Menteur
Tu t'es inscrit en novembre. J'aurais bien parié que tu n'allais pas pouvoir t'adapter aux horaires et aux délais. A ce stade, je suis capable -avec une marge d'erreur à définir scientifiquement par d'autres plus malins que moi, mais je la sais très limitée- de deviner qui va poser des problèmes. Ca me désole, mais j'avais raison. Un mois de retard, sans compter les congés. Ce n'est que ta deuxième visite, je pourrais me montrer coulant, mais non, un je-ne-sais quoi me pousse au contraire à être intransigeant. Appelons ça le feeling bibliothéconomique. C'est pour ton bien finalement, sinon, tu vas prendre de sales habitudes. Pénalité financière donc. Plus trois coups de latte imaginaires pour t'apprendre à être si conforme à l'image que tu donnes. Pas vexé, tu payes presque de bon coeur. Plus tard, comme je t'espionnais dans les rayons, je t'ai entendu converser avec une des assidues du lieu. Vous assuriez les grands classiques :
Toi : 'Et vous, vous lisez quel genre de livres?'
Elle : 'Beaucoup de policiers...heureusement qu'il y a la bibliothèque, sinon, avec tout ce que je lis, ça me coûterait cher'.
Toi : 'Ah bon, et vous venez si souvent que ça? '
Elle, se sous-estimant honnêtement : 'Ah ben, tous les mois au moins, parfois plus...et vous?'
Toi, triste vantard : 'Toutes les semaines!'
10 janvier 2007
05 janvier 2007

Train de nuit pour Lisbonne
Alors qu’il se rendait à son travail, Raimond Gregorius, professeur de langues anciennes dans un lycée bernois, rencontre une femme, penchée au parapet d’un pont, comme prête à se suicider. Le seul mot qu’il arrivera à en tirer, c’est ‘português’. Peut-être sommeillait-il en lui depuis longtemps, tel une bombe à retardement, prête à exploser. Peut-être était-ce simplement le bon moment, le bon endroit, la bonne personne. Qu’importe, il ramène la femme jusqu’au lycée. Elle s’en ira assez rapidement, le remerciant peut-être du regard. Après avoir mentalement répété ce fameux mot à de multiples reprises, il quitte sa salle de classe, laissant là ses élèves. Quelques heures plus tard, errant dans une librairie espagnole, il découvre par hasard le livre d’un poète portugais, Amadeu de Prado. Le libraire lui en traduit un passage : ‘Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie’. Puis il lui offre le livre. De retour dans son appartement, Gregorius se met à étudier la langue portugaise et, progressivement, traduit des passages du livre de Prado. La beauté et la profondeur des lignes qui se livrent ainsi à lui le confortent dans son idée d’abandonner son poste d’enseignant ; le persuadent finalement de se mettre en quête de cet auteur inconnu. Parce qu’il n’aime pas les voyages aériens (‘Monter dans un avion et quelques heures plus tard arriver dans un autre monde, sans que l’on ait eu le temps de glaner quelques images particulières durant le trajet –cela lui était désagréable et l’effarait’), il prend le premier train pour Lisbonne.
A ce stade, l’on pourrait se croire dans un roman de Simenon : un homme quitte tout pour enfin ‘vivre’. Pascal Mercier -un auteur dont je ne sais rien et ne veux rien savoir avant d’avoir terminé cette invitation à la lecture- va beaucoup plus loin. Ce billet terminé, je taperai les lettres de son nom sur Google et peut-être en apprendrais-je plus. J’ai refermé ‘Train de nuit pour Lisbonne’ il y a quelques jours, après l’avoir fait durer le plus longtemps possible -distillation. J’ai lu et relu certains passages, j’en ai répertorié d’autres afin de les retrouver plus facilement - mémorisation. J’ai bêtement espéré que le voyage de Gregorius dure encore quelque peu - déception. Leurs mots –Gregorius/Prado/Mercier- invitent à un retour au Portugal et à Pessoa -infusion.
