20 mars 2009

Tout doucement, ça se précise





Depuis presque un mois, les demandes se succèdent. Une biographie d'un 'Juste'. Lequel? Ce serait à nous de le déterminer, évidemment. Faudrait pas qu'ils se fatiguent non plus. Personnellement, à chaque fois, je prends un malin plaisir à proposer Oscar. Celui-là même qu' il y a quelques années, Steven fit revivre sous les traits du grand Liam. Mais bon, à chaque fois que je propose le nom, le demandeur me répond : 'c'est déjà pris'. J'entends bien, mais alors, à eux de me soumettre un autre nom, non?

Celle-ci, la quinzaine vraiment sûre d'elle, me demande tout de go une bio de Yad Vashem. Suffisait d'y penser. Nul doute que l'institut chargé de la mémoire des 'Justes' porte le nom de l'un d'entre eux. Le plus illustre même. D'ailleurs, quand elle a posé la question à sa prof, celle-ci n'a pas démenti.

L'ignorance et la biestrèye gagnent du terrain. Et j'ai de plus en plus de mal à l'encaisser. La voie se dégage pour Dieudonné et Benoît. J'aurais bien envie de citer Renaud tiens. Vous savez, cette chanson qui commençait par 'Je voudrais que mes chansons soient des caresses ou bien des poings dans la la gueule...'

16 février 2009

Scier la branche

"Cependant, un nouveau gouverneur était arrivé au pouvoir dans cet état et, très vite, il se fit connaître. Il exigea d'abord que la bibliothèque portât le nom de Fidencio Arriaga, un leader syndical enseignant qui avait été poignardé lors d'une échauffourée, et il envoya à cet effet un panneau métallique (...). Puis, il demanda à chaque directeur de bibliothèque, en vue d'une meilleure utilisation des ressources, d'envoyer un rapport trimestriel sur le nombre de visiteurs, les livres prêtés, les livres perdus ainsi que les encyclopédies consultées. Lucio n'avait pas besoin de registre pour remplir ce rapport, car, au début, il avait en moyenne trois lecteurs par semaine, tous élèves de l'école d'Icamole et tous dans le but de consulter l'encyclopédie. Quand il décida d'offrir l'encyclopédie à l'école, il perdit tout espoir de voir quelqu'un entrer chercher un livre. Après le troisième rapport, Lucio reçut la notification officielle que, dès lors, la bibliothèque Fidencio Arriaga était définitivement considérée comme fermée et donc qu'il ne recevrait plus de livres ni la somme allouée à son activité. Lucio envoya une lettre pleine de colère aux autorités de l'Etat, déclarant que si l'eau est d'autant plus nécessaire en plein désert, comme la médecine l'est à la maladie, les livres sont d'autant plus indispensables là où personne ne lit. "

("El Ultimo Lector"de David Toscana, Zulma, 2009)

28 janvier 2009

Cruel monde du livre

- Bonjour, je voudrais 'Tombé des nues', mais je ne sais plus l'auteur...
Pianote pianote sur le clavier. Le titre ne me dit rien, mais bon, au gré du temps qui passe et des bouteilles de vin bio qui repassent, la mémoire du système informatique gagne des points.
- Ah, on l'a, c'est de Delperdange, en Espace Nord Jeunesse...
Je me lève, tour du comptoir, quelques mètres encore et hop, je lui tends presque fièrement...

- Ah non, c'était pas ce dessin-là sur la couverture.
Vérification des dates d'édition.
- C'est possible, je vois que c'est une réédition et en plus, je crois que la mise en page de cette collection a été revue. C'est sûrement le même texte, mais avec une autre couverture.
- Non non, je le prends pas, c'est pas ça, j'ai commencé à lire celui de madame, je vois bien que c'est pas ça...
- Si tu as commencé à le lire, tiens, regarde la première page et dis-moi si ça te dit quelque chose...
Elle parcourt distraitement quelques lignes.
- Hum, oui, ça a l'air d'être ça.
Après avoir soupesé l'objet encore et encore, l'avoir tourné et le retourné, elle finit par vérifier le nombre de pages. Et là, subitement, son visage jusqu'ici fermé, s'éclaire d'un sourire où perce toute l'innocence de son jeune âge. Pas de doute, une bonne nouvelle s'annonce.
- Cool, c'est le même, mais il y a moins de pages!

