03 novembre 2008

Fournisseur exclusif

Désarchiver, ce n'est jamais drôle. On repousse, on diffère, on atermoie. Jusqu'au jour où il faut bien s'y mettre. Les pieds de plombs, on s'avance, résigné et certain de n'avoir devant soi que d'arides documents à retirer des fardes, avant de les désagrafer et de les envoyer dans la caisse 'papier à recycler'.
Et puis on tombe sur ça.



(cliquez sur l'image pour être sûr de ce que vous lisez...)

21 octobre 2008


Ardoise

A mon père :
Les livres, au coeur de la maison. Beaucoup de bd évidemment, Blueberry et Tintin. Les premières lectures, à peine suggérées. Et aussi, la découverte de sa bibliothèque de classe, porte en bois du milieu sur le palier des 3è humanités.

Au monsieur du PMS :
Après mes humanités et une première année ratée en communication sociale, je vais le trouver avec la profonde conviction de ne pas devoir m'acharner dans cette branche. Une deuxième tentative? Non merci! Je lui parle des études de bibliothécaire. Sa seule réponse fut : 'bonne idée'.

A mon premier maître de stage :
La bibli, c'est pas toujours drôle et les bibliothécaire peuvent se révéler de sacrées têtes de cons.

Aux deux Marc, militaires en charge du centre de documentation de la gendarmerie -du temps où elle existait encore :
Premier boulot rémunéré dans la profession. Ils m'en ont plus appris en terme de service au public que mes trois années d'études. Au bout des six mois passés en leur compagnie, j'avais aussi intégré l'importance du 'bib-look'. Une bib en ordre et -pourquoi pas?- fleurie, et l'humeur d'une bonne partie de vos usagers s'en verra positivement modifiée. Ce qui ne manquera pas d'avoir des effets sur la vôtre. Encore aujourd'hui, j'applique.

A mon boss pendant 4 ans :
Néerlandophone qui voulait un francophone pour adjoint. Pour la confiance et la liberté très vite accordées. Pour le travail effectué sérieusement sans pour autant se prendre au sérieux. Pour les phrases qu'il commençait en français et que j'achevais en néerlandais.

A Bruxelles :
Quatre années de boulot à deux pas de la Grand'Place. Brassage de cultures. Petits cafés où le français et le néerlandais s'entrechoquaient aussi naturellement que les verres de bière. Bouquineries écumées du Boulevard Lemonnier.

Au bourgmestre qui m'a engagé :
Evidemment, il y a eu un examen et un jury. Mais qu'on ne me fasse pas rire : je sais que s'il avait dit non, les autres auraient suivi. Pour avoir tenu parole ("vous aurez des moyens financiers") et pour avoir placé cette bibliothèque au milieu du village.

A Philippe Djian :
Pour le titre de cet article dont l'accouchement fut si lent.

02 octobre 2008

Carotte La semaine passée, se trouvait dans notre courrier un exemplaire d'un nouveau magazine de cuisine, gracieusement envoyé par son éditeur, à titre de démonstration. 'Cook magazine' que ça s'appelle. Le sous-titre ferait frissonner de plaisir un DRH en mal d'appellations professionnelles anglophones incompréhensibles : 'Le magazine pour l'AmaProf'. Des poètes, j'en mettrais mon ustensile culinaire favori à couper. Mais enfin, on ne peut pas leur retirer ça, ils s'expliquent : 'Ce magazine trimestriel s'adresse aux nombreux cuisiniers amateurs passionnés qui veulent se lancer dans l'"AmaProf", une cuisine qui se situe un cran au-dessus de la cuisine de tous les jours'. Fiat lux.
Bilingue français-néerlandais, papier glacé et photos artistiques, l'objet ferait sans doute chic sur certaines tables basses. Une sympathique missive accompagnait donc l'envoi, nous vantant les mérites de l'assommante brochure (ça pesait son poids ce truc, au moins deux fois celui du 'Elle' de septembre) : 'Cook magazine est uniquement disponible par abonnement et n'est pas en vente dans les kiosques'. Ben oui, l'AmaProf, c'est pas pour les ploucs, faut être abonné. Hormis cet indéniable plus, peu d'avantages en fait. Sauf celui-ci qui, aujourd'hui encore, me titille les neurones de la curiosité : 'Si vous optez pour un abonnement de trois ans, vous recevrez un magnifique cadeau que vous pourriez utiliser afin de motiver vos collaborateurs'.

