros du présentoir. J'adore les butineurs des rayonnages, les voyageurs du linéaire. Vive le lecteur libre !

Quelquefois, je m'amuse à mettre un vieux bouquin, physiquement encore propre, sur le présentoir à nouveautés. Et je guette, je prends l'affût. Eh bien ça ne rate pas. Avant la fin de la journée le bouquin a disparu, avalé par un drogué du présentoir.

Anecdote. Une fois je me suis payé une tranche de rire interieur : un accro des prix littéraires me demandait le "dernier" Goncourt, s'étonnant de ne pas le voir sur son présentoir. Je lui ai répondu suavement que nous ne l'avions pas encore acheté cette année, que nous "réfléchissions à son intégration dans notre politique d'acquisition". Toujours utiliser des grands mots pour les petits connards. Ils sont faits pour ça. Le type était estomaqué. Et j'ai ajouté tout sourire type "bibliothécaire-conseil" : mais nous avons celui de l'an dernier,pour lequel la critique était excellente, l'avez-vous lu? Il a bredouillé que non, que peut-être, qu'il ne s'en souvenait plus, qu'il repasserait. Il s'est barré sans rien emprunter.

C'est con mais ça destresse...
On a nos petites joies tout de même.

Supprimer tous les présentoirs, en une fois, comme ça, pour voir. Même pour une seule journée. Un rêve, mais qui tournerait vite au cauchemar. La journée sans tabac, la journée sans voiture, etc..pourquoi pas la journée sans présentoir ?

Bon, allez,c'est pas tout ça, ils arrivent. Préparez les seringues.

Anonyme a dit…

Janvier, qui s'étale sur février... la même galère pour tous. Et t'as oublié les cahiers des charges pour les appels d'offres.
@Yvonic : nous envisagions, justement, il y a quelques jours de faire une expo avec les 20 livres le moins (jamais ?) empruntés. Je suis sûre que cette opération aura son petit succès...
Catherine

eric1871 a dit…

J'ai fait faire, pour la deuxième fois depuis 8 ans, un présentoir des "disques bien qui sortent jamais". Après une semaine, ça a l'air de moins bien marcher que la fois précédente... Je devrais peut être modifier légèrement la sélection.
J'ai aussi laisser instiller dans le bac nouveautés, dit "à découvrir" des documents sélectionnés par l'équipe pour leur qualité.

Car, pour en revenir à ce que je disais précédemment, je crois que si on arrive à en faire de plus en plus d'année en année, c'est parce qu'on délègue et qu'on a du personnel de mieux en mieux formé (je parle pour moi : me connaissant mieux, ils peuvent peut être plus anticiper ou avoir de l'initiative).
Non en fait, c'est surtout au niveau des animations que l'année dernière a été un peu exceptionnelle, mais là aussi, l'expérience joue : le succès appelle le succès...

On ne transigera pas sur nos missions et tâches ordinaires, mais je ne vois pas non plus de raisons de stresser, après tout nous ne sommes que la bibliothèque...

Anonyme a dit…

Les animations c'est comme les bons sentiments : plus on en fait, plus c'est louche.

De même qu'on distingue les librairies "buralistes" des "vraies" librairies au sens intellectuel du terme, il faudrait distinguer les BP locales grolandaises des bibliothèques universitaires où le savoir didactique et critique est concentré et malheureusement réservé à une élite auto-proclamée.

Ces bibliothèques-là se passent bien d'animations ou de vitrine de nouveautés. Vous imaginez des heures du conte dans une U.D. de philosophie et lettres? Preuve que tout le Barnum des BP "ordinaires" masque le vide de la pensée et n'est qu'un moyen pour nous bercer la tête plus près du mur.

Spectacle partout, culture nulle part. Animations, pièges à c...

Zorn

Yvonnic a dit…

@Catherine. Tu peux y aller carrément: ça marche. Je l'ai fait il y a deux ans pour 33 ouvrages jamais sortis. J'ai mis le paquet la dessus. Présentoir 40 places, bulletin spécial présentant les ouvrages, gros baratin accrocheur sur "ces livres orphelins", et même une petite provoc en intro du bulletin ou je fais semblant de m'interroger sur les raisons qui font que "vous (les lecteurs)ne les lirez jamais" (incriminant par exemple leur aspect physique peu engageant (on sait parfaitement qu'un livre à la jaquette colorée sortira plus facilement qu'un petit grisâtre au format hybride, c'est prouvé depuis longtemps). Eh bien je te jure que ça a fonctionné :la curiosité l'a emporté. Tous (sauf un, un premier roman de chez Zulma je crois) sont sortis. Certains sont même sortis 2 fois. Temps de présentation: 2 mois. A faire tous les deux ou trois ans.
Et ne pas hésiter sur la provoc accrocheuse, attiser la curiosité. Marketing finalement. Un jour, il y a longtemps, en region parisienne, j'avais fait une sélection ados que j'avais intitulée "Ces livres qui ne vous aideront jamais à passer le bac", petit pied de nez aux profs de français qui les gonflent avec les livres "utiles" et "au programme" du bac de français. Gros succès. Mais petite réprimande amusée de mon élue à la culture.
En fait je reste persuadé qu'on peut faire "sortir" à peu près n'importe quel livre, à condition de ne pas hésiter à faire de l'accroche. J'aimerais pouvoir reprendre en la modifiant légèrement la celèbre affiche de recrutement de l'armée americaine, tu sais, le barbichu en haut de forme qui tend un doigt vers toi en disant "We need you" (déja parodié par Gotlib avec Superdupont), la reduire et la mettre dans certains livres, à la place des cartons "coup de coeur" qui me gonflent et qui finissent par ne plus avoir d'impact.