Dans les pas de Prado
Pour retrouver Amadeu de Prado, Gregorius ne dispose que de peu d’éléments : l’année de parution du livre -1975- et le nom de l’éditeur : Les Cèdres Rouges. Amadeu est-il seulement encore vivant ? A Lisbonne, malgré sa maigre connaissance du portugais, il trouvera ses premiers renseignements auprès d’un libraire retraité. Orienté par ce dernier, il rencontre les amis et la famille de Prado, dont il découvre la profession : médecin. Chaque rencontre le renvoie vers une autre, des liens se tissent et, comme pour marquer les étapes, Gregorius poursuit sa traduction du livre d’Amadeu : ‘…c’était cela, Lisbonne, la ville vers où il était parti parce qu’en observant ses élèves, il avait vu soudain sa vie à partir de la fin et parce qu’il avait trouvé par hasard le livre d’un médecin portugais dont les mots semblaient écrits pour lui’. De plus en plus intime avec son auteur, il se voit également remettre d’autres inédits de sa main. A l’image des éditeurs des œuvres de Pessoa qui n’en finissaient pas d’exhumer des textes inconnus de sa fameuse malle, Gregorius pousse toujours plus loin vers une meilleure connaissance de Prado. Il inventorie sa vie, croise ses sources, fait parler ses amis, ses sœurs, ses amours et ses écrits. Se révèle progressivement un personnalité fascinante, l’image d’un homme en perpétuelle interrogation, haïssant les vaniteux, certain de son inimportance mais désirant à tout prix conserver le contrôle de ses actes pour les faire entrer dans le chemin qu’il s’est tracé : ‘Réfléchir sur ce que l’on voudrait en réalité…Ne pas se manquer soi-même’. S’il réussit à tenir le cap qu’il s’est fixé durant une partie de sa vie –tout en s’interrogeant sans cesse sur la valeur de ce cap- Prado ne pourra empêcher le hasard d’une rencontre imprévue dans ses plans. Rencontre qui remettra tout en question.
Même si le ‘Livre de l’Intranquilité’ de Pessoa –auquel le roman de Mercier fait clairement référence via la récolte et la traduction des ‘fragments’ de textes de Prado - ne quitte pas ma table de nuit, je ne le lis sans doute plus assez ; ‘Train de nuit pour Lisbonne’ m’invite à y retourner. Au-delà de l’intrigue –superbe et passionnante- il recèle de raisonnements, de poésie et de petites phrases qui enrichissent et remettent d’aplomb à chaque relecture. Comme celle-ci : ‘Il y avait ceux qui lisaient et il y avait les autres. On remarquait vite si quelqu’un était lecteur ou non. Il n’y avait pas de plus grande différence entre les hommes. Les gens s’étonnaient quand il affirmait cela, et plus d’un hochait la tête devant tant de bizarrerie. Mais c’était ainsi. Gregorius le savait. Il le savait.’
Alors qu’il se rendait à son travail, Raimond Gregorius, professeur de langues anciennes dans un lycée bernois, rencontre une femme, penchée au parapet d’un pont, comme prête à se suicider. Le seul mot qu’il arrivera à en tirer, c’est ‘português’. Peut-être sommeillait-il en lui depuis longtemps, tel une bombe à retardement, prête à exploser. Peut-être était-ce simplement le bon moment, le bon endroit, la bonne personne. Qu’importe, il ramène la femme jusqu’au lycée. Elle s’en ira assez rapidement, le remerciant peut-être du regard. Après avoir mentalement répété ce fameux mot à de multiples reprises, il quitte sa salle de classe, laissant là ses élèves. Quelques heures plus tard, errant dans une librairie espagnole, il découvre par hasard le livre d’un poète portugais, Amadeu de Prado. Le libraire lui en traduit un passage : ‘Sur mille expériences que nous faisons, nous en exprimons tout au plus une par le langage. Parmi toutes ces expériences muettes sont cachées celles qui donnent secrètement à notre vie sa forme, sa couleur et sa mélodie’. Puis il lui offre le livre. De retour dans son appartement, Gregorius se met à étudier la langue portugaise et, progressivement, traduit des passages du livre de Prado. La beauté et la profondeur des lignes qui se livrent ainsi à lui le confortent dans son idée d’abandonner son poste d’enseignant ; le persuadent finalement de se mettre en quête de cet auteur inconnu. Parce qu’il n’aime pas les voyages aériens (‘Monter dans un avion et quelques heures plus tard arriver dans un autre monde, sans que l’on ait eu le temps de glaner quelques images particulières durant le trajet –cela lui était désagréable et l’effarait’), il prend le premier train pour Lisbonne.