25 septembre 2008

Archives
Je vois qu'ici et là certains blogueurs particulièrement inventifs n'hésitent pas à remettre quelques-uns de leurs anciens posts en évidence, genre 'il y a un an, j'écrivais ici...'. Une telle originalité me laisse pantois, dévoré d'envie et perclus de jalousie. Comment n'y ais-je pas songé? Si je regardais un peu plus la télé, peut-être est-ce moi que cette formidable idée de recyclage à peu de frais et sans effort aurait percuté en premier? Blessé dans mon égo de blogueur et trop fier pour copier servilement la démarche, je vous invite, les semaines où vous me sentirez trop fade pour hanter ces lieux, à utiliser la petite colonne de droite, judicieusement intitulée 'archives de blog'.

18 septembre 2008

Rick Wright




Le lendemain matin, j'ai décroché 'Dark side' dans ma discothèque et mes clés à la porte d'entrée. Une fois en route, l'intro tant de fois écoutée vint me rassurer : tu n'étais plus là, mais ta musique persisterait. Délaissant le premier pont et mon parcours des matins habituels, j'ai poursuivi sur la rive gauche. A la fin de 'Breathe', je longeais la centrale qui, de l'autre côté du fleuve, n'en finit pas d'élever ses colonnes de vapeur. J'ai traversé la ville sans m'arrêter, pour arriver à la bib au milieu de 'The great gig in the sky', ton morceau de bravoure, l'une des perles du disque.

14 septembre 2008

Bibliobus

Vendredi, 17h. Beaucoup de monde et je suis seul au comptoir.
Ton fils, un pré-ado gentimment déconnecté, me ramène cinq bouquins, dont plusieurs bien épais, qu'il a empruntés lundi dans l'autre bib, la petite, dans le village où vous habitez. J'en suis sûr, c'est moi aussi qui 'pointe' là-bas. Je me permets -assez sèchement- de lui faire remarquer qu'il pourrait les ramener là, parce qu'après c'est quand même bibi qui les trimballe. Il fait simplement 'ah' et me demande la suite de l'un des cinq.
- 'ben, forcément, ils ne sont pas ici, ils sont à..., là où tu as empruntés ceux-ci'. Nerfs. Toi aussi, visiblement, parce que tu ne sembles pas apprécier que l'on envoie ses 4 vérités à ton petit.
Tu l'entraînes vers la sortie : 'allez viens, visiblement il n'a pas envie de te prêter de livres'. Comme je te demande de préciser, tu me réponds :
- 'ben oui, de toutes façons, vous n'êtes jamais agréable'.
- 'je ne suis jamais agréable?'
Moins sûre de toi sans doute, tu te contentes d'un 'non' bougon et tu te barres, entraînant ton gamin dépité derrière toi. Je peux m'occuper des autres lecteurs.
Bon, j'ai été assez ours, comme je peux parfois l'être avec les usagers incapables de respecter les bases du règlement. Ou avec ceux qui me prennent de haut. J'espère que tes mots ont dépassé ta pensée, parce que finalement, je l'aime bien ton lecteur de fils. Et c'est sans doute pour ça que je lui parle comme si c'était le mien.

07 septembre 2008

Elbow

Ce matin-là, il paressait dans son lit. Ce n'était pas courant, mais ces derniers jours sortaient définitivement de l'ordinaire. En vacances dans le nord de l'Espagne, il n'avait pour toute compagnie que ses parents. A 37 ans, même s'ils ne lui imposaient rien, et s'il ne se privait pas de leur faire part de ses envies, il avait l'impression de se laisser porter par le courant, comme lorsqu'il vivait chez eux et que, enfant, il allait où eux allaient, mangeait ce que sa mère avait préparé et regardait ce qu'ils avaient décidé de regarder à la télé. C'était comme si, durant la journée de voyage pour arriver jusqu'à cette maison, il avait abandonné en bord de route une partie du contrôle de son existence, avec l'idée de la récupérer au retour. Il se levait tard, déjeunait sur la terrasse et passait une grande partie de la journée à lire ou à écouter Blonde Redhead et Mogwai -ces derniers venaient de sortir 'Happy songs for happy people' et il ne s'en lassait pas.
Il lui semblait que le temps entre l'apéro de midi et celui du soir devenait de plus en plus court. Cela se sentait surtout les jours où le frigo était suffisamment rempli pour rendre toute virée de réapprovisionnement inutile. La journée s'écoulait alors sans coupure, sans voiture que l'on sort et sans autre rencontre que celle des lézards qui arpentaient les abords de la villa. Evidemment, ils avaient poussé jusqu'aux quelques grandes villes des alentours, visité l'un ou l'autre site historique pas trop éloigné et sacrifié du temps aux vitrines des commerces environnants. Ca ne le dérangeait pas, mais ça l'intéressait moins que dans une ville de langue française, dans laquelle l'opportunité de rentrer dans une librairie n'était jamais exclue. Il se débrouilait en espagnol, mais pas au point de lire Marias ou Mendoza dans le texte. Et les deux ou trois disquaires qu'il avait trouvés sur sa route ne proposaient rien d'exceptionnel ou qu'il ne puisse acquérir au même prix chez lui, en Belgique.