@ Eric. D'accord avec toi sur les délégations et les equipes de mieux en mieux formées. Mais ça ne résoud pas le problème de fond : a force d'ajouter des fonctionnalités supplémentaires, tu augmentes de toutes façons la masse globale de travail, tous agents confondus. Je ne connais pas la limite. Mais il n'y a pas plus stressant que de se dire, alors qu'on a les moyens matériels : ça, on fera pas, parce qu'on n'aura pas le temps. Les animations, c'est autre chose, c'est du ponctuel. Tu peux en faire moins une année, plus une autre, ça reste de l'évènementiel, ça n'engage pas pas le fonctionnement du service sur des années. Moi je parlais de services nouveaux pérennisés.Je commence d'ailleurs à me poser des questions sur les trésors d'ingénioisité qu'on est en train de déployer pour "sauver" nos discothèques. On y consacre de plus en plus de temps. Comme toutes les mises en place de "médiations" en général.

@Zorn, le chantre des élites auto-proclamées. L'animation ne consiste pas à faire risette au petits n'enfants avec des contenus débiles, comme tu l'as souvent dit. Sortons des clichés faciles sur l'heure du conte. Il s'agit simplement de se donner des moyens d'attirer l'attention sur des livres, des CD ou des outils en général, pour le plus grand bénéfice de tous. Et il faut être clair et massif la-dessus : toute démarche qui permettra de donner à un livre une chance de trouver son lecteur est valide. Point barre.

Et je suis preneur de toute idée dans ce domaine.

Quelque part, un livre que j'ai acheté et proposé, et qui ne sort pas, je considère ça comme un échec personnel, presque une insulte. Vous vous laissez insulter sans réagir, vous ?

Anonyme a dit…

Tant qu'il existera une scission entre culture élitiste universitaire et culture publique grolandaise, vous ne diffuserez qu'une culture de ploucs.

Et ce n'est pas qu'une question de collections. Les bibliothécaires groslandais n'ont ni les compétences pédagogiques, ni le niveau intellectuel (suffit de voir où ils placent la barre) pour mener à bien les missions qu'ils prétendent.

La véritable culture est irréductible aux animations. Le médium même d'animation réduit considérablement les possibilités de contenus. Rien d'étonnant à cela : le terme animation provient de la télévision. Il n'a rien à voir avec les livres. Les animations sont toujours l'oeuvre de débiles profonds qu'ils s'appellent Arthur, Cauet ou Toto le bibliothécaire.

Zorn

Yvonnic a dit…

@Catherine. Pour les cahiers des charges, tu as vu que les seuils ont été remontés en janvier. Désormais, à moins de 20 000 euros, plus besoin de passer en marché. Avant c'était 4000. L'an prochain je vais pouvoir acheter mes CD, DVD, periodiques où je veux, pareil pour mes fournitures. Ceci dit, même en marché c'était un gros boulot mais seulement une fois tous les trois ans. A moins que tes marchés ne soient pas reconductibles ? Ou que tu sois Belge (je ne connais pas la loi belge sur les marchés publics)

@Zorn. Tu n'entraineras personne dans tes vieux débats foireux sur la "Culture". Ils ont eu lieu cent fois (et sans foi) ici et ailleurs. Terminé pour moi.

Par contre l'animation, au sens large du terme, c'est quoi ? C'est l'ensemble des procédés qui me permettent de mettre en valeur mes acquisitions. C'est Eric qui présente ces CD non sortis, ou Catherine ses livres délaissés. Si je crois à ce que je fais je dois y croire jusqu'au bout. Et au bout, il y a toutes les techniques d'information et de valorisation dont je dispose. Et que je me dois d'utiliser. Et les présentoirs en font partie, même si j'ironisais facilement sur leur omniprésence et la dépendance qu'ils peuvent creer chez le lecteur. C'est la première des médiations, la plus simple et la plus évidente. Ne serait-ce que parce qu'elle reste accessible à tous (à la différence des blogs de lecteurs qui présentent certes superbement leurs nouveautés et coups de coeur divers, mais tout le monde n'y va pas, donc...).

Prenons les animations de supermarchés. Vers Noel, caddie en mains ,direction cochonneries hyperlipidémiantes, je suis tombé sur un producteur (himself) de charcuterie de terroir. Pas sur une pauvre fille-Anpe déguisée en paysanne, gesticulant au milieu des travées pour te faire gouter une nouvelle confiotte allégée ou un frometon au lait pasteurisé au profit de je ne sais quelle grande marque. Non, LE producteur. Pas de bruit,pas de cris, de banderoles à la con. Juste le gars, à peine souriant, avec des petits morceaux de pâté predécoupés dans des assiettes, un petit carton avec son nom, une photo. C'est tout. Aucune chance qu'on retrouve un jour ses produits dans le supermarché en question. Il le savait, moi aussi. Une fois n'est pas coutume, je me suis arrêté,j'ai dégusté, et on a causé. Entreprise familiale, petite production, boutique aux charges trop lourdes, galères à venir; C'était la première année qu'il se lançait là-dedans. Il appelait pas ça "animation", ça c'est le supermarché qui le disait, animer le rayon produits du terroir. Finalement on a fini par surtout parler des gens qui lui passaient devant le nez toute la journée, de leurs comportements etc...
Bon, je vous la fais courte, comme dab: D'une part il m'a collé la honte quelque part, mais ça c'est perso. D'autre part il m'a amené une fois de plus à me dire que mes animations "dernière chance" pour faire lire un bouquin, c'était pareil.