27 janvier 2009

Evidence

"L'après-midi est déjà bien avancée lorsque entre le lieutenant Aguilar. Il déambule un instant sans parler entre les étagères en bois, il traîne des pieds, avec un bruit de papier de verre à cause du sable collé à ses semelles. Un bibliothèque à cet endroit, dit-il en parcourant la pièce du regard (...). Ils n'ont pas de médecin, mais ils ont des livres (...) De son bureau, Lucio feint à présent de sourire (...) Il décide de ne pas se lever pour le saluer, parce que dans son échelle de valeurs un bibliothécaire vaut plus qu'un agent de police."

(El Ultimo Lector / David Toscana; Zulma, 2009)

19 janvier 2009

Sous l'eau

Ce n'est même pas que ça déborde. Ca recouvre tout. Impossible de travailler correctement. Chaque tâche s'effectue dans l'urgence. Les obligations déboulent de partout. Rapport annuel à droite, évaluation de projet pluriannuel à gauche, mise en place d'un nouveau service au centre.
S'annoncent également des dossiers de renouvellement de mobilier et la quête d'un nouveau système informatique. Et pendant ce temps-là, aucun lecteur ne se repose. Ils semblent tous possédés par la fièvre de la dernière nouveauté qu'ils voudraient tous lire là, maintenant, tout de suite.
'Quoi? Les bouquins ne sautent pas directement des rayons de la librairie dans les vôtres?'

Il y a des jours où je voudrais être aide-bibliothécaire, prester mes petites heures, obéir aux ordres et me plaindre de mon chef.

12 décembre 2008

Titreries


Sous cet intitulé, plus d'une centaine de piles de livres dont les titres, assemblés, forment de courts 'poèmes'. Je les ai croisées en cherchant des infos sur André Stas il y a quelques semaines : elles sont dues à Laurent d'Ursel et vous pouvez les trouver sur son site 'loeuvrette.be', dans la rubrique 'exemples de loeuvrettes'. En parcourir quelques-unes régulièrement m'aide à résister à l'envie d'hiberner qui me taraude ces jours-ci.

Froidure

Environnant à l'excès, le froid, ces derniers jours, me paraît plus insupportable que les hivers passés. Il me saute dessus dès que je mets le nez dehors ; je le retrouve dès que je plonge dans 'Terreur', le dernier Dan Simmons. Passionnant bouquin d'aventure, de dépassement des limites humaines et de hargne à survivre, les protagonistes y sont constamment confrontés à des températures variant de -50° à -70°. L'imaginaire et le réel se rejoignent, même si l'échelle de froidure de l'un n'équivaut en rien celle de l'autre. Et le réel, lui, ne connaît pas de limite. Une amie endeuillée me disait à quel point, dès son malheur connu, les sms de sympathie ont déferlé sur son portable, sans lui apporter le moindre réconfort. A l'inverse des coups de téléphone, parfois maladroits, mais dont les auteurs ne donnaient pas cette impression de se défiler et disaient certains mots -prenaient la peine de les prononcer-, les sms lui semblaient impersonnels et froids. Elle a sans doute raison. Et pourtant, il est des tendres messages que je garde toujours dans la mémoire de mon portable, je l'ai déjà écrit ici. Et qui m'ont rempli de chaleur au moment de les lire pour la première fois.