Ce matin-là, il paressait dans son lit. Sa journée commençait mieux que prévu. Le sms qu'il venait de recevoir ne comportait qu'une ligne, une phrase extraite d'une chanson d'Elbow. Bien sûr, il pouvait, de mémoire, compléter le couplet qu'elle entamait, l'écrire et l'envoyer en réponse à sa correspondante. Ce qu'il fit. Convaincu que ce sms scellait quelque chose entre eux, il prit la résolution de le conserver dans la mémoire de son gsm. Il y est toujours. Et depuis, quel que soit l'album d'Elbow qu'il écoute, il lui rappelle à chaque fois cet instant précis. Si besoin était.





05 septembre 2008

Un iceberg vaut parfois mieux que deux tu l'auras

Depuis que les lieux publics sont devenus 'non-fumeurs', le seuil de la petite porte réservée au personnel de l'administration communale a acquis un nouveau statut. Si vous voulez être sûr de coincer le bourgmestre ou un échevin, "it's the place to be" (j'emploie un vocabulaire 'in', histoire de me rattraper au bord de la fosse des 'has been' dans laquelle la suite de ce billet va définitivement me précipiter). Et la clope étant synonyme de détente (pour les fumeurs en tous cas...), votre interlocuteur sera logiquement de meilleure composition que si vous vous étiez fixés rendez-vous dans son bureau. Bureau dans lequel il compenserait le manque de cigarette en tapotant frénétiquement les touches de son GSM dernier cri, ce qui ne manquerait pas de vous énerver parce que vous subodoreriez qu'il n'en a rien à fiche de ce que vous lui racontez. Bref, autant se trouver là, sur ce seuil enfumé.

- Ah, dis, j'en profite pour te présenter Mlle..., c'est la nouvelle assistante pour les classes de maternelles...

Je tends la main, salue et me dis enchanté (je suis comme ça : à priori, je suis enchanté)

- Ben, tu fais pas la bise toi?

Certes si, mais pas si tôt. Lorsque je rencontre pour la première fois une représentante du sexe opposé, je salue d'une poignée de main -point trop vigoureuse. Car enfin, c'est quoi cette familiarité immédiate? Si l'on bise tout le monde à la première rencontre, que signifie encore ce baiser? N'est-il normalement pas le signe que l'on se connaît, que l'on a déjà au minimum échangé quelques mots?
Cette poignée de main, que je veux bien qualifier de désuette, aurait-elle définitivement acquis le statut de ringarde?
Et le temps de faire connaissance, cher politique, qu'est-il devenu? Serait-ce que, ce temps-là, la majorité de vos congénères ne le prennent plus, trop pressés qu'ils se trouvent à séduire, emballer et convaincre par la seule force de leur paraître et de quelques phrases creuses?
Il est vrai que faire connaissance plus en profondeur avec eux ne jouerait pas toujours en leur faveur. Mieux vaut parfois rester en surface.

29 août 2008

C'est ouvert mais c'est fermé

Notre femme de ménage préférée (j'écris ça parce que -qui sait- elle me lit peut-être et je ne tiens pas être privé de son café matinal) circule pas mal dans le bâtiment. Et, lorsque la bib est fermée au public, elle ne prend pas nécessairement la peine de donner un tour de clé à chaque fois qu'elle quitte une pièce pour y revenir quelques minutes plus tard. Lundi dernier, jour de fermeture donc, elle trouve un de nos fidèles lecteurs et non moins digne représentant du 3ème âge, errant dans les rayons.

Grand panneau 'horaires'? Pas vu!
Affichette 'fermé' juste en-desous du dit panneau? Fondue dans le paysage!

- euh, monsieur, c'est fermé aujourd'hui la bibliothèque...
- hein quoi? mais non c'est pas fermé aujourd'hui!
- si, si, je vous assure, on est lundi, ce n'est jamais ouvert le lundi.
- m'enfin, non, c'est pas fermé aujourd'hui!

Elle l'emmène jusqu'au panneau 'horaires' plaqué sur la porte d'entrée (quand elle est décidée, faut pas l'emmerder). Il regarde. Se renfrogne.

- ben, et on ne peut pas lui téléphoner au bibliothécaire, pour qu'il vienne?