Son pâté de luxe, c'est mes Westlake que j'essaie de faire sortir de mon cimetière de polars alors que lui vient d'y entrer pour de bon. Inconnu au bataillon pour le lecteur de base. Alors on essaie, une petite bio-photo piquée sur le net, un présentoir, trois fois rien, mais on essaie.

C'est ça aussi l'animation, monsieur Zorn. Et ça, pour en revenir aux questions de temps, ça prend pas de temps, justement. ça mobilise juste quelques neurones en veille dans une tête bien faite de bibliothécaire.

Et vu l'augmentation de la production editoriale et la stagnation des budgets, va falloir les mobiliser les neurones de la médiation. Rentabiliser le temps passé à choisir un livre, en créant un temps de médiation suffisant pour qu'il sorte, et pour que ce choix ne se termine pas par le pilon d'un livre neuf.

Nous sommes déja très largement dans un métier où la justification d'un achat n'est plus seulement intellectuelle ou "culturelle", mais concrétisée par le fait que le livre a trouvé son lecteur. Finies les jérémiades faciles d'une profession hautaine sur ces connards de lecteurs incultes qui ne savent pas ce qui est bon pour eux. Un bon livre sort. Un mauvais aussi, accessoirement mais en general celui la n'a pas besoin qu'on le pousse. Et s'il ne sort pas, on est là pour l'y aider. Ou c'est qu'on ne sert à rien d'autre qu'à pousser le chariot.

Souvenons-nous avec humilité que la plupart d'entre nous ne seraient pas fichus de vendre des chaussettes au coin de la rue. Ecoutons sans ironie ni mépris le vendeur de chaussettes à la criée.
Et faisons-en notre profit.

Laissons les intellos et les salonnards se tromper de cible et disserter doctement sur culture marchande ou pas, et utilisons sans complexe les instruments qui existent et qui ont fait leurs preuves.

Ce sont les marchands qui ont inventé les étagères, présentoirs et têtes de gondole. A nous de choisir ce qu'on mettra dessus. C'est tout.

Anonyme a dit…

Amusant de voir comment ce sont les personnes les moins formées, les moins diplômées, parfois même pas bibliothécaires, ni enseignantes, ni rien du tout, qui se la pètent le plus en prétendant "donner le goût de la lecture aux n'enfants."

Alors que :

1) Ces personnes n'ont aucune légitimité pédagogique, n'ont jamais donné une heure de cours de leur vie. Et quand, en plus, leur grande érudition se limite à la liste des meilleures ventes du supermarché du coin...

2) L'école peine déjà à inculquer aux enfants les fondamentaux nécessaires : lire, écrire, compter et ce avec (en théorie) de vrais enseignants et de vrais manuels scolaires.

3) Là-dessus, bonne idée de donner le goût de la lecture de Stephenie Meyer ou d'autres scenarii pour la télévision. Après, comme ce sera facile pour les profs de faire lire Proust ou Balzac aux gosses. "Oh non, hein, M'sieur, j'aime mieux Harry Potter. C'est mieux écrit."

Le goût de la lecture? Les supermarchés lui disent merci.

Zorn

Yvonnic a dit…

@nescio
La France vient de supprimer "Lire en Fête" pour 2009. La Ministre réfléchit à une autre formule pour 2010. Et vous, vous continuez ?

Anonyme a dit…

"Il y en a qui font dans la culture comme d'autres dans leur culotte."
(Pierre Desproges à propos de Jack Lang)

Parmi les initiatives du Ministère de la Vérité, on retiendra "le lâcher de livres" qui consiste à "libérer" un livre en l'abandonnant sur un lieu public.

Pouf... pouf...

D'une part, quand on libère quelqu'un c'est qu'il est devenu inoffensif. D'autre part, s'il y a des livres "libérés", il y a donc des livres "emprisonnés."

Zorn

nescio a dit…

Yvonnic, tu veux parler de la 'Fureur de Lire'? Elle a bien eu lieu ici en 2008 (mais en novembre au lieu d'octobre...). Je ne sais pas ce que le ministère a prévu pour 2009.
Plein de bonnes idées que vous avez je trouve, le coup de mettre en évidence les livres/cd qui ne sortent pas, j'avoue que je ne connaissais pas...je ne fréquente que quelques rares confrères, aussi peu portés sur l'animation que moi...et j'avoue ne lire que très rarement les publications professionnelles.

