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30 janvier 2008

Par les sentiments

A l'éternelle question de savoir 'mais non didju, comment donner le goût de la lecture à nos chères têtes blondes?', un maire espagnol vient d'apporter une réponse -à mon avis- inédite. En tous cas, si les jeux télés ne vous avaient pas convaincu que l'être humain, à partir du moment où une somme d'argent lui est promise, est capable de tout, voici de quoi possiblement vous faire changer d'avis. Je vous livre l'info telle qu'elle figure sur 'fil info' du 'Soir' :

Des enfants payés un euro de l’heure pour lire

mercredi 30.01.2008, 12:51

Les enfants du village espagnol de Noblejas seront désormais payés pour lire. Ainsi en a décidé leur maire, Agustin Jimenez Crespo, persuadé que cette initiative « pionnière » leur fera aimer la lecture. La commune de 3.300 habitants, située à 55 kilomètres de Tolède (centre), « subventionnera les familles à hauteur d’un euro par heure passée à la bibliothèque » par leurs enfants scolarisés en primaire, a annoncé la mairie dans un communiqué. Il s’agit d’une « initiative pionnière et ambitieuse en matière d’éducation », ajoute la mairie, qui explique que l’objectif est de « renforcer le rôle actif des parents dans l’éducation de leurs enfants ».


Juste une chose : est-ce que TOUTE une heure pour SEULEMENT un euro, ce n'est pas pousser un peu loin l'ambition culturelle?

28 septembre 2006

Colloque (3 et puis j'arrête)

En matinée, un des deux animateurs de l'atelier a eu cette jolie expression : 'pour que nous ne soyons plus les Rémi Brica de la lecture publique'....

27 septembre 2006

Colloque (2)

Après un repas qui n’aurait pas fait tâche au mess de la caserne la plus proche, c’est l’estomac solidement calé que nous nous sommes rendus vers nos ateliers de l’après-midi. Cette fois, j’avais opté pour ‘l’offre et les ressources’. Soit, primo, les collections et autres services que nous mettons à disposition répondent-ils bien aux attentes de nos usagers et, secundo, les normes que nous devons respecter (pourcentages de documentaires/fictions, taux d’élagage etc…) ne sont-elles pas handicapantes et/ou dépassées ? Pas aussi charismatiques et structurés que nos animateurs du matin, nos meneurs de débat n’ont pas réussi à faire décoller le propos. Parmi nous, un monsieur, la cinquantaine barbue et blanche qui n’était plus bibliothécaire, mais l’avait été autrefois pendant deux ans, se voyait bien dans le rôle de celui qui met les pieds dans le plat. Il a commencé par enfoncer quelques portes ouvertes : ‘Les bibliothécaires, vous êtes les derniers remparts de la démocratie, vous êtes de véritables passeurs de culture…’, avant de lancer quelques idées révolutionnaires : ouverture des bibliothèques le dimanche et installation de guichets automatiques pour la rentrée et la sortie des ouvrages (ce qui permettrait, selon lui, aux bibliothécaires de se consacrer à des tâches de conseil et d’aiguillage des lecteurs). C’est tombé assez à plat et ça en a même énervé quelques-uns, surtout quand il cité comme exemple les caisses automatiques qui fleurissent dans nos grandes surfaces commerciales. S’il ne s’agissait pas d’idées stupides, elles n’étaient : un, pas neuves et deux, difficiles à mettre en place avec les moyens dont nous disposons. Car ouvrir le dimanche, avec le même personnel, ça signifie forcément perdre des heures d’ouverture par ailleurs. A quoi il répondit, décidément condescendant, : ‘mais allez trouver vos échevins, et demandez plus de moyens, dites-leur que vos lecteurs sont aussi des électeurs !’ Ben tiens, on n’y avait jamais pensé.
Colloque