A ce stade, l’on pourrait se croire dans un roman de Simenon : un homme quitte tout pour enfin ‘vivre’. Pascal Mercier -un auteur dont je ne sais rien et ne veux rien savoir avant d’avoir terminé cette invitation à la lecture- va beaucoup plus loin. Ce billet terminé, je taperai les lettres de son nom sur Google et peut-être en apprendrais-je plus. J’ai refermé ‘Train de nuit pour Lisbonne’ il y a quelques jours, après l’avoir fait durer le plus longtemps possible -distillation. J’ai lu et relu certains passages, j’en ai répertorié d’autres afin de les retrouver plus facilement - mémorisation. J’ai bêtement espéré que le voyage de Gregorius dure encore quelque peu - déception. Leurs mots –Gregorius/Prado/Mercier- invitent à un retour au Portugal et à Pessoa -infusion.
Dans les pas de PradoPour retrouver Amadeu de Prado, Gregorius ne dispose que de peu d’éléments : l’année de parution du livre -1975- et le nom de l’éditeur : Les Cèdres Rouges. Amadeu est-il seulement encore vivant ? A Lisbonne, malgré sa maigre connaissance du portugais, il trouvera ses premiers renseignements auprès d’un libraire retraité. Orienté par ce dernier, il rencontre les amis et la famille de Prado, dont il découvre la profession : médecin. Chaque rencontre le renvoie vers une autre, des liens se tissent et, comme pour marquer les étapes, Gregorius poursuit sa traduction du livre d’Amadeu : ‘…c’était cela, Lisbonne, la ville vers où il était parti parce qu’en observant ses élèves, il avait vu soudain sa vie à partir de la fin et parce qu’il avait trouvé par hasard le livre d’un médecin portugais dont les mots semblaient écrits pour lui’. De plus en plus intime avec son auteur, il se voit également remettre d’autres inédits de sa main. A l’image des éditeurs des œuvres de Pessoa qui n’en finissaient pas d’exhumer des textes inconnus de sa fameuse malle, Gregorius pousse toujours plus loin vers une meilleure connaissance de Prado. Il inventorie sa vie, croise ses sources, fait parler ses amis, ses sœurs, ses amours et ses écrits. Se révèle progressivement un personnalité fascinante, l’image d’un homme en perpétuelle interrogation, haïssant les vaniteux, certain de son inimportance mais désirant à tout prix conserver le contrôle de ses actes pour les faire entrer dans le chemin qu’il s’est tracé : ‘Réfléchir sur ce que l’on voudrait en réalité…Ne pas se manquer soi-même’. S’il réussit à tenir le cap qu’il s’est fixé durant une partie de sa vie –tout en s’interrogeant sans cesse sur la valeur de ce cap- Prado ne pourra empêcher le hasard d’une rencontre imprévue dans ses plans. Rencontre qui remettra tout en question.

Même si le ‘Livre de l’Intranquilité’ de Pessoa –auquel le roman de Mercier fait clairement référence via la récolte et la traduction des ‘fragments’ de textes de Prado - ne quitte pas ma table de nuit, je ne le lis sans doute plus assez ; ‘Train de nuit pour Lisbonne’ m’invite à y retourner. Au-delà de l’intrigue –superbe et passionnante- il recèle de raisonnements, de poésie et de petites phrases qui enrichissent et remettent d’aplomb à chaque relecture. Comme celle-ci : ‘Il y avait ceux qui lisaient et il y avait les autres. On remarquait vite si quelqu’un était lecteur ou non. Il n’y avait pas de plus grande différence entre les hommes. Les gens s’étonnaient quand il affirmait cela, et plus d’un hochait la tête devant tant de bizarrerie. Mais c’était ainsi. Gregorius le savait. Il le savait.’
Train de nuit pour Lisbonne / Pascal Mercier - Maren Sell Editeurs, 2006
29 décembre 2006

Les Coulisses du Pouvoir, tome 7
C'est en parlant avec Locus Solus de la formidable série télé 'State of play' que ça m'est revenu. Si vous ne la connaissiez pas, je serai celui qui comblera cette lacune. Une bd, de celles que l'on lit et relit avec plaisir. Son auteur est d'ici, pas loin, on le voit peu, c'est un garçon discret. Jusqu'à l'avant-dernier opus de la série, il n'assurait 'que' le scénario. Avec ce nouveau volume -le 7ème- qui vient de sortir chez Casterman, et pour des raisons qui ne regardent que lui et son ex-dessinateur, les albums ne portent plus que sa seule signature. Il s'appelle Philippe Richelle et sa série s'intitule 'Les Coulisses du Pouvoir'.Comme une certaine émission télé qui lui a -selon moi- honteusement piqué l'idée.