Yvonnic a dit…

Par le "lâcher de livres", monsieur Zorn veut sans doute parler du phénomène des passeurs de livres, ou bookcrossing, qui est justement le contraire d'un abandon. Très belle pratique individuelle (qui suppose néanmoins qu'on soit capable de se défaire des livres de sa propre bibliothèque), assez branchée, malheureusement de plus en plus codifiée. Au fond qu'est-ce qu'on fait d'autre quand, dans une bibliothèque, on laisse à la disposition du public le "chariot de retours", c'est à dire la possibilité de farfouiller immediatement dans les livres qui viennent juste d'être rendus. Il suffirait d'y ajouter un petit ex-libris sur lequel le precedent lecteur aurait laissé son avis, et on ferait du bookcrossing institutionnel...

C'est aussi une pratique d'animation finalement, simple et pas chère, et qui nous sort du circuit nouveautés-présentoirs vs vieux machins-rayons.

Merci, monsieur Zorn, de nous avoir rappelé cette belle pratique, profondément humaniste, et d'origine américaine.

@nescio
Franchement je ne vois pas ce que confrères ou revues pros viennent faire la-dedans. Tu choisis un bouquin qui n'est jamais sorti, rien qu'un, un grisâtre,un pas de chance, pas connu ou oublié, pas tout jeune mais qui te tient à coeur, et qu'il te tient à coeur de faire lire, et tu décides qu'il va sortir, coûte que coûte. Tu as le choix total des moyens. Je l'ai fait pour la première fois il y a très très longtemps (snif) avec un bouquin de Joseph Conrad. Tu verras, c'est jouissif.

Anonyme a dit…

Après le bookcrossing, je propose le clerkcrossing. Du style : on attache une bibliothécaire à un arbre et on l'abandonne jusqu'à ce qu'un bûcheron en rut la délivre.

Bon, c'est vrai, pour en attacher une à un arbre, il faudrait déjà trouver des chaînes assez longues pour faire le tour du tronc.

Zorn Deep Ecology

nescio a dit…

Yvonnic...je voulais dire qu'en lisant ce genre de littérature ou en échangeant avec d'autres confrères, cette idée m'aurait déjà été connue avant que tu en parles en ces lieux...
Zorn : toujours vos généralités : toutes les bibliothécaires ne sont pas des grosses madames quand même...j'en connais de charmantes, si si...

Yvonnic a dit…

@L'Ecolo de service

Il suffit de trouver un tout petit arbre; On le verra même pas derrière la dame. Et puis c'est plus joli.

Ou alors un pieu. Plus besoin de chaines. Faut voir..., mais ça peut être dangereux pour le bucheron.

Encore un choix à faire...

Yvonnic, Delivrance

Anonyme a dit…
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Anonyme a dit…

@Yvonnic, à propos des cahiers des charges : j'ai l'impression qu'en Belgique, on vit plutôt la tendance inverse. Et qu'il va falloir lancer des appels d'offres pour acheter les 2 kilos de mandarines que nous offrons aux gosses le jour du goûter de Noël. J'imagine que c'est "l'effet Charleroi"... (Pour les français qui l'ignorerait, il s'agit d'une ville qui a connu quelques soucis de gestion de l'argent public).

Yvonnic a dit…

Pour moi c'est Au coeur des Tenèbres. Conrad reste le plus grand romancier d'aventures maritimes, mais tout ce qu'il dit va bien au delà de celà, tout simplement aussi parce qu'il a quasiment vécu tout ce qu'il raconte. Son anticolonialisme par exemple (très violent contre les Belges d'ailleurs)refonde complètement le roman d'aventures de l'époque (notamment avec le personnage emblematique de Kurtz, bien plus interessant que Marlow). Coppola ne s'est pas trompé en en faisant son Apocalypse now. Nos générations et nos profs ont préféré à cet ambigu des Kipling ou des Stevenson. Des romantiques, des exotiques. Des glorieux. Pire encore, Je me souviens même que Lord Jim était offert aux élèves de 6° à la distribution des prix (oui, j'ai connu ça...), comme un livre pour gamins!

Redonnons sa chance à Conrad !

Anonyme a dit…
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Yvonnic a dit…

@anonyme. Désolé pour vos marchés. J'ai parfois l'impression que toute la Belgique n'est qu'un immense scandale politico-financier.

@Zorn. Je te suggère une séance de spiritisme, c'est d'époque. Et puis on ne sait jamais...

eric1871 a dit…

Je voudrais revenir sur ce que recouvre pour moi, bibliothécaire musical, le mot "animations", il ne s'agit pas de mettre d'abord en valeur le fonds, mais avant tout la musique.
C'est donc la plupart du temps en faisant venir des musiciens, éventuellement en créant un (mini)événement autour. Mais surtout, faire entendre, dialoguer, montrer, faire toucher les instruments aussi pour les plus jeunes.
Pourquoi pas aussi, un jour, laisser la possibilité aux musiciens amateurs de jouer sur place, comme ça se fait à Toulouse par exemple...

En résumé, je ne comprends pas le débat sur culture d'élite et je-sais-pas-quoi grolandais (??). Je connais mon public, nous lui avons proposé au cours des années diverses choses, nous avons continué (et amélioré) ce sur quoi il a suivi. Je ne vais pas faire du "pointu" du "haut de gamme" par plaisir ou pour personne, mais je ne vais pas laisser tomber les rencontres et les (mini)concerts sur le jazz ou la musique classique parce qu'une fois on aura fait moins de la moitié de la salle, mais plutôt me poser la question de choisir un meilleur moment (voire une meilleure communication/médation)...

