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16 décembre 2006

Le confort (2)

C'est un hasard : je suis repassé l'autre jour devant la bâtiment qui auparavant abritait la bibliothèque. A l'époque : un bunker. Aujourd'hui : un local presque mignon, repeint à neuf, chauffé centralement et agrémenté de deux jolies toilettes, le tout destiné à l'accueil extra-scolaire. L'accueil extra-scolaire? mais oui, vous savez, un service que les communes sont obligées de mettre en place pour les enfants de tous les réseaux d'enseignement (l'officiel et le libre) : une super-garderie du matin, du mercredi après-midi et du soir. Ce blog n'est pas le bon endroit pour débattre de la justesse de ce genre d'obligation, mais le seul fait de cette remarque vous mettra sur la piste de ce que j'en pense. Bref, là où auparavant on me répliquait que impossibilité technique à installer le chauffage central et des commodités, et aussi que pas d'argent, je remarque qu'en un an, de décissifs progrès technologiques et financiers ont été engrangés, permettant par là-même à l'administration communale de rendre ce local dès plus civilisés. Car, non, vraiment, je ne peux croire qu'une quelconque mauvaise volonté ait valu d'aussi précaires conditions matérielles à la lecture publique pendant plus de 10 ans.

09 novembre 2006


Le confort


Dans l'ancienne bibliothèque, celle de 'la chaise', il n'y avait même pas de toilettes. On m'avait donné un double des clés de l'école communale, et débrouille-toi pour y aller la conscience tranquille : 'mais non, personne de viendra sur ce temps-là, tu peux bien laisser la boîte sans surveillance cinq minutes'.

Evidemment, pas de chauffage non plus. A la place : un poêle à mazout cylindrique qui tournait (parce qu'il était cylindrique sans doute...) sans discontinuer 4 à 6 mois par an. On peut supposer que les frais d'installation d'un nouveau système auraient bien vite été amortis par les économies de carburant induites. Mais non, une telle dépense sur un budget annuel, ça aurait fait mauvais genre. Le court terme, toujours le court terme.

Alors que je pouvais voir le givre s'attaquer au pare-brise de ma voiture garée juste devant, les effluves parfumées de ce mastodonte m'ont plus d'une fois obligé à ouvrir une fenêtre du bâtiment. Entre l'asphyxie et un probable refroidissement, j'avais rapidement opté pour le moins pire.

Les premiers froids de ce mois de novembre marquent le début d'un deuxième hiver bien au chaud dans le 'nouveau' local. Le chauffage et les commodités étaient d'origine -langage de concessionnaire automobile- lorsque j'ai déménagé les premiers bouquins. Même le téléphone. Je n'avais plus repensé à tout cela depuis un moment. Le confort, on s'y habitue vite.

04 octobre 2006

Le samedi

En général, dès le vendredi soir, alors que je regarde Vincent d'Onofrio résoudre une énigme bien tordue dans 'New-York Section Criminelle', j'y pense déjà : "pffff, j'ai pas envie d'y aller demain". Pourquoi le samedi plus qu'un autre jour? C'est sans doute psychologique : samedi = week-end = pas travail. En douze ans, je ne peux toujours pas me dire que c'est un jour de boulot normal. Résigné, mais quand même de moins bonne humeur que les matins précédents, je me lève, poussé par l'absurde mélange de devoir et de conscience professionnelle qui m'anime. Les vingt minutes de trajet jusqu'à la bibliothèque m'indiquent déjà que cette journée n'est décidement pas comme les autres : la route est à moi, les autres voitures sont au repos, persone n'est pressé de conduire ses enfants à l'école ou de rejoindre son lieu de travail. Tout est calme, si mon lecteur de cd diffusait 'Paris s'éveille' de Dutronc, je pourrais en vérifier les paroles de mes yeux. Et si mon portefeuille a besoin d'être réalimenté pour le week-end, je peux même trouver une place de parking pile devant le distributeur situé en plein centre-ville.
Une fois sur place, j'ai quelques minutes avant l'heure d'ouverture 'officielle', j'installe mon portable, j'allume les pc pour le public et je fais du café. Rituel.
Puis, vous commencez à arriver. Les lecteurs du samedi. Pour beaucoup d'entre vous, c'est le seul moment de la semaine où je vous vois. C'est votre jour et, bien souvent, toujours au même moment. Selon l'heure, j'en arrive à deviner lequel d'entre vous va pousser la porte. Les trois ou quatre habitués de la tranche 8h.30-9h.00 et le gros de la troupe entre 10h et midi. C'est rarement la grande foule, mais je ne reste pas souvent seul. Moins pressés que vos confrères de la semaine, vous prenez le temps d'échanger quelques mots : vos impressions sur certains livres, vos demandes d'acquisitions et parfois, des choses plus personnelles. C'est l'ambiance agréable du samedi qui se révèle, comme si votre détente s'imprégnait en moi et me faisait oublier que je travaille. Je pense aux devoirs de vacances de mon enfance et je me dis : 'allez, une fois que tu y es, ce n'est pas si dur'.