Complexes, fouillées, documentées, ses intrigues mettent en scène de nombreux personnages, plongés dans des intrigues touffues et principalement ancrées dans la politique et les finances. A plusieurs reprises d’ailleurs, on peut, au long d’un album, déceler l’un ou l’autre fait tiré de notre proche actualité politico-économique européenne. Deux flics de Scotland Yard assurent les premiers rôles : Caine et Burkinshaw. Ils sont entourés, selon les circonstances, d'une multitude de seconds rôles : politiciens, hommes d'affaires et petits malfrats. Ces derniers sont d'ailleurs régulièrement présentés comme 'victimes' plus que comme coupables. Victimes de leur passé et des hommes de plus grand pouvoir qu'eux. S'ils arrivent à s'en sortir, ce sera souvent cher payé. Quant aux politiques corrompus et aux hommes d'affaires véreux, s'ils se sentent coincés, souvent ils se suicident. C'est d'ailleurs par un (pseudo?)-suicide que débute ce nouvel opus, intitulé 'Disparitions'. Quelques jours après la découverte du corps, l’un des associés du décédé disparaît. En creusant un peu, Caine et Burkinshaw découvrent que le projet immobilier dont les deux hommes s’occupaient semble engloutir bien plus d’argent qu’il n’en rapportera. Parallèlement à cette intrigue, nous suivons les pas d’un jeune homme, ancien délinquant, qui tente de refaire sa vie honnêtement, avec l'espoir de conserver un droit de visite de son fils. Rattrapé par son passé peu glorieux, sa route croisera celle de l’imbroglio que Caine et Burkinshaw tentent de démêler.
Libellés :
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Richelle
23 décembre 2006

A ma place
Samedi matin, 8h30. Quatre heures d'ouverture au public débutent. Ce sont les dernières avant cette fermeture de fin d'année. J'ai conduit tout en douceur pour arriver. Il s'agissait de se laisser bercer par le Radiohead spécialement choisi pour l'occasion, mais également de savourer chaque kilomètre parcouru dans le calme de cette non-circulation matinale. Vous n'allez pas tarder à arriver, aussi nombreux qu'hier sans doute, vous chercherez avidemment de quoi occuper ces quelques jours de repos. Certains d'entre vous auront un mot gentil en sortant : 'passez de bons réveillons', 'je vous souhaite de joyeuses fêtes'. 'Pareillement' ou 'à vous aussi', répondrais-je en vous remerçiant. Pour vous qui ne me rendez visite qu'une ou deux fois par mois, cette période de fermeture ne changera pas grand-chose. Dans 15 jours, vous reviendrez et je serai toujours là, comme si je n'avais pas bougé, vissé derrière mon comptoir de prêt.
16 décembre 2006
Le confort (2)
C'est un hasard : je suis repassé l'autre jour devant la bâtiment qui auparavant abritait la bibliothèque. A l'époque : un bunker. Aujourd'hui : un local presque mignon, repeint à neuf, chauffé centralement et agrémenté de deux jolies toilettes, le tout destiné à l'accueil extra-scolaire. L'accueil extra-scolaire? mais oui, vous savez, un service que les communes sont obligées de mettre en place pour les enfants de tous les réseaux d'enseignement (l'officiel et le libre) : une super-garderie du matin, du mercredi après-midi et du soir. Ce blog n'est pas le bon endroit pour débattre de la justesse de ce genre d'obligation, mais le seul fait de cette remarque vous mettra sur la piste de ce que j'en pense. Bref, là où auparavant on me répliquait que impossibilité technique à installer le chauffage central et des commodités, et aussi que pas d'argent, je remarque qu'en un an, de décissifs progrès technologiques et financiers ont été engrangés, permettant par là-même à l'administration communale de rendre ce local dès plus civilisés. Car, non, vraiment, je ne peux croire qu'une quelconque mauvaise volonté ait valu d'aussi précaires conditions matérielles à la lecture publique pendant plus de 10 ans.
C'est un hasard : je suis repassé l'autre jour devant la bâtiment qui auparavant abritait la bibliothèque. A l'époque : un bunker. Aujourd'hui : un local presque mignon, repeint à neuf, chauffé centralement et agrémenté de deux jolies toilettes, le tout destiné à l'accueil extra-scolaire. L'accueil extra-scolaire? mais oui, vous savez, un service que les communes sont obligées de mettre en place pour les enfants de tous les réseaux d'enseignement (l'officiel et le libre) : une super-garderie du matin, du mercredi après-midi et du soir. Ce blog n'est pas le bon endroit pour débattre de la justesse de ce genre d'obligation, mais le seul fait de cette remarque vous mettra sur la piste de ce que j'en pense. Bref, là où auparavant on me répliquait que impossibilité technique à installer le chauffage central et des commodités, et aussi que pas d'argent, je remarque qu'en un an, de décissifs progrès technologiques et financiers ont été engrangés, permettant par là-même à l'administration communale de rendre ce local dès plus civilisés. Car, non, vraiment, je ne peux croire qu'une quelconque mauvaise volonté ait valu d'aussi précaires conditions matérielles à la lecture publique pendant plus de 10 ans.