Yvonnic a dit…

@Eric
Je crois qu'on est tous d'accord. Et je retiendrais l'expression "creer l'évènement". Simplement cela va d'une basique mise en valeur physique d'un bouquin, à une démarche pedagogique d'envergure avec un partenaire ou des intervenants. Perso, je fais la même chose en secteur musique en developpant un partenariat avec le Conservatoire de musique de chez nous. A chaque support sa mise en scène, si je puis dire. Mon premier partenariat interactif a été de musicaliser un conte en amenant un piano (et son pianiste)et de musicaliser en direct, tu sais comme on faisait dans les salles de cinéma du temps du muet. Après les choses se developpent et suivent leur cours.

On a beaucoup cherché à intellectualiser le mot animation, à le valoriser à outrance en le présentant comme une démarche très complexe. Alors qu'en fait c'est simple, quotidien, et souvent ne necessite pas grands moyens. Ce qui me fait peur c'est qu'on est en train de le remplacer par le mot "médiation", qui me parait porteur à terme d'encore plus de confusion.

Et puis tu donnes un élément-clé : la connaissance de nos publics.

Là où tu joues un peu sur les mots c'est quand tu dissocies ton fonds de "La" musique. Si ton fonds est bien foutu, il est représentatif de la musique. D'autant plus si tu y ajoutes bouquins, revues, accès internet et intervenants sur place(faudra qu'on en reparle, on est lancé dans le même truc, en acoustique, mais il y a des questions Sacem qui commencent à me les briser menu...)

Pour le débat sur "culture d'élite et je-sais-pas-quoi grolandais ", t'inquiète pas, c'est un vieux délire du Père Zorn. Faut pas le contrarier, c'est tout.

nescio a dit…

Eric et Yvonnic : nous sommes bien d'accord...Ce qui est souvent critiqué ici (parfois de manière fleurie...) ce sont les animations 'obligatoires', vide de sens, qui ne rameutent même pas un nouvel usagers, celles qui se révèlent vite n'être que de l'occupationnel destiné parfois à mettre en évidence l'un ou l'autre édile en mal de publicité...Celles-là, soyons de bon compte avec Zorn, nous les évitons au maximum.

Yvonnic a dit…

D'accord avec toi sur la critique des activistes de l'animation-valorisation des édiles. Mais je vais me faire l'avocat du diable (c'est rien que pour jouer,je te jure, mais il se trouve que je me suis déja fait envoyer ça à travers la gueule, alors je connais) :

1)Tes propos pourront facilement être taxés d'utilitaristes : ne serait donc valable que l'animation qui "apporterait" de nouveaux usagers, celle qui draguerait le lecteur ? La culture pour la culture serait eclipsée par la culture du résultat chiffré ? Voilà une bien épicière conception, monsieur Nescio, que celle qui mettrait au rancart toutes les pratiques de valorisation qui n'apporteraient pas leur quota de lecteurs nouveaux!

2) Et l'Heure du Conte alors ? N'est-ce pas important de faire découvrir le lieu-bibliothèque à ces tout-petits, afin que plus tard ils ne passent pas devant sans la voir ? Comment faire pour créer le réflexe-bibliothèque auprès de ces petits bouts si l'on ne sait les attirer avec une bonne histoire ? Seriez-vous contre toute pédagogie ? Et l'avenir, et notre jeunesse, vous y pensez monsieur Nescio ?

3) La culture se doit d'être vivante. Et dans un lieu connu de tous, un repère, un phare. D'où la necessité d'organiser regulièrement les animations "obligatoires" que vous semblez mépriser, mais qui contribuent, lecteurs ou pas, à créer cette vie. Croyez-vous que c'est en restant collé à votre chaise que vous attirerez le passant qui passe ? Mmh ?

Et des comme ça, je t'en fais une tous les matins et je l'appelle le chant de l'Elu. Avant de tirer la chasse.

Ceci dit, redevenons sérieux une minute. C'est peut-être pas aussi simple que ça, finalement : Il est clair que si Zorn veut faire une animation sur Conrad, je l'approuve à cent pour cent. Mais il est clair aussi qu'il risque fort de ne pas attirer grand monde, vu le peu de mediatisaton du grand homme (je parle de Conrad). Donc nous devons bien défendre les animations "qui ne paient pas", quitte à faire ricaner l'édile. Oui, je sais, il ne s'agit pas là des animations "obligatoires" dont tu parles. Mais tout de même.

Les gens sont imprévisibles. Il y a quelques temps, 2005 je crois, à l'occasion de l'anniversairec de la mort de Jules Verne, on a fait un battage monstre sur le bonhomme et son oeuvre (avec maquettes, ateliers, projection, bref la foire, et ça a couté des sous!). Résultat des courses: le bide total. L'année d'après, en 5 minutes on s'est préparé vite fait une petit truc sur le nouvel an chinois, persuadés que ça n'interesserait personne. On a sorti tout ce qu'on avait sur la Chine, y compris les recettes de cuisine. C'est à dire pas grand chose, des vieux trucs sur la periode maoiste, le Tibet. Je me souviens qu'on a même foutu un livre sur les geishas, qu'ont rien à voir. Du vite fait, n'importe quoi. Pour combler un trou dans le planning des animations. On a rien compris : les gens se sont jetés dessus. Je ne comprends toujours pas.