28 septembre 2006

Promesses, promesses...

Lors de la dernière réunion concernant la bibliothèque, notre estimé bourgmestre m'avait promis d'inclure, dans le programme de son parti pour les prochaines élections communales, le renforcement du service bibliothèque. Il a notamment certifié -devant témoins et après que je lui ai posé la question 'tu le feras, hein?'- qu'il incluerait l'engagement d'une personne supplémentaire. Le programme a été distribué hier dans toutes les boites aux lettres communales. Il est très beau, papier glacé et plein de photos couleurs. Et, tiens donc, il y a bel et bien un photo de la bib dans le chapitre consacré à la culture, mais pour le reste : bernique. Je parie que lorsque je lui ferai remarquer, il me répondra : 'ça ne veut pas dire qu'on ne le fera pas'.
Colloque (3 et puis j'arrête)

En matinée, un des deux animateurs de l'atelier a eu cette jolie expression : 'pour que nous ne soyons plus les Rémi Brica de la lecture publique'....

27 septembre 2006

Colloque (2)

Après un repas qui n’aurait pas fait tâche au mess de la caserne la plus proche, c’est l’estomac solidement calé que nous nous sommes rendus vers nos ateliers de l’après-midi. Cette fois, j’avais opté pour ‘l’offre et les ressources’. Soit, primo, les collections et autres services que nous mettons à disposition répondent-ils bien aux attentes de nos usagers et, secundo, les normes que nous devons respecter (pourcentages de documentaires/fictions, taux d’élagage etc…) ne sont-elles pas handicapantes et/ou dépassées ? Pas aussi charismatiques et structurés que nos animateurs du matin, nos meneurs de débat n’ont pas réussi à faire décoller le propos. Parmi nous, un monsieur, la cinquantaine barbue et blanche qui n’était plus bibliothécaire, mais l’avait été autrefois pendant deux ans, se voyait bien dans le rôle de celui qui met les pieds dans le plat. Il a commencé par enfoncer quelques portes ouvertes : ‘Les bibliothécaires, vous êtes les derniers remparts de la démocratie, vous êtes de véritables passeurs de culture…’, avant de lancer quelques idées révolutionnaires : ouverture des bibliothèques le dimanche et installation de guichets automatiques pour la rentrée et la sortie des ouvrages (ce qui permettrait, selon lui, aux bibliothécaires de se consacrer à des tâches de conseil et d’aiguillage des lecteurs). C’est tombé assez à plat et ça en a même énervé quelques-uns, surtout quand il cité comme exemple les caisses automatiques qui fleurissent dans nos grandes surfaces commerciales. S’il ne s’agissait pas d’idées stupides, elles n’étaient : un, pas neuves et deux, difficiles à mettre en place avec les moyens dont nous disposons. Car ouvrir le dimanche, avec le même personnel, ça signifie forcément perdre des heures d’ouverture par ailleurs. A quoi il répondit, décidément condescendant, : ‘mais allez trouver vos échevins, et demandez plus de moyens, dites-leur que vos lecteurs sont aussi des électeurs !’ Ben tiens, on n’y avait jamais pensé.
Colloque

Lundi spécial. Bibliothèque fermée, usagers prévenus il y a mois, je pars donc le cœur léger, avec juste un peu de remords mais pas trop, à la ‘Journée de réflexion sur les enjeux et perspectives des bibliothèques publiques’, organisée par le Service de la Lecture Publique, à l’initiative du Conseil Supérieur des Bibliothèques Publiques. Ca se passait à la Marlagne, pas loin de Namur, un domaine que je ne connaissais pas, jamais été, bâtiment énorme, style cathédrale de bois et de verre, avec une salle de réfectoire gigantesque, un véritable hall de gare perdu en pleine nature. Bien que la journée de travail devait débuter à 9h15, ce n’est que vers 10 heures que nous avons été conviés à rejoindre nos différents ateliers. Me concernant, celui du matin était consacré aux ‘non-publics’, charmante appellation pour définir cette catégorie de personnes qui ne fréquente pas nos bibliothèques. Nommer quelqu’un par ce qu’il n’est pas me semble toujours un peu limite mais il est vrai que tout ce que nous savons de ces personnes, c’est ça : ils ne sont pas usagers de nos lieux de travail. Je ne compte pas vous faire un résumé de ce que nos cerveaux de bibliothécaires ont pu mûrir sur ces deux petites heures : ça sera publié dans le prochain numéro de la revue ‘Lectures’. La conversation a évidemment beaucoup tourné autour de ce souci lancinant qui est le nôtre : comment procéder pour qu’ils (les non-publics) se métamorphosent en publics ? Pas grand-chose de neuf, mais le niveau des interventions dépassait largement les habituelles complaintes que l’on peut entendre en ce genre d’occasion : mon bourgmestre ceci, mes collègues cela, et mes lecteurs, quelle bande d’emmerdeurs. Niveau correct donc, mais je reste toujours dubitatif : s’ils ne veulent pas venir, faut-il réellement aller les chercher et donc, consacrer un temps et de l’énergie dont les usagers eux, seraient sans doute bien contents de bénéficier ?