22 août 2008

Back
Mercredi matin, première 'grosse journée' de reprise après 4 semaines de congés. On embarque dans le taxi les livres partis en vacances avec nous, et les enfants à déposer à droite et à gauche.
Question récurrente au moment où claquent les portières :
"Papa, tu mets quoi comme musique?". Je ne sais pas pourquoi, mais j'avais envie d'écouter ça :

"C'est comme la fin du siècle
On aura tout compris Même les Shérifs ceux qu'on achète On les distingue mal des bandits On a tout eu Ce fut un siècle formidable Quelques malentendus seulement Des histoires, des histoires Garde les yeux ouverts"

24 juillet 2008

Pause estivale

A défaut de cimenter les opinions divergentes exprimées en ces lieux, le bibliothécaire de campagne, en vacances, troque son clavier pour d'autres instruments, plus basiques.

Instruments qui ne se révèlent pas nécessairement plus simples à utiliser, du moins si l'on veut arriver à un résultat acceptable.

18 juillet 2008



Le revers de la technique

"A chaque avancée technologique, petit recul d'humanité", me disait l'autre jour mon libraire préféré. C'était un simple constat, pas une plainte. Nous parlions d'informatique évidemment. "L'informatique en librairie nous a fait gagner beaucoup d'argent, beaucoup plus que je ne l'aurais cru possible. Et je ne voudrais pas revenir en arrière. Mais je dois bien constater que les procédures mises en place -les procédures automatisées- conduisent parfois à des erreurs. Erreurs qui ne sont pas sans conséquences sur nos relations avec les clients."

Je ne voyais que trop bien ce qu'il voulait dire. La réception par certains lecteurs d'une lettre de rappel m'a déjà personnellement mené sur des sentiers que j'aurais préféré éviter. La lettre qu'ils reçoivent leur paraît sèche et injustifiée, pour ne pas dire injuste. Pour peu que vous ayez effectivement commis une erreur, le drame n'est jamais loin. Les trésors de diplomatie déployés n'y changent parfois rien : certains en restent vexés à tout jamais et n'y reviennent plus.

Il n'empêche : moi non plus, je ne voudrais pas revenir en arrière.

16 juillet 2008

Pour quelques secondes de plus

Ce matin, je suis monté par la même route que toi. C'est l'une des plus sinueuses qui mène au village, et sans doute la plus boisée. En cette saison, le vert des arbres donne par moment l'impression de traverser un tunnel. Le revêtement récent pousserait presque à forcer la vitesse. Je comprends qu'elle reste, année après année, l'un des rendez-vous les plus prisés dans le domaine des courses de côtes. Quatre jours après toi, j'arrive au sommet et la musique planante de Sigur Ros touche également l'un de siens. A vitesse réduite, je passe devant le poteau en béton, des fleurs le garnissent déjà et les traces noires sur le sol témoignent de ta trajectoire. Il est tellement excentré de la route : les organisateurs n'avaient pas pensé à placer l'un de leurs énormes sacs de sable devant. Sans doute y songeront-ils l'année prochaine.
Je lis dans la presse que tu étais quelqu'un de bien, je veux bien le croire. Ils écrivent également que tes essais s'étaient plus que correctemement déroulés, ce qui t'avait peut-être donné un peu trop d'assurance. Sans doute as-tu voulu tenter de livrer un meilleur résultat. Gagner quelques secondes. Tout comme moi en cet instant. Je ne tiens pas à couper Sigur dans son élan vocal, je veux arriver à la bib sur la fin ce morceau. Je ralentis.

14 juillet 2008

L'horrible impact

L'autre soir, au JT de la RTBF, la porte-parole de Siemens tente de noyer le poisson du nombre d'employés belges concernés par le nouveau plan d'assainissement de son employeur : 'nous ne savons pas encore combien de personnes seront impactées par ces mesures' lâche-t-elle, aussitôt pardonnée pour ce néologisme rébarbatif : visiblement, il s'agissait d'une néerlandophone.

Le lendemain matin, en radio, toujours sur la RTBF,
une jeune journaliste, trop fainéante pour remanier le communiqué de presse de l'allemande société ou -pire- croyant peut-être faire preuve d'originalité langagière, reprenait texto l'horrible expression.

Nul doute que par cette info, elle ne se sentait guère concernée.

02 juillet 2008

Objectif propreté (3)

Chose promise, chose due...



Je vous avais prévenus : celui-ci fait nettement plus trash. D'un autre côté, avouez que plus 'parlant' on ne fait pas : le gosse qui voyait ça en première page de son bouquin comprenait exactement ce qu'on voulait lui dire...

Je m'y attend dès à présent, les réactions vont fuser : 'et de son point de vue, l'escargot est un animal bien propre', ' et pourquoi la SPA n'a-t-elle pas réagi à l'époque?' etc etc... Autres temps, autres moeurs!