Millenium, part II
Le deuxième tome de 'Millenium' fut un véritable régal de lecture : intrigue prenante, complexe et qui pourtant coule de source : on ne se perd pas un seul instant parmi ces multiples personnages aux patronymes bien nordiques. Les acteurs essentiels du premier tome sont toujours présents : Lisbeth Salander, jeune femme aux multiples et improbables compétences mais toujours aussi caractérielle, et Michaël Blomkvist, le super-journaliste redresseur de torts.
Cette fois, c'est à l'exploitation sexuelle que nos deux héros s'attaquent; leur vie intime et personnelle en subira les conséquences. Pour faire bonne mesure, l'auteur, Stieg Larsson, en profite pour dénoncer les dérives sensationnaliste de la presse, pour fustiger les coincés qui ne supportent pas les homosexuels, sans oublier les macho-men incapables de concevoir qu'une femme puisse les dépasser en quoi que ce soit. De manière générale, Larsson s'appuie, souvent avec humour, sur une intrigue solide -même si certains grincheux la trouveront rocambolesque dans ses dernières pages- et mitraille au gros sel la connerie humaine. Moi, je dis bravo, et vivement le tome 3.
11 décembre 2006
François Villon et San Antonio
La semaine passée, une lectrice me ramène 'Je, François Villon' de Jean Teulé : 'vous l'avez lu?'. Ma réponse négative entendue, elle me fait savoir que c'était terrible. Et elle précise : 'scatologique et pornographique, mais je l'ai lu jusqu'au bout...'. Me voilà rassuré :que les livres ne soient pas lus intégralement à chacune de leur sortie, voilà qui m'aurait déçu. 'Tout livre emprunté doit être lu dans son entièreté' est effectivement le point 1 de notre règlement. Bref, ça m'a rappelé cette phrase délicieuse d'une petite dame qui, me rendant un San Antonio, me dit sur le ton de la confidence : 'Mon mari me dit de vous dire que ce n'est vraiment pas pour tout le monde ce livre'.
La semaine passée, une lectrice me ramène 'Je, François Villon' de Jean Teulé : 'vous l'avez lu?'. Ma réponse négative entendue, elle me fait savoir que c'était terrible. Et elle précise : 'scatologique et pornographique, mais je l'ai lu jusqu'au bout...'. Me voilà rassuré :que les livres ne soient pas lus intégralement à chacune de leur sortie, voilà qui m'aurait déçu. 'Tout livre emprunté doit être lu dans son entièreté' est effectivement le point 1 de notre règlement. Bref, ça m'a rappelé cette phrase délicieuse d'une petite dame qui, me rendant un San Antonio, me dit sur le ton de la confidence : 'Mon mari me dit de vous dire que ce n'est vraiment pas pour tout le monde ce livre'.
10 décembre 2006
Un peu de fédéralisme
Je me rends compte qu'une bonne partie des lecteurs de ce blog sont français. Il y a donc de fortes chances pour que le terme 'Communauté française', qui revient de temps en temps dans ces billets, soit mal interprété. Sous cette délicieuse dénomination, peut-être imaginent-ils un rassemblement de leurs compatriotes exilés en Belgique. Ce qui d'un strict point de vue grammatical serait effectivement exact.
Transformée depuis 1970 en un état fédéral, la Belgique compte de multiples entités 'indépendantes'. Parmi celles-ci, la 'Communauté française', perpétuellement désargentée, gère toutes les matières dites 'culturelles' relatives aux habitants francophones du pays. Bruxellois et wallons donc. En gros, les matières culturelles, ce sont : l'enseignement, la radio-télévision de service public, les centres culturels, les musées (avec quelques exceptions...) et la lecture publique. Quand je dis qu'elle gère, elle a surtout un rôle de législateur et de pouvoir subsidiant. Même si elle est effectivement responsable 'en direct' de quelques institutions, en ce qui concerne la plupart des bibliothèques publiques, la Communauté française n'a pas le rôle d'un pouvoir organisateur, mais plutôt celui d'un super-ministère des affaires culturelles belges francophones. Voilà, j'espère que c'est plus clair maintenant...