Cette année on va encore être obligés de choisir un ou deux "anniversaires" nationaux. On vient de voir le choix :la naissance de Claude François il y a 70 ans (vas-y Eric, c'est du tout bon), celle de Brel il y a 80 ans etc...ça va jusqu'à la naissance de Calvin il y a 500 ans ! Pareil pour les morts : la mort de Géronimo il y a 100 ans, la bataille de Wagram il y a 200 ans, la naissance de Lucky Luke il y a 60 ans, le premier pas sur la lune il y a 40 ans, la chute du mur il y a 20 ans, la publication de Zazie dans le métro etc....Bon, il y a les bicentenaires de Gogol et de Poe. Et je te fais pas les trois pages.
Et les editeurs font faire marcher les rotatives à fond les manettes, ils l'annoncent déja.

Bon, on fait quoi ?

Moi je prends Geronimo pour la culture, et je me fous une plume dans le cul pour l'animation.

Comme ça on aura du monde.
Et on saura pourquoi.

Anonyme a dit…
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eric1871 a dit…

euh... les anniversaires, très peu pour moi...
Il est vrai que j'ai débuté dans l'animation proprement dite avec l'année Mozart, mais c'est uniquement parce que j'avais envie depuis longtemps de mettre un quatuor à cordes sous notre belle verrière.. ce qui a été au final l'élément déclencheur de tous les autres et nous a permis ces dernières années, de mettre de la musique vivante aux quatre coins de la médiathèque.

Il est donc évident que les "événements" ça se prépare et que donc la programmation pour l'année 2009 est déjà bien avancée.

Et la "médiation", c'est plutôt ce que je fais par rapport à mon fonds, que j'espère assez représentatif, chose pour laquelle on ne rédige pas (encore) de projets. Expliquer cette représentativité justement, nos choix, nos impasses, à quasi chaque abonné, est devenu une nécessité.

Alors non, je ne suis pas du tout en pleine préparation budgétaire, j'improviserai vite fait quand je saurai. Le marché est passé, j'ai une vague idée des choix que je vais faire cette année, la formule m'a assez bien réussi jusqu'ici, alors que la gestion comptable...

Anonyme a dit…

La musique.
Au mieux, une sublime machine à coudre.
Au pire, un bruit qui coûte cher.

Internet et le téléchargement gratuits vont donner le coup de grâce aux médiathèques.

Du coup, on peut s'attendre à de nombreuses animations pour tenter de récupérer du public.

Z.

eric1871 a dit…

Le téléchargement ne concerne pas la musique mais la consommation. De lieux (et de personnes) pour la médiation de la culture musicale, on a aura encore besoin. Qu'ils soient ou non au sein de médiathèques est peut être une aute histoire.
Mon propos, aujourd'hui comme demain, n'est pas de "récupérer du public", je fais ce que je sais faire, c'est tout.
Et je comprends surtout que dans la vision de la culture qui est la votre M. Z., de culture je ne vois point, parce que je ne sens que mépris pour les gens.

Anonyme a dit…

Médiation, C'est-à-dire? Qu'on aura toujours besoin d'intermédiaires pour dire aux autres où ils doivent se rassembler? Pour leur dire ce qu'ils doivent écouter, lire ou penser ?

Et puis, pourquoi la culture devrait-elle impliquer l'amour des autres? Bien des artistes ont professé leur mépris du peuple. Bien des bourreaux aimaient la musique et savaient parfaitement en jouer.

Oui, je suis intolérant, je le reconnais bien volontiers. *se lime les ongles*

Z.

Yvonnic a dit…

@Eric
Monsieur Zorn méprise la culture de masse, et par voie de consequence ceux qui la consomment. Ses références permanentes aux bibliothèques universitaires et assimilées, ainsi qu'à la "veritable culture" montrent bien qu'il est dans une conception des bibliothèques qui est totalement datée et élitiste. Il n'a pas admis ou compris que les années 70, qui ont precisement vu apparaitre les pratiques d'animation, correspondent à un élargissement considérable de ce que l'on appelait autrefois la classe moyenne et qui ne représentait qu'une infime proportion de gens "cultivés". Aujourd'hui la classe moyenne, c'est à peu près tout le monde. Et ce "tout le monde" a 40 ans de culture "mass media" derrière lui. Ses goûts ont changé, ses désirs aussi. Lire un livre est assimilé à un loisir. L'approche ludique d'un fait culturel est devenue indispensable. Et les bibliothèques se sont adaptées à ces nouveaux publics, comme les loisirs de masse se sont adaptés à travers le club Med ou autres. Insupportable décadence.

L'aristocrate de la pensée Zorn me fait penser à ces privilégiés gominés qui virent en 1936 débouler les masses laborieuses sur leurs vélos, envahir et enlaidir leur France de villégiature. Le peuple inculte partait en vacances et s'appropriait plages et campagnes. Le prolétariat défigurait les calanques, le saucisson remplaçait les homards, le mécano visitait les musées! Les Zorniens se bouchèrent le nez. Le monde changea, mais Monsieur Zorn est toujours enrhumé.

