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27 mars 2009

La tache brune, en haut à gauche


Dans cette bible des bonnes manières datée de 1915 et découverte parmi un récent arrivage de dons, un intéressant chapitre intitulé 'Devoirs envers les choses'. Tout un programme. Premier paragraphe, les livres :

"Le livre est le porte-parole qui établit entre deux inconnus, l'auteur et le lecteur, un échange de pensées. A ce titre il mérite politesse et considération. Ne le maltraitez donc point, le déchirez pas, ne l'abimez pas; gardez-vous de déshonorer ses marges en le coupant sans précaution, de vous servir de lui pour éteindre votre bougie le maculant ainsi d'affreuses taches de graisse, de tourner ses feuillets, -oh! cela est horrible- en mouillant de salive le bout de l'un de vos doigts, de l'ouvrir violemment sans souci de rompre les fils qui l'assemblent, de corner le coin de la page où vous vous êtes arrêté au lieu d'y placer un signet. Respecter le vêtement du livre car c'est souvent celui d'un ami, et, autant que cela vous paraît possible, assurez sa conservation en le faisant cartonner ou relier. Que dirais-je des livres prêtés! Rien de plus malhonnête que de les perdre ou de les rendre dans un état lamentable."

Dans un constant souci de perfection, j'avais rapatrié l'ouvrage chez moi. Quelques leçons de savoir-vivre ne sauraient me faire de mal. En toute logique, je l'avais déposé sur le bureau, à côté d'autres lectures en attente. Le félin malade du cerveau qui squatte mon habitation passa par là. Parmi tous ces bouquins, sur lequel croyez-vous soulagea-t-il son estomac, trop plein sans doute d'un repas avalé à la hâte?

23 mai 2008

Ex-Libris

Les dons, souvent -et inexplicabement- échouent par vagues. Plusieurs arrivages en nos murs en l'espace de deux semaines. Tri rapide. Quelques petites choses intéressantes. Dont certaines agrémentées de ceci :

Ci-dessus, dans un 'Fleuve Noir' de 1960, un feuillet, collé en face de la page de titre, porte la marque (devrais-je écrire 'les armoiries'?) et l'adresse de l'ex-propriétaire.


Et ici, dans un 'Folio' de 1990, la même illustration, version 'cachet' -l'adresse a changé.
Bizarre, cette pratique -le cachet, la marque d'appartenance- m'en rappelle une autre, propre à mon travail quotidien. Un bibliothécaire dans l'âme sommeillerait-il en chaque amoureux des livres?

05 novembre 2007

Prévisions

Je l'avais écrit ici, puis je n'y ai plus repensé. Aujourd'hui, impossible de ne pas vous en faire part. Je suis trop fort. Mieux que Paco et Elisabeth réunis. Jugez donc. Le 11 janvier de cette année, je pariais qu'avant deux ans, un lecteur céderait à la bib son exemplaire des 'Bienveillantes'. Aujourd'hui, 5 novembre, soit moins d'un an après, paf, le voilà, en première position dans un joli sac en papier, avec une dizaine d'autres titres plus ou moins récents. Persuadé que la généreuse donatrice faisait partie des centaines de personnes ayant acheté la brique littelienne sous la pression médiatique, je me suis contenté de la remercier -chaleureusement encore bien. Lui demander si elle l'avait apprécié risquait de la mettre dans l'embarras.

26 février 2007

Indiscretion

"Les lettres semblaient rangées par date et, après avoir hésité, Erlendur en lut une. Il avait le sentiment de s'introduire par effraction dans un sanctuaire et en tirait une forme de honte. Comme s'il s'était posté à une fenêtre d'où il aurait épié les gens".
(Arnaldur Indridason, 'La femme en vert', Métaillé, 2006)
Idem pour moi, simple bibliothécaire et même pas inspecteur de police islandais, comme Erlendur. Idem lorsque je lis presque involontairement ces quelques lignes, griffonnées sur un signet oublié dans un livre. Ce ne sont souvent que quelques mots sans importance, mais pas toujours. Idem aussi quand il s'agit de trier ces caisses de dons que ton fils m'a apportées. Titre après titre, ces livres qui autrefois t'appartenaient, m'en disent plus sur toi que je n'en ai appris lors de notre unique rencontre. Tu n'avais sans doute jamais pensé qu'un jour je me retrouverais à les classer en deux piles n'est-ce pas? D'un côté les 'à garder' et de l'autre, ceux 'à évacuer'. Et moi, à chaque caisse que j'ouvre, je me sens comme Erlendur, un intrus dans ton univers.

10 février 2007

Dédicace

Reçu hier 'La perle' de Steinbeck, édition de 1950 chez Gallimard, à la couverture inhabituellement illustrée pour un bouquin de la nrf. Sans doute s'agit-il d'une réédition 'spéciale' à l'occasion de l'adaptation cinématographique du livre : la photographie de la couverture en question est tirée du film. Sa précédente propriétaire se l'était visiblement vu offrir, c'est du moins ce que m'indique la dédicace lue en première page : 'En espérant que ce livre restera pour toi un bon souvenir de mauvais jours. Et avec mes remerciements pour le prêt'. Si j'étais scénariste ou romancier, peut-être trouverais-je ces deux phrases suffisament énigmatiques pour en faire le point de départ de l'une de mes intrigues. Il me plait en tous cas de leur donner une seconde vie en ces lieux webiens.