Je me rends compte qu'une bonne partie des lecteurs de ce blog sont français. Il y a donc de fortes chances pour que le terme 'Communauté française', qui revient de temps en temps dans ces billets, soit mal interprété. Sous cette délicieuse dénomination, peut-être imaginent-ils un rassemblement de leurs compatriotes exilés en Belgique. Ce qui d'un strict point de vue grammatical serait effectivement exact.
Transformée depuis 1970 en un état fédéral, la Belgique compte de multiples entités 'indépendantes'. Parmi celles-ci, la 'Communauté française', perpétuellement désargentée, gère toutes les matières dites 'culturelles' relatives aux habitants francophones du pays. Bruxellois et wallons donc. En gros, les matières culturelles, ce sont : l'enseignement, la radio-télévision de service public, les centres culturels, les musées (avec quelques exceptions...) et la lecture publique. Quand je dis qu'elle gère, elle a surtout un rôle de législateur et de pouvoir subsidiant. Même si elle est effectivement responsable 'en direct' de quelques institutions, en ce qui concerne la plupart des bibliothèques publiques, la Communauté française n'a pas le rôle d'un pouvoir organisateur, mais plutôt celui d'un super-ministère des affaires culturelles belges francophones. Voilà, j'espère que c'est plus clair maintenant...
06 décembre 2006
Prix fixe
Comment? Vous n'avez pas encore ça, vous en Belgique, le prix unique du livre? Ben non. Et donc, on pétitionne : www.prixfixedulivre.be.
Comment? Vous n'avez pas encore ça, vous en Belgique, le prix unique du livre? Ben non. Et donc, on pétitionne : www.prixfixedulivre.be.
05 décembre 2006
30 bibliothécaires dans une salle de classe…

En formation avec une trentaine de confrères pour la plupart inconnus, je ne peux m’empêcher de penser que nous, bibliothécaires, une fois sortis de nos rayonnages rassurants, sommes incapables de maîtriser notre profonde fibre asociale. Par exemple, si nous constatons que nous ne connaissons personne dans l'assemblée, nous nous asseyons dans un coin de la classe et n’adressons la parole à nos semblables que contraints et forcés. Aux rares moments de pause, nous laissons gaiement éclater notre sens inné de la convivialité en sortant qui un bouquin, qui un journal, afin d'éviter tout contact inutile. Face à une formatrice pleine de bonne volonté –mais sans doute plus très à jour question pédagogie participative, dixit une spécialiste de mon cœur à qui je n’ai pu m’empêcher de relater ces journées- nous affichons au mieux un profil poli et vaguement intéressé entre deux baillements, au pire une présence uniquement physique parce qu’il faut bien. Et encore, c’est sans compter les retardataires systématiques, les départs anticipés ‘pour ne pas manquer mon train’ et les sorties de classe intempestives à mettre au compte d’une vessie saturée.
Bien sûr, nous sommes capables d’attention. Par exemple, forts de notre culture générale étendue, nous veillons à ce que la formatrice ne commette pas la plus petite erreur d’appellation si elle devait se risquer dans une digression hors de son champ de compétence. Auquel cas, nous ne manquons pas de la remettre poliment dans le droit chemin...

En formation avec une trentaine de confrères pour la plupart inconnus, je ne peux m’empêcher de penser que nous, bibliothécaires, une fois sortis de nos rayonnages rassurants, sommes incapables de maîtriser notre profonde fibre asociale. Par exemple, si nous constatons que nous ne connaissons personne dans l'assemblée, nous nous asseyons dans un coin de la classe et n’adressons la parole à nos semblables que contraints et forcés. Aux rares moments de pause, nous laissons gaiement éclater notre sens inné de la convivialité en sortant qui un bouquin, qui un journal, afin d'éviter tout contact inutile. Face à une formatrice pleine de bonne volonté –mais sans doute plus très à jour question pédagogie participative, dixit une spécialiste de mon cœur à qui je n’ai pu m’empêcher de relater ces journées- nous affichons au mieux un profil poli et vaguement intéressé entre deux baillements, au pire une présence uniquement physique parce qu’il faut bien. Et encore, c’est sans compter les retardataires systématiques, les départs anticipés ‘pour ne pas manquer mon train’ et les sorties de classe intempestives à mettre au compte d’une vessie saturée.