Ce peuple inculte, mais qui a le culot de réclamer l'accès à la culture, a évidemment besoin de médiation, comme un troupeau a besoin de son berger pour découvrir les bonnes pâtures.
L'élite zornienne avance seule devant ces méprisables moutons. On leur a déja donné le droit de vote, c'est déja trop.

Alors les Zorniens décidèrent que l'animation, loin d'être un vecteur de culture, la dégradait, et que toute approche ludique du fait culturel etait porteuse de perte de sens et de contenus. Ils décidèrent qu'il existerait donc toujours deux cultures : la populaire, hémiplégique et envahissante par nature, et la vraie, élitiste, qui serait de plus pourchassée et traquée. Valorisante paranoïa.

Le mot médiation est en passe de remplacer celui d'animation. Qu'importe : pour le chevalier blanc de la vraie culture, c'est du pareil au mème : la culture est assimilée à ses vecteurs et tout est dit:Si Cauet dit un truc intelligent, peu importe son propos, c'est de la télé.

Il n'a évidemment rien compris à Internet, nouveau vecteur et nouvel outil pour les médiathèques. Qu'un ado se retrouve, seul, devant 500 musiques à telecharger en quelques secondes, 500 musiques proposées par le secteur marchand, sans repères, sans critères de choix, sans rien, ne pose aucun problème à Zorn. Alors que nous savons, nous petits praticiens populaires, que plus la masse d'information est importante, plus la mediation devient indispensable, le conseil, l'environnement. L'internet ne va pas remplacer les mediathèques il va leur donner une légitimité supplémentaire. Et c'est déja vrai.

Face à l'information disponible sur le net, incontrolable, inverifiable il faudra de plus en plus de mediateurs, de trieurs, de validateurs, de gens qui feront un travail de journalistes, pour précisement valider et accompagner l'information. La presse ne disparaitra donc pas devant le net, elle en sortira grandie, avec de nouvelles missions.
Idem pour les bibliothèques.Dans mon quotidien j'aide deja tous les jours des gamins à sélectionner sur le Net l'info dont ils ont besoin. C'est de la médiation, voire de l'animation au sens large.

Exemple de médiation :
Zorn le Democrate dit sur le Net " la musique est au pire un bruit qui coûte cher". Le peuple inculte s'empare de la formule, l'ado en fait une citation dans sa dissertation. Fin.

Le bibliothécaire-mediateur dit : Théophile Gautier a dit "La Musique est le plus cher de tous les bruits". Ce qui retablit la verité et surtout re-situe historiquement cette forte parole, en fait ironique (Gautier adorait la musique). Le mediateur-animateur élargira l'horizon et ajoutera qu'à la même époque Hugo disait "La musique c'est du bruit qui pense", et terminera son tour d'horizon en citant Baudelaire qui disait "La musique creuse le ciel". L'ado repartira avec son petit bagage de culture mediatisée, ce qui est quand même mieux que de dire que la musique est une machine à coudre.

Eh oui, monsieur Zorn, on aura de plus en plus besoin de mediateurs et de mediations pour eviter que quelqu'un puisse croire qu'un dénommé Zorn est un des grands penseurs de notre temps.

Je me souviens de la réflexion d'un monsieur devant une expo des dessins de Leonard de Vinci, précisément devant l'ébauche du parachute : "on dirait un truc de gamin". Grâce à cette animation il en saura davantage. Et, quelque part, il ne confondra plus le tag merdique fait à la bombe devant chez lui avec "du Picasso".Il suffit pour ça d'une animation-atelier sur les tags et graphes ou d'une expo-Picasso.

Mais faut le vouloir. Monsieur Zorn n'a que faire de l'accès à la culture des masses populaires. Ni des masses elles-mêmes, ni des bibliothèques qu'on a construites pour elles. Monsieur Zorn est ce moine du Nom de la rose, qui garde sur lui les clés de la bibliothèque du monastère, lieu d'initié, lieu réservé, lieu de culture morte.

Il n'a rien à faire en bibliothèque ni dans le service public. Et il l'a dit lui-même maintes fois, rendons-lui cette grâce.

Voilà, mon cher Eric, ce que vous auriez pu lui dire si vous aviez, comme moi, ferraillé des mois contre cet épouvantail médiéval.

Yvonnic, franc et massif

Anonyme a dit…

Trop fort, Yvonnic. Le flic de la pensée revient au galop!

Bien sûr qu'on aura de plus en plus besoin de médiateurs à l'époque d'internet. Songez donc que d'un simple clic on peut avoir accès à une foule de livres ou de groupes interdits. Inquiétant, non?

Pour contrer cela, il faudra en former des troupeaux de fonctionnaires incultes, bornées, alcooliques, ravagées de la culotte de cheval et pistonnées par vos amis de loges, toujours soucieux de se constituer un troupeau de crétins pour leur prochaine guerre.

En attendant, truquez bien vos statistiques de fin d'année parce que, apparemment, le public se contrefiche de vos sinistres zazanimations. Il suffit d'écouter les jeunes parler des bibliothécaires. Ils vous méprisent tous à un point que vous ignorez. :--)

Et si vous vous intéressez tant aux exclus, aux plus abîmés, aux plus faibles... c'est uniquement parce qu'il est plus facile de les attirer dans votre traquenard cuculturel.