Lundi spécial. Bibliothèque fermée, usagers prévenus il y a mois, je pars donc le cœur léger, avec juste un peu de remords mais pas trop, à la ‘Journée de réflexion sur les enjeux et perspectives des bibliothèques publiques’, organisée par le Service de la Lecture Publique, à l’initiative du Conseil Supérieur des Bibliothèques Publiques. Ca se passait à la Marlagne, pas loin de Namur, un domaine que je ne connaissais pas, jamais été, bâtiment énorme, style cathédrale de bois et de verre, avec une salle de réfectoire gigantesque, un véritable hall de gare perdu en pleine nature. Bien que la journée de travail devait débuter à 9h15, ce n’est que vers 10 heures que nous avons été conviés à rejoindre nos différents ateliers. Me concernant, celui du matin était consacré aux ‘non-publics’, charmante appellation pour définir cette catégorie de personnes qui ne fréquente pas nos bibliothèques. Nommer quelqu’un par ce qu’il n’est pas me semble toujours un peu limite mais il est vrai que tout ce que nous savons de ces personnes, c’est ça : ils ne sont pas usagers de nos lieux de travail. Je ne compte pas vous faire un résumé de ce que nos cerveaux de bibliothécaires ont pu mûrir sur ces deux petites heures : ça sera publié dans le prochain numéro de la revue ‘Lectures’. La conversation a évidemment beaucoup tourné autour de ce souci lancinant qui est le nôtre : comment procéder pour qu’ils (les non-publics) se métamorphosent en publics ? Pas grand-chose de neuf, mais le niveau des interventions dépassait largement les habituelles complaintes que l’on peut entendre en ce genre d’occasion : mon bourgmestre ceci, mes collègues cela, et mes lecteurs, quelle bande d’emmerdeurs. Niveau correct donc, mais je reste toujours dubitatif : s’ils ne veulent pas venir, faut-il réellement aller les chercher et donc, consacrer un temps et de l’énergie dont les usagers eux, seraient sans doute bien contents de bénéficier ?

06 septembre 2006

R(I)P - 2ème partie

Le bouquin du R.P. Sagehomme se présente donc comme un répertoire alphabétique d'auteurs, avec en-dessous de chaque nom, une liste d'oeuvres 'cotées' selon le code suivant :
E = pour enfants
TB = pour tous
B = pour jeunes gens formés
B? = appelle des réserves plus ou moins graves
D = dangereux, à déconseiller
M = mauvais
Si la liste comporte une grande majorité de noms et de titres tombés dans l'oubli le plus complet, les 'classiques' sont bel et bien là, quoiqu'un Sade par exemple brille étonnement par son absence.
C'est un plaisir de vous livrer quelques morceaux choisis :

Les pires :
Maupassant : meilleure cote : B?...sinon, rien que des M
Hugo : meilleure cote : B, avalanche de D et de B? (Les Misérables? M!)
Simenon : meilleure cote : B?
Voltaire : 20 M et 4 B?
Flaubert : 9 M, 2 B et 1 D
Céline : M et B?
Ajoutez tous les Russes, Léon Bloy, Jean Ray, Sand, Shakespeare (que des B?), Colette et même Alphonse Allais...

Les meilleurs :
Conan Doyle, la Comtesse du Général Dourakine, Andersen, Fenimore Coopper, Daniel Defoë, les frères Grimm, Corneille, Curwood, Poe, Racine, Alphonse Daudet....

Beaucoup de sottises donc, et pas seulement attribuables au temps qui passe, à l'époque ou au contexte. Même l'aspect politique ne semble pas avoir joué, puisqu'un Céline ou un Brasillach ne trouvent pas grâce aux yeux du R.P., alors qu'un Conan Doyle obtient sa bénédiction...