Bien sûr, nous sommes capables d’attention. Par exemple, forts de notre culture générale étendue, nous veillons à ce que la formatrice ne commette pas la plus petite erreur d’appellation si elle devait se risquer dans une digression hors de son champ de compétence. Auquel cas, nous ne manquons pas de la remettre poliment dans le droit chemin...
28 novembre 2006
Joyeux Noël!
Tu es bien une des seules avec qui je perds patience. Je t'avais déjà envoyé promener à l'occasion pour une lecture scolaire que j'avais refusé d'acheter. Mercredi passé, tu m'interroges sur les dates de fermeture pour le prochain congé de Noël. Aussi poliment que possible, je te réponds quelque chose du style : 'la même chose que les congés scolaires'. Instantanément, ta voix monte dans les aigus -tu n'en peux sans doute rien, ce n'en est pas moins très énervant- pour me répondre : 'quoi, les QUINZE jours?'. Je n'ai ni l'envie ni le courage de t'expliquer que, vu les nombreux jours fériés de Noël et de Nouvel An, et vu la croissance exponentielle de mes heures de récup, il serait stupide de ma part de ne pas en profiter pour cumuler ces deux données. Je sais, le service public, les lecteurs qui pourraient en profiter, les jeunes qui vont s'ennuyer, le dépit de mes groupies etc etc... mais c'est la conséquence incontournable d'un service à personnel unique. Sincèrement, ça me désole, parce que ce n'est pas la manière dont je voudrais que la bib fonctionne. Et je te l'ai déjà expliqué. Bref, je me contente de te répondre : 'oui'. Tu rebondis immédiatement : 'comme nous sommes le 22 et que le prêt est pour un mois, les livres qu'on ne vous a pas rentrés avant cette fermeture, vous les prolongez automatiquement alors?'.
Tu es bien une des seules avec qui je perds patience. Je t'avais déjà envoyé promener à l'occasion pour une lecture scolaire que j'avais refusé d'acheter. Mercredi passé, tu m'interroges sur les dates de fermeture pour le prochain congé de Noël. Aussi poliment que possible, je te réponds quelque chose du style : 'la même chose que les congés scolaires'. Instantanément, ta voix monte dans les aigus -tu n'en peux sans doute rien, ce n'en est pas moins très énervant- pour me répondre : 'quoi, les QUINZE jours?'. Je n'ai ni l'envie ni le courage de t'expliquer que, vu les nombreux jours fériés de Noël et de Nouvel An, et vu la croissance exponentielle de mes heures de récup, il serait stupide de ma part de ne pas en profiter pour cumuler ces deux données. Je sais, le service public, les lecteurs qui pourraient en profiter, les jeunes qui vont s'ennuyer, le dépit de mes groupies etc etc... mais c'est la conséquence incontournable d'un service à personnel unique. Sincèrement, ça me désole, parce que ce n'est pas la manière dont je voudrais que la bib fonctionne. Et je te l'ai déjà expliqué. Bref, je me contente de te répondre : 'oui'. Tu rebondis immédiatement : 'comme nous sommes le 22 et que le prêt est pour un mois, les livres qu'on ne vous a pas rentrés avant cette fermeture, vous les prolongez automatiquement alors?'.
19 novembre 2006
Sisyphes
Quand ce n'est pas l'un, c'est l'autre. Les lecteurs ou les livres. Dès les premiers jours de nos études de bibliothécaire, l'évidence nous avait sauté aux yeux, aux plus perspicaces de mes petits camarades et à moi-même : la bibliothèque idéale, celle que nous rêvions de rejoindre un jour, se devait d'être interdite aux lecteurs. Ce n'est qu'après, la pratique venant et le métier nous essouflant petit à petit, que l'incomplétude de notre réflexion nous frappa : les livres, quelles chienlit! Faut les choisir, les catalographier (selon des règles bien précises encore, si vous aviez pensé que titre/auteur ça pourrait suffire, vous avez bien fait de vous lancer dans une carrière d'ingénieur atomiste, c'est sans doute plus simple), les équiper, les mettre en prêt et les ranger un nombre incalculable de fois, toujours à ce même endroit qu'ils ne cessent de quitter. Sans compter que certains d'entre eux prennent un malin plaisir à se déteriorer, pour que nous perdions notre temps pourtant si précieux à les réparer à coup de papier collant et de colle blanche. Tout ça pour finir un jour ou l'autre par les retirer définitivement des rayons, parce que dépassés ou plus assez attirants pour vos lecteurs.