Pas à ma place dans une bibliothèque publique? Quand on voit ce qu'elles sont devenues et par la faute de qui, je n'ai pas de leçons à recevoir.

Z.

eric1871 a dit…

@Yvonnic : ferrailler ne m'intéresse pas, sans doute as-tu pu le remarquer. Je préfère aller au plus court.

@Zorn (tout de même) : je l'ai dit, la gestion comptable ne m'intéresse pas, pas besoin de truquer les chiffres.
Et oui, ma vision de notre service public implique de l'empathie vers ce public. Je ne suis pas pour autant favorable à la notion de "culture loisir" à laquelle je préfère celle de "culture plaisir".

C'est dans ce sens où l'on a besoin de médiation. Pour prendre mon cas personnel, je reconnais ne pas avoir les clés pour comprendre la peinture classique par exemple, du coup je passe devant ces oeuvres sans m'y arrêter. Il en va de même à mon sens pour le jazz ou la musique contemporaine, inaccessibles à la plupart des gens qui ne sont pas éduqués à ça.

Je suis étonné que M. Z. ait pu entendre des "jeunes" discuter des bibliothécaires, a priori ceux que je connais ne parlent pas de nous, tout simplement.
Ce que moi, je peux dire des "jeunes", c'est que, comme pour le reste de la population, la majorité ne s'intéresse pas à la musique... Certes, ils en consomment plus, particulièrement dans des "niches" plus ou moins identitaires, mais sans vraiment s'y intéresser.
Ainsi, lorsque j'organise une écoute musicale pour des adolescents, je m'attache avant tout à montrer des passerelles entre les genres, à leur prouver aussi que la musique n'est pas faite pour qu'on lui mette des étiquettes. Et évidemment, je diffuse toujours des extraits d'oeuvres de musique ancienne, contemporaine, du jazz actuel etc.

Alors je ne prétends pas connaître une classe d'âge (dont les membres n'ont d'ailleurs rien d'autre en commun, puisque leurs goûts sont surtout fondés sur leur milieu, leur éducation, leurs moyens financiers, etc.), simplement ceux à qui je pose la question, n'ont aucun problème pour reconnaître nos compétences, ni pour dire que de toutes façons, ça ne les intéresse pas...

Anonyme a dit…

Comment ai-je entendu les jeunes à propos des BP? Très simple. En leur faisant visiter. Et aussi en discutant avec des stagiaires : quelques-uns ont vite compris et changé d'orientation.

Certes, si vous demandez de but en blanc à une classe d'ados quelle est leur image de la profession, ils ne vont pas vous livrer le fond de leur pensée. Mais les plus éveillés ne sont pas dupes une seule seconde, je peux vous l'assurer. Encore une fois, ceux qui tombent dans le panneau, ce sont les plus faibles, les moins critiques. Mais même eux, ils se lassent rapidement.

En ce qui concerne la lecture plaisir, c'est la porte ouverte à la démagogie. N'importe quel enseignant vous le dira : si on ne lisait que ce qui nous fait plaisir, on en resterait aux albums à colorier. Quel plaisir retire-t-on de la lecture d'un article du code pénal? Aucun. On le lit pour obtenir une information pratique. Le plaisir n'est pas un critère.

Ensuite, rien ne me dégoûte autant qu'une "élite" sinon la masse sur laquelle elle règne. Il n'y a d'esclaves que consentants et il n'y a d'élite qu'auto-proclamée.

Personnellement, je n'ai jamais eu besoin de directeur de conscience, d'animateur ou de "médiateur" pour me "conseiller" (et quoi encore?) ou pour pour me dire ce que je devais lire ou pas. En général, les conseils de lecture, ça m'a toujours fait rigoler.

- Keske voum konseilléé ? (ton pâteux)
- Oh, une bonne cure de désintoxication.

Zorn Dandysme et décadence

Macabre marc polo a dit…

Sauvez/protéger son couple , annulé une rupture/séparation


Bonsoir a tous
Je me présente Lucette FERRES,
J'avais des problèmes de couple avec mon mari car je n'arrivais pas a faire d'enfants après 16 ans de vie commune avec mon homme et il m'a laissé et a demandé le divorce .Un soir sur le net j'ai vu les coordonnées de ce Mr que je vais vous présenté par la suite qui m'a rapidement faire revenir mon homme et avec ces médicament traditionnels j'ai maintenant 2 merveilleuses filles et un garçon avec mon homme .
Cet homme grâce auquel ma vie a repris son sens s'appel Maître Gbedekpogbe Médium, Voyant, ... sérieux, il vous aide à résoudre tous les problèmes auxquels vous ne trouvez pas de solution.
Remarquable spécialiste du retour de lêtre aimé, il vous fait revenir définitivement lélu de votre cur
Domaine de L'amour Sentimental :
Le Retour Affectif - Le Retour D'Affection
Amour Perdu , Récupérer son Ex - lÊtre Aimé - lÂme Sur , Se faire Aimé d'une Personne , Attirer une Personne (Homme/Femme) par un Sortilège d'amour ou Sort ,
L'Envoûtement Amoureux/, Blocages Sentiments Amoureux Perdu , Sauvez/Protéger Son Couple , Annulé une Rupture/Séparation ,
Éloignement Rivalité/Jalousie ; Fidélité.
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