05 septembre 2006

R(I)P – 1ière partie

Il fait partie de ces quelques bouquins laissés par mes prédécesseurs, les directeurs d’école et autre pharmacien qui se sont occupés de la bibliothèque avant moi, valeureux pionniers de la lecture publique, qui s’en allaient au combat sans même le soutien d’un ordinateur ou l’idée de la naissance de l’ISBN ! Il y en a d’autres, j’en parlerai plus tard, s’y replonger de temps en temps donne une bonne idée du chemin parcouru. Celui-ci, c’est le ‘Répertoire alphabétique de 10.000 auteurs avec 40.000 de leurs ouvrages (Romans et pièces) qualifiés quant à leur valeur morale’. J’en devine qui sourient. Qu’ils s’accrochent, ça ne fait que débuter. Le nom de l’auteur n’est pas mal, à croire qu’il s’agit d’un pseudo : ‘G. Sagehomme, S.J.’. Plus loin dans l’avant-propos, on peut lire qu’il s’agit d’un ‘R.P’, soit Révérend Père, en exercice au Collège Saint-Michel de Bruxelles. Publié en 1939 par Casterman, ce ‘recueil est destiné aux âmes honnêtes qui veulent le rester, aux pères et aux mères de famille, aux directeurs de conscience, qui savent quel mal une mauvaise lecture peut faire à un cœur. Ils trouveront ici une brève réponse à cette question : « Puis-je lire tel roman ? Puis-je le donner en lecture à mes enfants, à mes pénitents ? »’ Pas de jugement littéraire, donc, ni même d’appréciation sur l’intérêt des titres cités, puisque l’auteur ‘a uniquement voulu dissiper, dans une certaine mesure, ce doute parfois angoissant : "Puis-je, en conscience, lire ou faire lire ce livre ?" '.
Quarante mille titres, on ne peut s’imaginer que le brave Sagehomme les ait tous lus ? Il l’admet volontiers. Ses sources ? ‘Il a puisé ses appréciations, d’abord dans ses notes personnelles, puis surtout dans les revues et dans les catalogues des bibliothèques catholiques’. Voilà qui dissipe la volute de doute qui planait encore dans vos esprits. Ce répertoire s’adresse d’abord aux responsables de bibliothèques catholiques. Bizarre de le retrouver ici, dans une bibliothèque dépendant d’une commune belge qui vient de fêter son siècle de gestion par une majorité socialiste.

08 août 2006

Moyens

Deux millions de plus en 2008, deux et demi de plus en 2009. Voilà ce que je lis aujourd'hui dans le 'Soir'. En plus pour qui? Pour le secteur de la lecture publique en communauté française de Belgique. Donc pour nous. Evidemment, on ne va pas cracher dessus. Des questions néanmoins. Pourquoi seulement en 2008? Pourquoi devoir attendre encore un an et demi? A Francorchamps, même si ça traîne, le fric wallon arrive beaucoup plus rapidement. Et 2008, c'est drôlement proche de 2009, années d'élections régionales, et communautaires donc. Continuons dans le mauvais esprit : d'après le journaliste, ces millions seront prioritairement affectés, dans l'ordre à : 1/ les animations; 2/ les plans de lecture et 3/ aux synergies entre bibliothèques. Et l'emploi???? Et les subsides de fonctionnement????
Voilà bien des trucs qui me font râler, tout en vacances que je sois. Si je m'en tiens aux normes de la Communauté française, je devrais avoir trois collègues à temps plein. Pas de sous évidemment, tire ton plan tout seul. Les animations, c'est bien joli, mais la mission première d'une bib, c'est quand même de PRETER DES LIVRES. Attirer un public neuf via les animations, ok, si après on peut assurer le service que ce nouveau public attend. Là encore, on peut rêver.
Les plans de lecture? Un dossier dans lequel la bib, en accord avec son P.O., expose ses projets (nouveaux services, nouveaux publics etc...). Si on n'a pas de moyens pour financer ces objectifs, le plan de lecture aura coûté beaucoup de temps et finira dans un tiroir.
Les synergies entre bibliothèques? Egoïstement, je n'en fais pas une priorité : le prêt inter-bibliothèques fonctionne très bien et je n'ai pas besoin de plus. A moins bien sûr que l'accent soit mis sur la polyvalence du personnel. Par exemple, que l'on mette au point un système me permettant de faire appel à un confrère de la bibliothèque principale dont je dépend et qu'il vienne me remplacer au pied levé quand je suis malade. Pour que mes lecteurs ne trouvent pas une porte close, râlent et décident de ne plus renouveler leur cotisation, les horaires n'étant pas toujours respectés.