30 octobre 2007


Obligations

A la bib : la fin d'année reste synonyme d'échéances à satisfaire. Et cette année me semble pire que les autres. En cause, une formation assez longue à laquelle je fus 'cordialement obligé' de participer. Six jours pleins durant lesquels pas de catalo, pas de suivi des périodiques ni des commandes et autres factures et autant de retard à rattraper au retour.
A la maison : chaque week-end mis à profit pour poursuivre l'aménagement du grenier. Et aussi la routine, les courses, le ménage, le taxi à faire pour les enfants.

Alors que tout ce que je voudrais, ce serait m'assoir (ou me coucher dans un parc, mais dans un pays chaud alors...) et lire.

09 octobre 2007

Maman

D'habitude, tu rentres dans la bibliothèque, tu déposes les livres de ta fille et, si elle m'en a réservé d'autres, tu attends que je les ai enregistrés sur sa fiche avant de t'en aller. Aujourd'hui, tu avais envie de parler. Depuis 15 jours, ta fille ne rentre plus tous les soirs. Elle est à l'université, à Liège, et bien que ce ne soit finalement qu'à une quarantaine de kilomètres, la durée du trajet en transports en commun était décidément trop pénible. Cinq jours sur sept, elle loge là-bas. L'impression, entre ton mari toujours sorti et ta fille qui s'éloigne, d'un grand vide soudain. Le village : un trou perdu dans la compagne. Pas de voiture. Pas de travail hormis la maison à tenir. Et pour qui désormais? Il n'y a pas si longtemps, tu l'attendais. A heure fixe, elle rentrait de l'école en bus. A heure fixe, tu lui préparais son repas. Et le reste devait être à l'avenant. A quoi bon à présent? Tu n'as laissé planer aucun doute, ça ne tenait pas du regard ou du geste : tu l'as dit clairement : "c'est dur".
Je t'ai rappelé à quel point la vie d'étudiant pouvait être gaie. La liberté, les amis, la guindaille. Et les bons souvenirs que j'avais gardés de cette époque dans la Cité Ardente. Cela t'a un brin remonté le moral. Mais j'avais un avantage sur toi : nous, les parents divorcés, nous sommes très tôt confrontés à ne plus retrouver nos enfants chaque soir de la semaine.

08 octobre 2007

Deux

Voilà, ça y est, les candidatures ont été reçues et évaluées. Les postulants ont été entendus. Le jury a fait son choix. Choix qui me semble être le bon. Après douze ans en solitaire, dont plus de la moitié à réclamer inlassablement du renfort, j'ai du mal à me faire à l'idée que l'objectif est atteint. Si vous travaillez dans l'administration, il vaut mieux être patient. Et quand les choses que vous souhaitez finissent par arriver, vous les aviez depuis tellement longtemps en tête que vous en êtes déjà à réfléchir à l'étape suivante. Un mi-temps? Très bien. Et comment vais-je leur faire comprendre que ce ne sera pas suffisant?
Au-delà de ça, l'irruption de quelqu'un d'aussi qualifié que moi risque de tournebouller ma vie de bibliothécaire peu habitué au travail en équipe. Sans doute ais-je, consciemment ou non, développé des méthodes et des habitudes sur lesquelles ma nouvelle collègue ne manquera pas de jeter un oeil cru. Et qu'elle proposera de modifier. Sans doute aussi prendra-t-elle sa part de responsabilités dans cette gestion quotidienne qui m'alourdissait de plus en plus. C'est donc bien de délégation et de partage qu'il s'agira. Et de considérer que cette bibliothèque n'est, dès à présent, plus "ma" bibliothèque.

21 septembre 2007


Dis moi ce que tu lis, je te dirai...


A propos de certains usagers boulimiques, ceux dont je parlais dans mon précédent post (la tribu des 'je ne sais plus si je l'ai dejà lu celui-là'...). Il arrive régulièrement que l'un ou l'autre m'interroge : 'Et avec votre ordinateur, vous ne pouvez pas voir si je l'ai déjà emprunté ou pas?'. Et chaque fois, sans aucune trace de lassitude, je leur explique que non, que conserver la liste des titres qu'ils ont empruntés serait une atteinte à leur vie privée. Je vois bien à leur regard étonné qu'ils trouvent que j'exagère. Le biblio, il aime encore bien hein, la théorie des grands complots. A leurs yeux, qui pourrait bien être intéressé par le fait qu'ils aient emprunté toute la série des Christian Signol ou qu'ils restent de farouches amateurs de Patricia Cornwell? Effectivement, parce que vivre en démocratie endort la méfiance de certains envers les infos que les 'services publics' collectent. Et que, contrairement aux Etats-Unis, chez nous, aucun bibliothécaire ne s'est encore vu obligé de fournir des renseignements à la police concernant les habitudes de ses usagers. Mais si par hasard, il y avait parmi eux un tueur en série, je suis sûr qu'il penserait immédiatement que je n'ai pas tort. Il saurait, lui, comment Morgan Freeman découvre finalement le nom du coupable dans 'Seven'.