23 septembre 2006

Le bruit au-dessus de la bib.

A l'étage, dans l'appartement géré par la commune, vit une femme seule, avec ses deux enfants. Il y a le plus jeune, qui vient souvent me voir avec sa classe de l'école communale. Et l'autre, un peu plus agé, qu'une camionnette ramène tous les jours vers 16h. Le monsieur qui accompagne le chauffeur est obligé de le porter jusqu'aux bras de sa mère, qui elle-même le hisse péniblement jusqu'à son logement. Parfois, ça commence dès qu'il est rentré : les meubles que l'on déplace, les objets frappés à terre répétitivement ou qui chutent, et puis les cris, les hurlements presque. Comme il ne sait pas marcher, j'imagine qu'il se traîne à terre, qu'il rampe en quelque sorte d'un endroit à un autre. Ca peut durer de deux à trois heures d'affilée, avec de trop rares moments d'accalmie. Je suppose que cette pièce au-dessus de la bibliothèque lui est réservée. Les lecteurs qui tombent en pleine crise me demandent régulièrement s'il y a des travaux à l'étage.

07 juillet 2006

Nomade

Ce mois de juillet qui débute me rappelle celui de l'année passée durant lequel, en plus de mon déménagement personnel, je devais assurer celui d'une bibliothèque. Plus qu'un déménagement, il s'agissait de rassembler les collections de deux sites de prêts en un seul. Avant cette date, il y avait effectivement trois bibliothèques : deux 'dépôts' et une 'pivot' comme ils disent dans les décrets. J'ai donc passé pas mal de temps sur la route, entre ces différents sites. Pas mal de temps : 11 ans en fait. Onze ans avant d'avoir réussi à faire admettre aux politiques qu'il valait mieux concentrer ses efforts sur deux lieux plutôt que de les disperser sur trois, surtout si on ne veut pas engager plus d'une personne pour s'occuper de tout ça. De trois bibliothèques, je suis donc passé à deux. Vous n'imaginez pas quel soulagement. Et puis quelle fierté aussi : arriver à faire fermer une bibliothèque, n'est-ce pas l'objectif de tout bibliothécaire qui se respecte?

28 juin 2006

Prêcheurs



Socialistes revendiqués, les gallois 'Manic Street Preachers' (www.manics.co.uk) avaient sorti en 1996 'Everything must go', un album que je réécoutais au volant ce matin. Une des meilleures chansons de celui-ci, 'A design for life', commençait par :

Libraries gave us power

Then work came and made us free

What price now for a shallow piece of dignity

Traduction non-officielle pour les rebutés par l'anglais : "Les bibliothèques nous ont donné le pouvoir; Puis le travail nous a libérés; A présent, combien coûte un rien de dignité?". J'en connais une qui va me reprendre de volée si la traduction n'est pas correcte. Le site http://www.manics.nl m'apprend que cette première phrase est inspirée par une autre, due à Francis Bacon et gravée au fronton d'une bibliothèque galloise : "Knowledge is power"(pour les rebutés.. : 'La connaissance, c'est le pouvoir'). La bibliothèque, toujours en activité, compterait parmi son personnel le frère de Nicky Wire, bassiste du groupe. On ne parle bien que de ce que l'on connaît.
Bref, une chose en amenant une autre, la première loi belge qui organisait les bibliothèques publiques -dite 'loi de 1921'- nous la devons à Jules Destrée. Egalement père de l'enseignement obligatoire jusqu'à 14 ans, Destrée était socialiste.

La meilleure illustration pour cet article se trouve sur le site du 'cartoonist' Mark Stivers : http: //www.markstivers.com, à la date du 12/12/2002...il y a un copyright dessus...respect donc.