23 novembre 2008

Fureur


La fureur qui animait(?) nos bibliothèques il y a peu m'en a rappelé une autre.
En 2003, pour marquer le coup comme on dit, la Province de Liège nous avait envoyé un paquet de cartes postales à distribuer à nos chers usagers. Il s'agissait d'une reproduction d'un collage intitulé 'Mauvaise graine' et réalisé par un artiste belge -wallon même- André St
as, spécialiste du genre. Quelques jours après l'envoi, scandale dans la presse : certains avaient passé leur temps à éplucher les mots collés autour de la lectrice et en avaient trouvé certains pas piqué des vers.
Bien que je n'aie pas remis la main sur les courriers de l'époque, il me semble que nous fûmes finalement priés de ne pas distribuer les pièces litigieuses. Sans quoi, comment expliquer que le paquet reçu se trouve, toujours intact, dans mon armoire à brol?






17 novembre 2008

Les yeux ouverts



Tous ces beaux jeux inventés
Pour passer devant les premiers

Ils ont donné son nom à ce blog, saluer leur retour me semblait...la moindre des choses. D'autant qu'ils persistent :

Le marchand de sable est passé
Nous on garde un oeil éveillé

Deux nouvelles chansons livrées dans l'urgence, qui habillent de mots simples la 'crise actuelle' comme ils disent dans les journaux. Ou qui la fusillent plutôt. Et même si l'une de ces deux-là n'est qu'une reprise -et quelle reprise- elles arrivent au bon moment. Pour peu, nous allions céder aux charmes confortables de l'hibernation. De justesse donc, deux salves auxquelles se raccrocher pour passer l'hiver éveillé.

10 novembre 2008

Bibliothèque = nid de...


("Le Soir" du samedi 9 novembre 2008)



07 novembre 2008

Les libraires aussi...

Oui, les libraires aussi en voient de toutes les couleurs. Celui-ci est spécialisé en bd et le rythme de publication de ses chroniques me fait pâlir d'envie. D'autant qu'elles sont soignées, pleines d'humour et reflètent un véritable amour du métier...et des livres. Et lui aussi, il a ses 'énervants', mais évidemment, il les appelle des 'clients'...ou alors des 'boulets' quand ils ont moins de 18 ans, qu'ils en savent plus que lui en bd ou qu'ils posent des questions dont ils connaissent déjà la réponse. Allez-y voir, 'Les libraires se cachent pour mourir' que ça s'appelle.
Bibliobus (II)

- Bonjour, c'est madame (tûûût), je téléphone parce que j'ai reçu une lettre de rappel à propos de deux livres que ma fille aurait encore soi-disant sur sa fiche, mais je les ai rentrés moi-même à la bibliothèque...
- Oui, un instant je vérifie...
- ...Madame, ils ne sont effectivement pas ici...puis-je vous demander d'encore une fois regarder chez vous?
- Ah non, je suis sûre de les avoir rentrés...je les ai mis de ma poche dans la boîte aux lettres....euh, de ma main dans la boîte aux lettres...
- Madame, si vous les avez déposés dans la boîte aux lettres, c'est à vos risques et périls...je ne suis pas responsable si quelqu'un d'autre les a ramassés avant moi...il n'y pas que la bibliothèque dans ce bâtiment comme vous le savez...et vous êtes censée les rentrer pendant les heures d'ouverture de la bibliothèque
- Moi je vous dit que je les ai rentrés et je ne veux plus en entendre parler...
- Très bien, dans ce cas, je devrai continuer à vous envoyer des rappels et la fiche de vos enfants sera bloquée jusqu'au retour des livres...
- Tant pis, de toute façon, je vais les inscrire à la bibliothèque de (tûûût)...c'est mieux là-bas...

- Comme vous voudrez, au revoir madame.


Et, juste avant de raccrocher, j'entends distinctement la voix de la gamine -elle était postée à côté de sa mère sans doute- : 'et dis-lui que les autres que j'ai encore sur ma fiche, il peut venir les chercher lui-même!'

03 novembre 2008

Fournisseur exclusif

Désarchiver, ce n'est jamais drôle. On repousse, on diffère, on atermoie. Jusqu'au jour où il faut bien s'y mettre. Les pieds de plombs, on s'avance, résigné et certain de n'avoir devant soi que d'arides documents à retirer des fardes, avant de les désagrafer et de les envoyer dans la caisse 'papier à recycler'.
Et puis on tombe sur ça.