10 septembre 2007

Version abrégée


Acheté il y a un peu plus de cinq ans et, selon le merveilleux outil informatisé de gestion de la bibliothèque, prêté sept fois, ce bouquin présentait un défaut qui vient seulement de m'être signalé par une attentive lectrice. La seule parmi les emprunteurs de ce titre. Au niveau de la quatre centième page, il y a effectivement un manque d'une quinzaine de feuillets. Pas perdus ou déchirés, non, la reliure intacte montre bien qu'il s'agit d'un défaut d'origine.

Alors quoi? Les 6 autres ne l'ont-ils pas terminé? N'ont-ils tout simplement rien remarqué? (peut-être s'agissait-il de membres de la tribu des 'j'en ai lus tellement qu'à voir la couverture comme ça, je ne sais plus si je les ai déjà pris') Ou alors, ont-ils eu 1. peur de me le signaler (j'avoue, certains samedis matins, je zappe le rasage et c'est 'tête de bagnard ' au comptoir de prêt) ou 2. pas envie de me le dire? ('pas de raison que je sois le seul à me faire avoir!')? Mon logiciel ne me permet pas de voir qui furent ces -au choix- distraits/peureux/dégoûtés d'Hemingway/vengeurs. Dommage dommage.

06 septembre 2007

Oubli

C'était les vacances, juste avant que je ne fourre mes bagages dans la voiture et une fois rentré, j'ai oublié de vous en parler. Brigitte, dans son blog 'Littératura', parle de ce blog, le mien, les 'Carnets'. Ce qu'elle écrit est assez bien vu et donc voilà, retour d'ascenseur. Merci à elle et bonne route sur le web!

Nettoyage par le vide

Première visite de classe et déjà du nouveau, de l'imprévu. Le public scolaire reste décidément une valeur sûre. Ne croyez jamais avoir tout vu ou entendu : patientez. La surprise surgira au bord du comptoir. Elle est cette fois venue d'un gamin de 8-9 ans. Depuis plusieurs années, ses frères et soeurs avaient tracé la voie : le nombre de bouquins non-restitués leur assure à chacun une place de choix dans mon top 10 des 'usagers pénibles'.

Celui-ci se présente donc devant moi et fièrement me tend le livre qu'il compte emprunter. Un oeil sur lui, l'autre rivé à mon écran, je constate qu'il n'a pas rendu le dernier bouquin emprunté en juin. J'y vais franco : "Mmmm, tu n'as pas ramené ton livre de l'année passée". Bouche ouverte, yeux ronds, il attend la suite. C'est le début de l'année scolaire, il m'espère sans doute compréhensif et coulant. Je poursuis donc : "J'ai envoyé une lettre de rappel". Il me regarde et percute visiblement : "Ah oui, maman l'a reçue, elle ne savait pas que c'était un livre de la bibliothèque, alors elle l'a jeté à la poubelle". Tadaaaam.








26 août 2007


Incommunicado


"A part le flic qui pelletait, ils m'ont tous regardé comme si j'étais un crétin, et pourtant je disais vrai, ce qui montre comment les gens n'arrivent jamais à se comprendre les uns les autres ni à savoir quand quelqu'un dit la vérité ou non."

Odell Deefus, un jeune homme tout frais sorti de son patelin perdu, mi-innocent mi-bonasse, se retrouve malgré lui entraîné dans un engrenage qui le conduira jusqu'au bout de la logique anti-terroriste américaine. Tombé en panne dans le petit village de Callisto, il est recueilli par un type dont il n'arrive pas à déterminer s'il doit le classer parmi les gentils ou les méchants. Et c'est bien là tout le problème de Deefus. Il divise ses congénères en deux catégories, mais comme il manque d'expérience, il classe un peu vite le moindre pékin un rien aimable parmi les gentils. Ce qui ne manque pas de se retourner contre lui, vu l'extrême propension d'une partie de l'humanité à profiter sans vergogne de l'autre, jugée décidément trop conne. Un cadavre, puis deux, suivis par des paquets de drogues et des allusions à des projet d'attentat 'islamite' vont placer Odell sous l'oeil suspicieux des forces de l'ordre. Pris dans leur propre logique (trouver un coupable à tout prix et le faire parler), les flics se montreront incapable de voir en Odell ce qu'il est réellement : un pauvre couillon happé par une machinerie qui le dépasse. Ecrit à la première personne (c'est Odell qui parle), 'Callisto' fait d'abord penser à un polar de Westlake : drôlatique dans sa description d'un plan apparemment sans faille qui finit en un flop monumental en raison de la bêtise de ses protagonistes. Puis, sans que jamais l'humour ne fasse défaut, le roman en rappelle un autre, ce fameux 'Conjuration des imbéciles' de JK Toole, dans lequel la singularité d'un individu (il est pas comme tout le monde...) et l'incommunicabilité que cette singularité induit mènent au désastre.
"Callisto" de Torsten Krol, Buchet-Chastel, 2007