18 novembre 2006

Une question de taille
Aujourd'hui, tu m'as surpris. Vraiment surpris. Depuis toutes ces années que tu viens, tu n'as jamais dérogé à la règle. Tu passes une fois par mois, tu t'avances jusqu'au comptoir et tu me rends tes livres. Ils me reviennent toujours avec cette légère odeur de tabac qu'ils n'avaient pas lorsque tu les as emportés. Tu me dis quelques mots, mais je ne comprends pas tout. Tu fais partie de ces nombreuses familles italiennes immigrées dans le village. Bien sûr, tu parles français, mais ton accent et ce grand âge qui te fait mâcher tes mots rendent certains d'entre eux parfois difficilement compréhensibles. Ensuite, tu te promènes dans les rayons. Avant, tu prenais bien ton temps; depuis quelques mois, tu es obligé de te dépêcher : c'est ton fils qui te conduit. Il t'attend dans la voiture, son moteur pas éteint : 'faut que je me dépêche, les jeunes, c'est toujours pressé'.
Tu ne regardes jamais les présentoirs à nouveautés, tu préfères visiblement fouiller dans les bouquins bien serrés les uns contre les autres. Ton choix effectué, tu t'avances vers moi, tes 4 ou 5 livres en main. Toujours des poches, jamais de grand format. Des années de lecture en petite taille. Sauf aujourd'hui.
Sur les 4, il y avait une édition originale, un 'grand' livre. Après tout ce temps, cette routine bien réglée et rassurante -même pour moi- qu'a-t-il bien pu se passer pour que tu te décides à sauter le pas? Je me le demande encore.
09 novembre 2006

Le confort
Dans l'ancienne bibliothèque, celle de 'la chaise', il n'y avait même pas de toilettes. On m'avait donné un double des clés de l'école communale, et débrouille-toi pour y aller la conscience tranquille : 'mais non, personne de viendra sur ce temps-là, tu peux bien laisser la boîte sans surveillance cinq minutes'.
Evidemment, pas de chauffage non plus. A la place : un poêle à mazout cylindrique qui tournait (parce qu'il était cylindrique sans doute...) sans discontinuer 4 à 6 mois par an. On peut supposer que les frais d'installation d'un nouveau système auraient bien vite été amortis par les économies de carburant induites. Mais non, une telle dépense sur un budget annuel, ça aurait fait mauvais genre. Le court terme, toujours le court terme.
Alors que je pouvais voir le givre s'attaquer au pare-brise de ma voiture garée juste devant, les effluves parfumées de ce mastodonte m'ont plus d'une fois obligé à ouvrir une fenêtre du bâtiment. Entre l'asphyxie et un probable refroidissement, j'avais rapidement opté pour le moins pire.
Les premiers froids de ce mois de novembre marquent le début d'un deuxième hiver bien au chaud dans le 'nouveau' local. Le chauffage et les commodités étaient d'origine -langage de concessionnaire automobile- lorsque j'ai déménagé les premiers bouquins. Même le téléphone. Je n'avais plus repensé à tout cela depuis un moment. Le confort, on s'y habitue vite.
07 novembre 2006

Trois jours
Cette semaine de Toussaint fut l'occasion de prendre quelque congé : la commune nous octroyant généreusement trois jours, j'ai complété en puisant dans le pot de mes heures de récup' généralement irrécupérables. Des trois jours officiels, je suis royalement passé à quatre et demi. Peinture murale et taxi pour les enfants, ce ne fut néanmoins pas de tout repos. Rien à côté de ce qui m'attendait à mon retour pourtant.
Que ce soit pour cause de maladie ou pour des congés légaux, la fermeture de la bib et/ou mon absence se paie à chaque fois après. Et devinez le nom de l'unique débiteur. Le courrier s'est accumulé -comme si le facteur s'en était donné à coeur joie : la vengeance d'un fonctionnaire envers un autre qu'il estime plus chanceux parce que en congé- et les livres rentrés lors de la dernière séance de prêt n'en ont pas profité pour regagner leur place tout seuls. Jamais ils ne feraient un effort ceux-là. Je compte bien leur régler leur compte dans un prochain billet.
A chaque fois, ce 'retard' à rattraper me prend de quelques heures à quelques jours selon le durée de mon absence et l'humeur vengeresse du postier. Et pendant ce temps-là, les lecteurs ne s'arrêtent pas à votre porte : ils entrent avec leurs bouquins à rendre et leurs nouvelles demandes. En très peu de temps, le courage que vous aviez rassemblé pendant vos jours de repos s'envole, transformé en une rage impuissante et perpétuellement ressassée : il arrive quand ce nouveau collègue?
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