(cliquez sur l'image pour être sûr de ce que vous lisez...)

21 octobre 2008


Ardoise

A mon père :
Les livres, au coeur de la maison. Beaucoup de bd évidemment, Blueberry et Tintin. Les premières lectures, à peine suggérées. Et aussi, la découverte de sa bibliothèque de classe, porte en bois du milieu sur le palier des 3è humanités.

Au monsieur du PMS :
Après mes humanités et une première année ratée en communication sociale, je vais le trouver avec la profonde conviction de ne pas devoir m'acharner dans cette branche. Une deuxième tentative? Non merci! Je lui parle des études de bibliothécaire. Sa seule réponse fut : 'bonne idée'.

A mon premier maître de stage :
La bibli, c'est pas toujours drôle et les bibliothécaire peuvent se révéler de sacrées têtes de cons.

Aux deux Marc, militaires en charge du centre de documentation de la gendarmerie -du temps où elle existait encore :
Premier boulot rémunéré dans la profession. Ils m'en ont plus appris en terme de service au public que mes trois années d'études. Au bout des six mois passés en leur compagnie, j'avais aussi intégré l'importance du 'bib-look'. Une bib en ordre et -pourquoi pas?- fleurie, et l'humeur d'une bonne partie de vos usagers s'en verra positivement modifiée. Ce qui ne manquera pas d'avoir des effets sur la vôtre. Encore aujourd'hui, j'applique.

A mon boss pendant 4 ans :
Néerlandophone qui voulait un francophone pour adjoint. Pour la confiance et la liberté très vite accordées. Pour le travail effectué sérieusement sans pour autant se prendre au sérieux. Pour les phrases qu'il commençait en français et que j'achevais en néerlandais.

A Bruxelles :
Quatre années de boulot à deux pas de la Grand'Place. Brassage de cultures. Petits cafés où le français et le néerlandais s'entrechoquaient aussi naturellement que les verres de bière. Bouquineries écumées du Boulevard Lemonnier.

Au bourgmestre qui m'a engagé :
Evidemment, il y a eu un examen et un jury. Mais qu'on ne me fasse pas rire : je sais que s'il avait dit non, les autres auraient suivi. Pour avoir tenu parole ("vous aurez des moyens financiers") et pour avoir placé cette bibliothèque au milieu du village.

A Philippe Djian :
Pour le titre de cet article dont l'accouchement fut si lent.

02 octobre 2008

Carotte La semaine passée, se trouvait dans notre courrier un exemplaire d'un nouveau magazine de cuisine, gracieusement envoyé par son éditeur, à titre de démonstration. 'Cook magazine' que ça s'appelle. Le sous-titre ferait frissonner de plaisir un DRH en mal d'appellations professionnelles anglophones incompréhensibles : 'Le magazine pour l'AmaProf'. Des poètes, j'en mettrais mon ustensile culinaire favori à couper. Mais enfin, on ne peut pas leur retirer ça, ils s'expliquent : 'Ce magazine trimestriel s'adresse aux nombreux cuisiniers amateurs passionnés qui veulent se lancer dans l'"AmaProf", une cuisine qui se situe un cran au-dessus de la cuisine de tous les jours'. Fiat lux.
Bilingue français-néerlandais, papier glacé et photos artistiques, l'objet ferait sans doute chic sur certaines tables basses. Une sympathique missive accompagnait donc l'envoi, nous vantant les mérites de l'assommante brochure (ça pesait son poids ce truc, au moins deux fois celui du 'Elle' de septembre) : 'Cook magazine est uniquement disponible par abonnement et n'est pas en vente dans les kiosques'. Ben oui, l'AmaProf, c'est pas pour les ploucs, faut être abonné. Hormis cet indéniable plus, peu d'avantages en fait. Sauf celui-ci qui, aujourd'hui encore, me titille les neurones de la curiosité : 'Si vous optez pour un abonnement de trois ans, vous recevrez un magnifique cadeau que vous pourriez utiliser afin de motiver vos collaborateurs'.