24 août 2007

Briseur de ménage

Me tendant son choix de livres au comptoir :
- Je ne vais pas en prendre trop, sinon, je vais encore en entendre de ma femme
- Quoi, elle vous reproche de beaucoup lire?
- Ben oui, 'on n'entend jamais rien hors de toi' qu'elle me dit. Qu'est-ce que vous voulez que je lui dise? On est tout le temps ensemble, on a vu les mêmes choses. A nos âges, hein?
- Justement, en lisant, ça vous permet d'avoir des choses à lui raconter...
- Ouais, je vais plutôt lui dire qu'elle se mette à lire elle aussi!
Du renfort

J'ai un peu de mal à y croire. Après plus de douze ans à officier ici en solitaire, la commune vient de lancer un appel public pour recruter un 'employé de bibliothèque' à mi-temps. Plus de six ans que j'attends ça. Je modère quand même mon enthousiasme : pour une véritable amélioration du service et un allègement sensible de mes tâches (ne plus devoir assumer toutes les heures d'ouverture au public...) il s'agira de tomber sur la 'bonne' personne. Définissez ce terme svp.

11 août 2007

Reprise des hostilités

Vous n'aviez pas oublié : c'était bien aujourd'hui que je recommençais. A 9 heures précises, la première d'entre vous attendait là -pile derrière la porte- que je tourne ma clé dans la serrure. Ensuite, le défilé n'a connu que de très courtes pauses. Par curiosité, j'ai demandé un petit bilan au système informatique à 18h30 : le nombre de titres rentrés et sortis équivalait à deux 'bonnes' journées habituelles. De quoi le mettre sur les genoux, le biblio de campagne.

Et puis, il y a eu tout le reste, tout le quotidien de mes journées 'normales'. Pas de répit, vous n'avez pas pu attendre un jour de plus. Il y a eu l'ado de 16 heures qui m'a si poliment demandé 'il me faudrait 'Cabot-Caboche' de Daniel Pennac', comme si j'étais Billy Crystal et lui Robert De Niro.
Vos caisses et sacs de dons qui devaient impatiemment attendre leur migration vers la bib.
Deux avis de décès, dont l'un avec moult détails.
Des demandes d'acquisition.
Et une petite phrase, sel des heures passées derrière mon comptoir : 'C'était un bon bouquin, vraiment très prenant et très très plausible. Mais quand même un peu tiré par les cheveux.'

06 juillet 2007

Pause

Demain samedi, dernier jour. Un mois sans mettre un orteil ici. Alternance de vraies vacances délassantes (dont un séjour sur une île française) et de travaux dans la maison en perspective. Plus de temps pour lire aussi.
Qui sait, je reviendrai peut-être avec plein d'idées d'articles pour le blog qui, en ce moment, ne brille pas par son activité débordante, je le reconnais.
Les futurs mois s'annoncent plutôt positifs pour la bib : le ciel se dégage au niveau d'un renfort en personnel. Avec un peu de chance, le mois d'octobre devrait coïncider avec l'arrivée tant attendue d'un ou une collègue à mi-temps. L'époque du travail en solitaire serait-elle révolue? De plus, le nouveau matos informatique destiné à élargir l'offre en nombre de postes publics vient d'être livré et installé : de 2, on passe à 5 pc, dont 4 linuxiens pur jus. Fini de refuser du monde pour cause de postes occupés. Allez, bonnes vacances à vous tous et à dans un mois donc!

25 juin 2007

Tempus fugit; banalités.