11 janvier 2007

Prévisible

Ca y est, il est arrivé. Planqué au fond d'une caisse. Je sentais que ça n'allait pas tarder : ils en ont vendus tellement. Le premier exemplaire du 'Da Vinci Code' -édition grand format de 2004 svp!- généreusement offert par un lecteur. Je suppose que les autres ne vont pas tarder. Les dons suivent les ventes. Je ne compte plus les 'Alchimiste' de Coelho, les 'Ramsès' de Jacq ou les 'Brûlée vive' de Souad qui ont échoués ici, rejetés par leur propriétaire. Je parie qu'avant deux ans, je recevrai un premier exemplaire des 'Bienveillantes'.

11 octobre 2006

Intrus

Ce sont les petits plus que l'on découvre en triant les caisses de dons : cassettes vidéos, cartes routières et autres annuaires téléphoniques. J'ai même eu la surprise de trouver une montre, dans son écrin, dont la marque m'a fait penser qu'elle valait un paquet de fric. Pas de panique : je l'ai rapportée à son propriétaire. Aujourd'hui, 5 caisses à trier. Hormis un nombre impressionnant de cartes postales, pas d'intrus. Mais une dédicace interpellante, en première page de 'La paille et le grain', chronique des années 71 à 74 par François Mitterrand. Me réjouis de lire celui-là. Bref, la dédicace :

'D'une charogne à une perle rare
A toi que je ne sais pas oublier
A toi que j'aime plus que tout au monde
Pour que notre amour existe le plus longtemps possible'

Je m'interroge, la dédicace fait-elle référence à l'auteur du bouquin, ou la dédicaceuse souffrait-elle d'un sérieux problème d'estime d'elle-même?

17 août 2006

En toute discrétion

Ce matin, devant la porte, un sac en plastique bleu aux couleurs d'une chaîne de magasin de chaussures. A l'intérieur : 3 livres. Les trois tomes de la biographie de De Gaulle par Jean Lacouture. Plus de 800 pages chacun. Un coup d'oeil me suffit pour voir qu'il ne s'agit pas d'un retour anonyme de livres en retard. Ca arrive encore bien, quand un lecteur essaye d'éluder l'amende. Je me demande s'ils croient vraiment que cette méthode leur permet de rester inconnus...
Bref, les Lacouture sur le pas de la porte, ce n'est pas un retour mais un don. Anonyme.

21 juin 2006


Du beau papier

Il est assez fréquent que les différents organismes officiels envoient gracieusement aux bibliothèques publiques un exemplaire de leurs publications. Ceci dans le but louable d'en faire profiter le plus grand nombre. C'est finalement un peu de l'impôt qui revient aux citoyens-usagers des bibliothèques. Aujourd'hui donc, la Chambre des Représentants nous envoie un bien beau livre : jacquette couleur, papier glacé et reliure soignée. Le genre de bouquin qui fait vraiment chic sur votre table de salon quand les photographes du magazine 'Déco' viennent flasher votre intérieur. Son titre : "The Belgian House of Representative", version abrégée et en langue anglaise de "Histoire de la Chambre des Représentants de Belgique", déjà reçu il y a deux ans de cela.
Est-il nécessaire de préciser ici à quel point ma joie fut difficilement contenue ce matin à l'heure d'ouvrir mon courrier et d'y découvrir cette merveille? Car nul doute que cette édition dans la langue de Shakespeare viendra combler un manque. Elle ravira mes nombreux lecteurs conjointement férus de langues étrangères et d'histoire de Belgique. Elle satisfera également les touristes d'outre-manche qui affluent nombreux de mai à septembre et qui n'en peuvent plus des seuls Barbara Taylor Bradford et autres Agatha Christie que je peux leur proposer pour garder le contact avec leur langue natale....

04 juin 2006

Astérix




C'était au début. Vraiment le tout début de ma carrière de bibliothécaire de campagne. Les choses se mettaient tout doucement en place. Motivation au top. Tu es arrivée un après-midi, je m'en rappelle très bien, c'était une belle journée d'été et j'ai eu l'impression que le soleil prenait un malin plaisir à mettre ta pâleur maladive en évidence. Tu ne t'es pas inscrite, tu n'as pas souhaité emprunter de livre, tu m'as seulement demandé si j'étais intéressé par un don. La série complète des 'Astérix', rien de moins. J'ai dit 'oui’ bien sûr et nous avons convenu d'un rendez-vous chez toi, quelques jours plus tard. Tu avais beaucoup de difficultés à marcher, et un deuxième voyage, qui plus est chargée d'une vingtaine de bouquins, t'en aurait trop coûté.
Chemin de terre, nids-de-poule et un bungalow perdu dans la campagne. Je sonne, et dès le moment où tu m'ouvres, je suis littéralement enveloppé par une forte odeur de médicament. Aujourd'hui encore, quand je rentre dans une pharmacie, l'odeur me paraît moins forte que chez toi à ce moment-là.
J'ai compris, et la question de ton âge m'est apparue d'une importance capitale. Je ne l'ai su que quelques semaines plus tard, en découvrant le faire-part de décès dans la presse locale. Nous étions de la même année, tout juste de la même année.
Cette série de bouquins dont tu voulais te débarrasser, elle est toujours là. J'y prends garde, j'ai dû en recoller quelques pages mais je t'assure qu'elle a été empruntée et réempruntée. J'aurais pu y apposer un cachet spécial 'Don de Mlle...', c'était une pratique courante autrefois en bibliothèque. Mais non, finalement, moi seul en connaîtrai la provenance.
Ils ont longtemps conservé cette odeur de pharmacie dont ils étaient imprégnés et, certains jours, lorsqu'ils me passent entre les mains, il me semble qu'elle est toujours là.