J’ai été surpris. Tant mieux, j’étais sans doute le spectateur idéal aux yeux du réalisateur. J’ai commencé à regarder cet épisode de ‘Six Feet Under’, et je ne savais pas que c’était le tout dernier de la série. A dix minutes de la fin, Claire s’embarque pour New-York et, tandis qu’elle parcourt des kilomètres sur l’autoroute, on assiste à un résumé de la vie future des principaux personnages de la série. Nat est déjà mort, mais les autres, tous ceux que Claire a laissés derrière elle, on les voit poursuivre leur parcours et finalement, chacun à leur tour et d’une façon imprévue, rendre leur dernier souffle. Tout va très vite, aussi vite que la nouvelle voiture de Claire (elle avait déclassé son corbillard vert dans l’épisode précédent) et, le temps d’une chanson tristounette (‘Breathe me’ de Sia), Alan Ball, le réalisateur, expédie ad patres tous ces personnages auxquels nous nous étions attachés pendant cinq saisons. Terminato.
Profondément originale, parfois énervante, toujours imprévisible et souvent touchante, ‘Six Feet Under’ était un portrait de famille parfait, une tranche de vie dans laquelle les réalisateurs ont réussi à relever et à épingler les faits saillants sans jamais les juger, renvoyant sans cesse le spectateur à sa propre existence. Nous regardons les Fisher s’aimer, s’engueuler et se réconcilier, nous les voyons se débattre pour garder la tête au-dessus de l’eau professionnellement ; nous les suivons aux différentes étapes de leurs vies, qu’elles soient gaies ou tristes, teintées de réussites ou d’échecs. Comment ne pas y apercevoir certains de nos propres reflets ?

Aujourd’hui, j’ai conduit pour la dernière fois ma plus jeune fille à l’entrée de son école primaire. L’année prochaine, elle rejoindra sa sœur en humanités et là, c’est sûr, ça va défiler encore plus vite.

20 juin 2007

Ca bouge

Deux biblioblogs découverts récemment pour l'un et tout récemment pour l'autre. Récemment donc : "Médiamus : Le blog des bibliothécaires musicaux de la Médiathèque de Dole" : exactement le genre de blog que j'aimerai pouvoir mettre sur pied dans ma petite bib de campagne, si j'en avais le temps, si nous étions au moins deux pour l'alimenter et si je me décidais tout bonnement à le faire un jour et basta pour les nouveautés à catalographier! Voilà, c'est animé, coloré, ludique et les confrères-auteurs donnent plein d'idées de disques à écouter. Et, tout récemment, aujourd'hui même : 'Couv. ill. en coul. : Melvil (Dewey) et Jean-Philippe (Rameau) sont dans un bateau'. Je n'hésite pas, je reproduis ici la présentation de ce blog par son (ses) auteur(s) : "Le monde des bibliothèques est un peu trop sérieux à notre goût. Couvillencoul.wordpress.com se propose de montrer la face cachée de ces lieux géniaux où beaucoup d’efforts sont faits pour que des livres (pardon : des documents, en bibliothécais moderne) et des lecteurs (pardon : des usagers, en bibliothécais politiquement correct) se rencontrent autour d’une bière (pardon : d’un OPAC, en bibliothécais SIGBéisé)" . Voilà qui est dit et bien dit. Nous sommes là face à une entreprise de....euh...décrispation? déridage? revendiquée et assumée de notre bô métier qui me semble plutôt bienvenue. J'y ai -notamment- glané cet aphorisme : "La meilleure façon de trouver des livres sur les dragons, c’est de demander à la dragonne qui est derrière la banque de prêt". Longue vie à eux!

Déformation professionnelle

En repos forcé pour quelques jours. Une caisse trop mal soulevée ou de trop tout simplement. Ou trop de tout, simplement.
Vous ne me manquez pas, les lecteurs. J’avoue cette fin d’année scolaire assez longue. Encore trois semaines de boulot et je ne vous verrai plus pendant presque un mois. Ca va me faire du bien.
Je sais que, malgré tout, je ne pourrai m’empêcher de lire les recensions de nouveaux livres et de ma balader à la librairie, à l’affût d’un titre inconnu. Je me dirai ‘tiens, voilà qui va intéresser untel’ ou ‘dju, le voilà le bouquin de biologie qui aurait pu m’aider l’autre jour’ et puis, je prendrai note des références pour une future commande.
Parfois, lorsque je me promène en ville et que l’un ou l’autre me reconnaît, je ne peux m’empêcher de penser que pour vous, je suis toujours le biblio. Identifié, étiqueté, catalogué. Je ne suis pas un inconnu accompagné de sa femme, en train de boire un verre à une terrasse. Je suis le biblio, (encore) occupé à boire l’apéro avec sa femme à une terrasse de la Grand’Place. Mais en fait, ça ne tient pas qu’à vous, c’est aussi moi qui ne peux m’en empêcher. Qu’importe les circonstances, les lieux et les personnes : il est bien rare que, dans un petit coin de mon cerveau, quelques neurones ne prennent un malin plaisir à me rappeler qui je suis. Ce foutu bibliothécaire. Ce rôle que je ne devrais endosser que cinq jours par semaine, entre 8h.30 et 18h.30 selon les horaires, et si j’arrivais tout simplement à baisser complètement le volet.